Luc Hennart: "Nous sommes plus stricts dans la mise en libération conditionnelle"

Luc Hennart: "Nous sommes plus stricts dans la mise en libération conditionnelle"
3 images
Luc Hennart: "Nous sommes plus stricts dans la mise en libération conditionnelle" - © Tous droits réservés

Un des frères El Barkraoui, terroristes des attentats de Bruxelles, a pu bénéficier d'une libération conditionnelle en octobre 2014. Une libération qui a été révoquée en mai 2015, alors qu'il avait disparu de la circulation.

Cette situation pose la question de la mise en œuvre de la libération conditionnelle, de leur utilité, de la manière dont les justiciables sont accompagnés dans leur processus de réinsertion. Pour discuter de ce débat complexe, Les Décodeurs ont réuni autour de la table Michaël Dantinne, criminologue à l'ULg, Luc Hennart, président du tribunal de première instance de Bruxelles, Pedro Ferreira Marum, directeur général adjoint des maisons de justice et Philippe Goffin, président de la Commission justice à la Chambre.

Doit-on être plus strict dans les libérations conditionnelles?

"En principe la mise en liberté conditionnelle permet à la personne de faire ses preuves sur sa réinsertion dans la société, sous des conditions posées par un juge, avec un encadrement de professionnels. Rappelle Pedro Ferreira Marum. L'assistant de justice va à la fois aider le justiciable pour qu'il réussisse sa réinsertion mais aussi vérifier qu'il respecte les conditions de libération conditionnelle."

Dans les chiffres, la libération conditionnelle fait ses preuves. Près de deux tiers des personnes en libération conditionnelle respectent les conditions. Mais "il faut savoir que depuis 2007, les conditions de libération conditionnelle sont devenues plus difficiles que du temps de la commission de libération conditionnelle. Nous sommes passés de 1200 mises sous libération conditionnelle à 750. Il y a plus de personnes qui terminent leur peine sans libération conditionnelle qu'avant, et ça m'inquiète plus que le tiers qui ne réussit pas sa libération conditionnelle." prévient Luc Hennart.

La stigmatisation du prisonnier

En effet, qu'en est-il des moyens mis en œuvre en prison pour aider la personne à se réinsérer? "L'effet de stigmatisation qui est propre à l'emprisonnement peut jouer un rôle dans la radicalisation. On marche sur des œufs… commente Michaël Dantinne. Nous sommes dans un système qui met d'abord l'accent sur la sécurité dans les établissements carcéraux et après dans la société, et moins sur le suivi et l'accompagnement."

Pour Philippe Goffin, "il faut un débat de société pour discuter de la réinsertion de personnes incarcérées. Dans la prison, il faut mettre en place des mécanismes pour que la personne qui en sorte soit meilleure. Il faut aussi un débat sur la réaffectation des moyens, il faut savoir que l'on consacre annuellement 50 000€ par détenu."

"Le terrorisme va devenir une porte d'accès aux mesures liberticides"

Mais le président de la Commission justice pose une autre question. "Ici nous parlons de terroristes, de personnes impliquées dans le banditisme. Il faut pouvoir dire que tant que tant que ces gens sont dangereux, ils ne peuvent pas sortir. Il faut faire tout un travail au niveau des prisons, pour voir comme ces personnes évoluent. Il faut laisser la possibilité aux gens de s'amender, mais la réalité est que certaines personnes ne s'amendent pas."

Ce à quoi le président du tribunal de première instance répond en mettant garde contre cette distinction entre terrorisme et autres types de délinquant. "On se rend compte que le passage au terrorisme peut se faire très vite. Mon opinion est que le terrorisme est la porte d'accès à l'application de mesures plus dure envers toutes les formes de délinquances. On va appliquer de manière générale des mesures liberticides, c'est clairement mon sentiment. Il faut y réfléchir à ces nouveaux moyens investis pour la sécurité. Il faut réaffecter ces moyens de manière pertinente."

Le terroriste doit être suivi différemment

Le directeur général adjoint des maisons de justice admet que le suivi d'une personne radicalisée demande des moyens particuliers. "Dans les cas de terrorisme, les moyens à mettre en œuvre pour un suivi de libération conditionnelle seront différents. Quelqu'un qui est en voie de radicalisation, il y a certainement une réponse différente à amener par rapport à quelqu'un qui était dans le grand banditisme. Il y a certainement des outils encore à développer, et c'est ce que nous faisons."

Et il ajoute, "chez nous, on pense que chacun est capable de changer s'il veut, s'il le souhaite, il y travaillera. Ce n'est pas facile de se sortir d'un cycle de délinquance. Il y a donc tout un travail pour amener la personne à vouloir changer."

"Le débat est très complexe, avec des facettes interconnectées. explique Michaël Dantinne. La dangerosité, en dehors des problèmes de moyens financiers, est quelque chose d'extrêmement difficile à évaluer. Elle est évaluée par des humains, sur des humains, chaque situation est différente et toutes les situations sont dynamiques."

"Va-t-on mettre dans un même sac ceux qui fournissent un logement, ceux qui commettent un acte terroriste, ou les 'returnees' qui sont en voie de radicalisation. Que fait-on avec ces gens-là, car la prison est un contenant et les personnes dedans sont le contenu."

 

"La liberté conditionnelle est un pari"

Vaut-il mieux une libération conditionnelle ou un emprisonnement jusqu'au bout de la peine? Michaël Dantinne répond qu'"Il y a un pari qui est fait dans le cadre de la libération conditionnelle qui est beaucoup moins fait dans le cadre de l'enfermement. La libération conditionnelle est une modalité d'exécution de sa peine de prison, pas une liberté. Il y a des pays qui ont pris l'option inverse. Des pays scandinaves ne font pas incarcérer l'immense majorité des personnes, ils les maintiennent en liberté et de les surveiller et les accompagner."

"Nous devons avoir un débat sur le sort réservé aux terroristes qui ont montré que la société dans laquelle ils vivent ne leur convient pas. conclut Philippe Goffin. Le débat ne doit pas être tabou, notre responsabilité est là, de pouvoir poser toutes les questions et y répondre."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK