Lorsque les cellules cancéreuses désactivent leurs "velcros" pour pouvoir migrer et former des métastases

Les cellules cancéreuses d’une tumeur sont naturellement collées les unes aux autres, grâce un petit crochet ou "velcros". Pour former des métastases, elles doivent migrer et pour migrer, elles doivent se détacher des autres. Une équipe de l’école de biologie de l’UCLouvain vient de découvrir que certaines d’entre elles parviennent à supprimer cet effet "velcros" et ainsi se libérer de la tumeur pour coloniser d’autres endroits du corps. Comprendre ce mécanisme baptisé endocytose devrait permettre de mieux combattre à terme la formation des métastases. L’étude est publiée dans la revue scientifique "Nature Communication".

Des cellules cancéreuses agglutinées grâce à une sorte de "velcro"

Pierre Morsomme, Professeur de biologie cellulaire a dirigé les travaux : "Nous nous sommes intéressés à une protéine à la surface de nos cellules, la CD166, c’est elle qui sert de crochet ou de "Velcro" qui permet aux cellules de s’accrocher les unes les autres. Dans notre organisme les cellules ne peuvent pas se balader n’importe comment, elles doivent rester groupées. Nous avons ciblé les cellules cancéreuses. Quand elles se multiplient, elles forment une tumeur isolée, elles restent agglutinées ensemble grâce à ce "velcro". Nous avons observé que la quantité de ces velcros (CD166) pouvait diminuer. Le mécanisme s’appelle l’endocytose."

L'endocytose désactive les velcros et permet aux cellules d'une tumeur de s'échapper

Et le scientifique d’imager la manœuvre :" La cellule fait comme un petit bourgeon recourbé vers l’intérieur, dedans se trouvent nos fameux "velcros". Ils vont être dégradés puis éliminés au sein même de la cellule. Le résultat est clair. A l’extérieur, à la surface, il y a moins d’adhésifs, la cellule peut se détacher plus facilement pour s’échapper et aller coloniser d’autres endroits de notre organisme. Nous n’avons pas pu vérifier si elles allaient ensuite former des métastases mais c’est ce qui vient tout de suite à l’esprit. Notre étude montre qu’il y a des multitudes de mécanismes d’endocytoses, chaque récepteur à la surface de nos cellules a son endocytose."

Ce mécanisme fondamental a encore de nombreux secrets à révéler. Mais les chercheurs émettent l’hypothèse qu’il pourrait contribuer à la formation de métastases, qui permettent au cancer de se propager. Et qui sait, dans le futur, cela permettra peut-être de mettre au point de nouvelles solutions pour bloquer les métastases, et ainsi, ralentir le développement de certains cancers.

Le mécanisme lié au récepteur se retrouve dans d'autres maladies comme le Covid-19  

Mais cette recherche concerne de nombreuses autres maladies que le cancer. Pierre Morsomme revient alors sur notre actualité du Covid-19: "Les protéines qui se trouvent à la surface de nos cellules (nos récepteurs) ont toute leur importance dans la pandémie actuelle. Le Coronavirus rentre dans nos cellules pour les infecter en se fixant sur un de ces récepteurs présents à leur surface, dans ce cas-ci le récepteur "ACE2". Mais contrairement aux cellules cancéreuses, pour bloquer l'infection, nous devrions augmenter l’endocytose pour diminuer la quantité du récepteur en question. Ce qui empêchera le virus de s’y accrocher. Cela fera peut-être partie d’une de nos prochaines études."

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