Luminal A : le cancer se raconte en photos

Parcours d'un cancer du sein
Parcours d'un cancer du sein - © RTBF

Luminal A, c'est le nom d'un cancer du sein; c'est aussi celui d'une exposition de photos. Luminal comme lumière. A comme Alexandra, une jeune femme qui apprend à l'âge de 38 ans qu'elle a un cancer du sein. Très vite, on lui parle d'ablation, très vite, elle fait appel à un photographe professionnel, Nicolas Van Brande, pour immortaliser la transformation de son corps.

Derrière dix-huit tirages magnifiques en noir et blanc se raconte une histoire: deux années ponctuées par 5 chirurgies, des séances de chimio, un début de reconstruction... Alexandra a aujourd'hui 40 ans, elle nous explique pourquoi elle a ressenti le besoin de se faire tirer le portrait tout au long de sa maladie: "C'est la peur, la peur de mourir; il fallait absolument laisser une trace parce que j'avais peur qu'on m'oublie. Je n'ai pas d'enfant, pas de compagnon".

Alexandra voulait travailler en studio avec un fond neutre : "Je voulais cette idée de page blanche parce que ma vie, c'était cela". Un nouvel exercice de style pour Nicolas Van Brande. Il aime faire des portraits mais il va à la rencontre des personnes et les captent dans leur milieu de vie; la page blanche, c'est nouveau pour lui: "C'était presque un peu oppressant au départ parce qu'on se retrouve face à face, on tire les rideaux et puis, il n'y a plus que nous deux".

Thérapie par l'image

Pour Alexandra, ces séances de photos sont devenues une thérapie par l'image: "J'arrivais bien à me regarder sur les photos, chose que je ne pouvais pas faire dans le miroir". Nicolas renchérit: "Il y avait cette acceptation, se dire, tiens là, j'ai perdu mes cheveux et moi je disais, génial, tu as perdu tes cheveux, ça accroche bien la lumière, c'est beau un crâne en photo. Et tout à coup, elle disait, ça fait du bien, je sors de l'hosto où toutes les femmes pleurent parce qu'elles perdent leurs cheveux et ici, moi, ça me donne du sens". Nicolas a choisi le noir et blanc pour raconter la transformation du corps de la jeune femme.  Le noir et blanc permet de mettre de la distance, d'être moins cru. Il ne voulait pas photographier quelque chose de dur, de "trash".

Un lieu lourd de sens

Le lieu de l'exposition n'est pas anodin non plus.  Il s'agit d'une ancienne clinique de chirurgie esthétique située au 145, rue Gatti de Gamond à Uccle. Quand Nicolas est arrivé sur place, les prothèse mammaires servaient de cale-porte et des seaux entiers étaient remplis de seringues. Cette clinique sera bientôt détruite et Alexandra y voit un symbole. Elle a subi 5 opérations, une chimio, l'ablation des deux seins et ensuite, on lui parle de reconstruction. Elle l'a refusée: "Ma reconstruction, c'est ailleurs, c'est pas physique, c'est pas dans la forme, dans la couverture...".

Ce torse mutilé est un moment fort de ce parcours photographique. C'est aussi une démarche un peu militante: "Je n'attends rien du regard des autres mais j'espère juste que les femmes qui ne souhaitent pas se faire reconstruire une fausse poitrine pourront se dire, elle a fait ce choix; moi non plus, je ne suis pas obligée de passer par cette fameuse reconstruction physique...on est libre".

Pour accompagner ces dix-huit portraits, Alexandra a raconté son histoire dans un petit livret et c'est un message de combattante: "Je suis encore vivante.  Sans seins, mais plus entière que jamais. Plus légère. Et libre d'être celle que je suis. Une amazone. Une femme. Une vraie".

L'exposition est visible jusqu'au mardi 30 de 16 à 19 heures.

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