Lucas Belvaux, réalisateur du film "Chez Nous": "Le FN a en partie réussi sa dédiabolisation"

Avant sa sortie en salle, le film de Lucas Belvaux "Chez nous" jouit déjà d’une notoriété internationale. On y suit le parcours d’une jeune infirmière à domicile (Emilie Dequenne) dans un village du nord de la France, qui sera recrutée par un parti d’extrême droite, pour être tête de liste aux municipales. Le réalisateur belge, Lucas Belvaux, est l’invité du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi. Il y est interrogé par Elodie Blogie (Le Soir), Jean-Pierre Jacqmin et Jacques Crémers (RTBF).

Avec le cinéma, on peut s’adresser aux gens différemment

Dès la diffusion de la bande annonce du film, le Front National s’est indigné de la sortie d’un film "clairement anti-Front national" en pleine campagne présidentielle. Le réalisateur ne s’en cache pas : "Ce n’est évidemment pas un hasard : on s’est dépêché de sortir le film pour participer au débat, c’est maintenant qu’il faut en parler ! Avec le cinéma, on peut s’adresser aux gens différemment. On parle au cœur et aux tripes des gens. On a donc les mêmes armes que les partis populistes qui ne s’adressent jamais à la tête, mais aux tripes. "

Le "coup de pub" du FN dès la diffusion de la bande annonce ne réjouit cependant pas forcément le réalisateur : "Nous sommes passés d’une notoriété zéro à une notoriété internationale. Mais ils s’en foutent que le film tourne partout. Ce qui les inquiète, c’est que leurs électeurs potentiels voient le film. C’est pourquoi ils disent d’emblée ce que leurs électeurs doivent penser de ce film, qu’ils n’ont pas vu eux-mêmes ! J’ai reçu des messages racistes, antisémites à un point… J’ai même eu des messages de Wallons qui me disaient avoir honte d’être wallon !" Pour autant, Lucas Belvaux assure ne pas se sentir menacé.

Moi, je discute avec des gens qui écoutent et qui vous considèrent comme un interlocuteur légitime

L’objectif de son film : comprendre une mécanique, celle d’un parti d’extrême droite, mais aussi comprendre ses électeurs… Quitte à les rendre sympathiques ? "Il y a deux choses dans mon film : révéler l’entreprise des partis populistes qui essaient de faire bonne figure, et les gens de bonne foi qui vont accorder leur voix. Ces gens-là sont sympas, on peut discuter avec eux, ils ne sont pas tous racistes, antisémites. Ce sont juste des gens en souffrance, qui ne comprennent plus le monde dans lequel ils vivent." Même s’il comprend en partie la colère des citoyens notamment envers les politiques traditionnels (Publifin, PenelopeGate, etc.), Lucas Belvaux dénonce aussi une certaine apathie : "Je comprends mais on est tous responsables de cela aussi. Nous sommes dans des vraies démocraties. Les gens ne s’engagent pas assez. Une paresse démocratique s’est installée. Tant qu’on avait chaud, qu’on avait un toit, un boulot, on acceptait que les autres détournent un peu le système. Maintenant qu’il y moins d’argent, on ne supporte plus ça. Mais avant de basculer vers les extrêmes, on peut se questionner sur comment on change les choses et se remettre en question."

Lucas Belvaux sera certainement amené à débattre avec des électeurs du FN ; c’est d’ailleurs ce qu’il cherche. Mais il n’acceptera aucun débat avec des élus Front national, affirme-t-il : "Moi, je discute avec des gens qui écoutent et qui vous considèrent comme un interlocuteur légitime…"

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