Lou Colpé (réalisatrice) : "Pourquoi est-ce que la vie s'arrête complètement en maison de repos ?"

Lou Colpé (réalisatrice) : "pourquoi est-ce que la vie s'arréte complétement en maison de repos ? "
Lou Colpé (réalisatrice) : "pourquoi est-ce que la vie s'arréte complétement en maison de repos ? " - © Tous droits réservés

Cette crise sanitaire va-t-elle remettre en question la manière dont nous imaginons la fin de vie des personnages âgée ? Lou Colpé, récompensée prix du public du Documentaire belge au Festival International du Film Francophone de Namur en 2019, était l'invitée de Matin Première ce mercredi. Son documentaire "Le temps long" retrace les dernières années de la vie de ses grands-parents.

Agée de moins de 30 ans, Lou filme ses grands-parents et se pose des questions sur les traitements des personnes âgées en maison de repos. "Je n’ai cessé de me poser la question, pourquoi est-ce que la vie s’arrête complètement en maison de repos ? Qu’est-ce que c’est que ces institutions ? Comment est-ce qu’on les regarde ces vieux-là ?"

Lou Colpé propose des ateliers créatifs en maisons de repos. "Je ne sais pas à quel âge on est vieux, 65, 75, 80 ? En fait on n’en sait rien, c’est sûrement les gens qui vous regardent qui donnent ce jugement-là. Pourtant c’est un moment hyper important de la vie. On est en train de quitter la vie, sans doute, c’est aussi un moment de transition, comme l’adolescence et en fait. Je ne comprends pas pourquoi les artistes n’iraient pas dans ces lieux. Mais ces personnes sont tellement enlevées de toute possibilité de vie que c’est très étrange".

Changer les maisons de repos ?

La réalisatrice semble douter "moi j’ai peur que cette crise entraîne encore plus de réflexes sanitaire et sécuritaire liés à cette crise de la Covid. J’ai peur que l’on enferme encore plus les personnes âgées, qu’on les surprotège encore plus, alors qu’il faut faire tout le contraire. C’est un changement culturel qu’il faut, il faut voir les personnes âgées pas uniquement comme des personnes mourantes, mais juste des personnes âgées".

Lou Colpé raconte son expérience dans les maisons de repos et de soins. "Le personnel soignant, infirmier fait un travail incroyable. Ils ont choisi d’être dans ces institutions et ce n’est pas facile car la plupart sont privées, cotées en Bourse et ce qui les intéresse c’est le profit. Dans cette logique-là, c’est très difficile de faire un métier de soins. Dans une maison de repos bruxelloise, j’ai vu des gens levés à 5h30 du matin. On descend ensuite les pensionnaires au sous-sol de 9 heures à 17 heures sans rien faire, pour les faire manger vite en 30 minutes et le soir on les remonte pour les coucher dans des sacs de couchage fermé et on n’en parlera plus pour la nuit".

Lou Colpé est quand même optimiste, le changement arrive petit à petit. "Il y a plein de formations, comme le modèle Tubbe, ou Montessori, cela fait quelques années qu’ils sont sur le terrain à former des gens, je pense que ça va s’accentuer de plus en plus".

Le modèle Tubbe est un modèle d’organisation et de gestion appliqué par différentes maisons de repos et de soins dans une commune rurale de l’ouest de la Suède qui fait des émules chez nous.

La réalisatrice revendique son engagement dans les maisons de repos. "Il faut résister, faire de la douce résistance. Moi c’est pour cela que j’aime être en maison de repos pour aller à contre-courant et parce qu’il faut amorcer l’après covid. Et il y a plein de gens qui réfléchissent de manière ultra-inventive, par exemple à des maisons plus petites ou la communauté est moins usée, où les gens peuvent être ce qu’ils sont et veulent être jusqu’à la fin et de continuer de transmettre et de laisser des choses".

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