Luc Hennart à propos d'Anne Gruwez dans "Ni juge ni soumise": "Elle a perdu la maîtrise"

Luc Hennart à propos d'Anne Gruwez dans "Ni juge ni soumise": "A une moment, elle a perdu la maîtrise"
Luc Hennart à propos d'Anne Gruwez dans "Ni juge ni soumise": "A une moment, elle a perdu la maîtrise" - © Tous droits réservés

"Ni juge, ni soumise", le film de Yves Hinant et de Jean Libon, dans la droite ligne du magazine Strip Tease, est nommé dans la catégorie Meilleur documentaire aux Magritte du cinéma belge, qui se tiennent le samedi 2 février. Le documentaire a connu un joli succès lors de sa sortie en février 2018. Il dépeint sans commentaires le quotidien de la juge d'instruction Anne Gruwez, personnage haut en couleur. C'est un film qui montre des images assez rares, des interrogatoires de prévenus et même l'exhumation d'un cadavre. Mais qui n'a pas plu à l'ensemble de la magistrature, dont le président du tribunal de première instance de Bruxelles, Luc Hennart.

Il est le chef de corps de la juge d'instruction Anne Gruwez, et lui a interdit de parler du film et de se présenter à la cérémonie. "Cette décision n'a rien de neuf, commente l'intéressé sur le plateau de Jour Première. Elle remonte finalement à bien longtemps, en tout cas dans son origine, puisqu'en avril 2018 j'ai dit à ma collègue que je souhaitais qu'elle n'intervienne plus de quelque manière que ce soit à propos de ce documentaire."

Une interdiction qui a suscité des réactions, notamment de la part de Manuela Cadelli, la présidente de l'Association syndicale des magistrats, qui a estimé que cette décision remettait en cause la liberté d'expression.... Et de suggérer que la célébrité d'Anne Gruwez aurait fait ombrage au président du tribunal de première instance de Bruxelles, très présent médiatiquement; et d'évoquer une rivalité politique. "Si d'aventure je devais prendre ombrage de ce genre de prestation, franchement je serais moi-même d'une relative médiocrité, rétorque Luc Hennart. J'ai droit à la rivalité éventuellement politique à l'égard d'Anne Gruwez... de quoi parle-t-on ? Il est clair qu'il y a une amorce dans une forme de détérioration de l'image de ce que doit être à mes yeux la justice. Je pense que Manuela Cadelli prend la tangente et, comme elle en a un peu l'habitude, saisit toutes les occasions pour avancer sur des terrains qui n'ont rien à voir avec ce qui se passe."

Un manque de loyauté

Ce film, Luc Hennart ne l'a vu qu'il n'y a quatre jours, lors de la rentrée du barreau de Bruxelles. "J'avais vu un certain nombre de bandes de lancement et je vous avoue qu'à ce moment-là, j'ai quand même considéré qu'il y avait une limite qui était franchie." Pourtant, à l'époque, le président avait autorisé le tournage du documentaire, mais il considère qu'il y a eu "un manque de loyauté". "Au niveau de la convention que j'ai signée — et il n'y a pas de problème à cet égard — on est loin du compte. La vie d'un juge d'instruction, pas de souci. La transparence par rapport à ce métier, pas de souci. Mais je crois qu'en ayant vu entre temps les images, je ne peux que constater — et je suis conforté dans la décision que j'ai prise à l'époque, même sans avoir vu — qu'on parle de toute autre chose."

Et d'estimer que sa collègue a été instrumentalisée au travers de ce documentaire. "Je crois qu'à un moment elle a perdu la maîtrise. Je l'ai dit et c'est encore rappelé ce matin dans la presse, j'ai eu le sentiment, et je lui ai dit en son temps, qu'elle me faisait l'effet d'être un singe sur un orgue de barbarie." Ce documentaire,a n'est pas l'image de la justice belge, ça n'est pas l'attitude d'un juge d'instruction dans l'exercice de son métier. Je suis désolé de le dire parce que, quelque part, ça m'attriste par rapport à Anne Gruwez, mais je crois qu'à un moment elle a perdu la maîtrise, et ce que l'on met en évidence dans ce film, c'est quoi ? Ce sont les propos qu'elle tient."

Et que se passera-t-il si Anne Gruwez va éventuellement chercher une récompense aux Magritte, malgré l'interdiction ? "Aujourd'hui, j'ai clairement indiqué à ma collègue que je n'entendais pas qu'elle aille à la projection de ce film, qu'elle aille à cette cérémonie. Si elle y va, on fera le constat et on verra bien ce que je déciderai par rapport à cela."

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