Louer sa voiture entre particuliers en Wallonie: mission impossible?

Louer sa propre voiture en Wallonie: mission impossible ?
Louer sa propre voiture en Wallonie: mission impossible ? - © Tous droits réservés

Aujourd'hui, vous restez à la maison. Votre voiture passe la journée dans le garage. Pourtant, ce véhicule continue à vous coûter cher. Taxes, assurance,... tous ces frais fixes pèsent sur votre portefeuille que le véhicule roule, ou non. Alors pourquoi ne pas couvrir une partie de ces frais fixes en louant votre véhicule à d'autres particuliers lorsque vous ne l'utilisez pas? L'idée est alléchante. Malgré la grogne des loueurs professionnels, le concept séduit en France. En Wallonie pourtant, à l'heure actuelle, c'est presque "mission impossible".

Christian a déjà essayé, il n'y est jamais arrivé. C'est dans un garage de Jalhay, près de Verviers, que nous le rencontrons. Il tient à nous montrer sa deuxième voiture. Pas celle qu'il utilise tous les jours, mais son véhicule de loisir. Un petit cabriolet de la fin des années '90 qui passe plus de 330 jours par an, bien au chaud, dans ce garage. "Si on compte l’entretien, les taxes et l'assurance, je paye entre 1500 et 2000 euros chaque année pour une voiture qui sort une trentaine de jours par an explique-t-il. Il faut compter une moyenne de 65 euros par sortie. Alors si, pendant qu'elle est dans le garage, quelqu'un pouvait la louer, ça me permettrait peut-être de réduire ces coûts fixes qui ne servent à rien".

Mais Christian n'est pas un professionnel de la location et, en tant que particulier, personne n'accepte d'assurer son projet de location: "Je voudrais être sûr que, en cas de location, la voiture soit couverte. Or je n'arrive pas à trouver d'assureur qui accepte de couvrir la voiture si elle passe dans les mains d'un autre particulier pendant un jour ou deux. Pour moi, c'est embêtant".

En France, c'est déjà un marché

Le système dont Christian rêve, il existe dans d'autres pays d'Europe. C'est en France qu'il est le plus développé. Cela fait longtemps que Chafik loue sa petite citadine à d'autres particuliers plusieurs jours par mois. Ce jour-là, ce Parisien a rendez-vous dans le 11ème arrondissement avec Julia et Anne-Fleur. Les deux jeunes filles ont besoin d'une voiture pour un long week-end. Elles ont contacté Chafik pour louer sa voiture pendant 4 jours, avec un forfait de 1000 kilomètres, assurance comprise pour un prix défiant toute concurrence: 177 euros. "Bien moins cher que chez un professionnel" affirme Julia. C'est d'ailleurs le prix qui a motivé son choix...

Chafik, lui, touche 70 % de la somme. Cela lui permet d'amortir les coûts fixes. Le reste revient au gestionnaire du site Internet qui, d'une part, fait le lien entre les propriétaires et les locataires et, d'autre part, fourni l'assurance qui couvre tout en cas d'accident.

Des sites Internet comme celui-là, il en existe une dizaine en France. Là-bas, la location de voiture entre particulier n'est déjà plus une simple mode... c'est devenu un marché ultra-concurrentiel.

De l'ovni au mode de vie

Paulin Dementhon a presque créé ce marché. En lançant son propre site Internet il y a trois ans, il a contribué au développement de cette tendance en France. Aujourd'hui sa société, Drivy, compte une vingtaine de collaborateurs. Elle revendique 200.000 membres... il y en avait à peine 1000 en 2010. "Il y a trois ans, la location de véhicules entre particuliers, c'était un peu l'ovni complet précise-t-il. On a mis une année, à l'époque, pour convaincre un assureur de nous faire confiance. Aujourd'hui, j'estime que ce marché, en France, pèse une dizaine de millions d'euros".

Autopia mise sur le partage

En Wallonie, l'ASBL Taxistop a lancé son projet Autopia il y a un an et demi. Le principe est un peu différent. Quelques personnes se rassemblent autour du propriétaire d'un véhicule et forment un groupe. Tous les membres de ce groupe négocient et signent, ensemble, une convention qui règle les modalités d'emprunt: du prix aux restrictions horaires, en passant par le règlement d'ordre intérieur. Maroussia a mis sa voiture à disposition de deux autres personnes contre un défraiement au kilomètre. Cela rembourse une partie de l'assurance et des taxes liées à l'achat du véhicule. Pour elle, c'est "une solution écologique et économique". Ici encore, tout se fait vie une plateforme Internet, mais on ne parle pas de "location", plutôt "d'autopartage".

"Dans le cas de la location, l'objectif, en général est de faire un bénéfice explique Frédérique Wathelet, gestionnaire du projet Autopia chez Taxistop. Ici, ce n'est pas le cas. C'est plutôt une dynamique de consommation collaborative qui est assez en vogue en ce moment et on rentre vraiment dans une dynamique de partage"

Ce projet aujourd'hui, c'est 200 membres actifs en Wallonie et à Bruxelles, un peu plus de 1500 en Flandre. Loin, pour l'instant, des centaines de milliers de personnes qui, en France, jouent chaque année le jeu de la location de voitures entre particuliers. Reste que cette initiative pourrait en attirer d'autres en Wallonie.

Eric Destiné

 

 

 

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