Louise Guillaumat (SOS Méditerranée) : "Il y a une vraie volonté de nous empêcher de débarquer en Europe"

Ce jeudi 30 juillet, c’est la Journée mondiale de la dignité des victimes de la traite d’êtres humains. Un sujet d’actualité à l’heure où la crise sanitaire et économique liée au nouveau coronavirus "engendre un flux exceptionnel de migrants économiques" selon le ministère italien de l’Intérieur.

Ces dernières semaines, des migrants débarquent sur l’île touristique de Lampedusa, sous les yeux des baigneurs en vacances. "Les débarquements autonomes sur les côtes italiennes se sont plus que multipliés en très peu de temps", affirme le ministère, en faisant référence aux petits bateaux qui traversent la Méditerranée depuis les côtes d’Afrique du Nord sans être interceptés.

Des ONG tentent de leur venir en aide. C’est le cas de SOS Méditerranée dont le navire Ocean Viking sillonne habituellement la mer à la recherche de candidat à l’exil en détresse. "Habituellement", puisque le bateau est actuellement détenu par les autorités italiennes en Sicile.

"Harcèlement administratif"

"Nous avons été le quatrième navire à se faire détenir en Sicile depuis deux mois", déclare Louise Guillaumat, directrice adjointe des opérations. Invitée de Matin Première ce jeudi 30 juillet, elle raconte comment les autorités italiennes empêchent d’intervenir en Méditerranée.

Pour la directrice adjointe, pas de doute, l’Italie opère un "harcèlement administratif absolument clair" sur l’ONG. "On a subi un contrôle portuaire, le quatrième en un an [alors qu'] un navire de ce type n’a pas plus d’un contrôle par an. L’objectif était d’entraver les opérations de sauvetage. Nous avons été le quatrième navire à se faire détenir en Sicile depuis deux mois."

L'Ocean Viking immobilisé

Selon elle, "il y a une vraie volonté de nous empêcher de travailler, de débarquer en Europe". Et ce à cause "d’un désengagement total des États membres de l’Union européenne".

Résultat : l’Ocean Viking est retenu depuis le 22 juillet dernier par les autorités italiennes. Une pétition qui demande la libération du navire a obtenu près de 80.000 signatures sur le site Change.org.

Pourtant, "on observe pas du tout de baisse des départs" avec la crise sanitaire qui sévit en Europe. "Les personnes qui quittent la Libye dans ces embarcations de fortune n’ont pas pour objectif d’arriver en Europe. L’objectif c’est avant tout de quitter la Libye. La crise sanitaire en Europe n’est pas un élément qui fait baisser les départs aujourd’hui."

"L'Europe répond absent"

Louise Guillaumat ajoute : "L’Italie et Malte, qui subissent de plein fouet l’arrivée de ces personnes en détresse, appellent à un mécanisme européen de partage et de redistribution de ces arrivées depuis des années. Mais l’Europe répond absent."

C’est pourquoi l’ONG plaide pour un mécanisme de long terme qui évite ce genre de situation où il faut attendre qu’une décision collective soit prise au niveau européen concernant la prise en charge des migrants.

SOS Méditerranée a recueilli récemment 180 migrants à bord de son bateau, dans une "ambiance entre stress et détresse". Après une quarantaine, ils ont pu débarquer à Porte Empedocle, en Sicile. Tous ont été testés négatif au Covid-19.


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La crainte du coronavirus, c’est d’ailleurs ce qui complique le travail de l’ONG. "Nous avons des protocoles spécifiques au moment du sauvetage", poursuit Louise Guillaumat. Masques, visières au moment de venir en aide aux migrants en mer et lors de la vie à bord… de quoi ralentir les opérations, les rendre plus longues et plus coûteuses.

Et puis il y a la souffrance psychologique des rescapés. "On a eu sur le bateau des tentatives de suicide, des personnes dans un état de détresse absolue jusqu’à se jeter à la mer en dernier recours, des personnes en grève de la faim", se désole la directrice adjointe de SOS Méditerranée. Dans ce contexte, "attendre une solution politique au coup par coup à chaque fois ne fait qu’augmenter la souffrance des personnes à bord".

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