Logements sociaux: quel espoir pour ceux qui vivent dans les moisissures?

Logements sociaux : quel espoir pour ceux qui vivent dans les moisissures?
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Logements sociaux : quel espoir pour ceux qui vivent dans les moisissures? - © Tous droits réservés

C’est un cri du cœur sur Facebook qui a attiré notre attention sur le logement de la famille Ait El Cadi. Un cri du cœur, presque un appel au secours, signé Youness, 27 ans, exaspéré par la vie dans un appartement étriqué et rongé par l’humidité. "Je ne cherche pas la pitié", écrit-il, lui qui s’investit au quotidien dans la vie culturelle et associative bruxelloise. "Vous me connaissez assez pour savoir que je déteste l’injustice et je la dénoncerai toujours. Cette fois-ci, c’est moi que ça touche directement. Vous savez également qu’on est le genre de famille qui essaie de rester constamment positive et d’aider les autres. Mais là on s’essouffle". Photos à l’appui pour montrer l’état de l’appartement familial.

Les murs de ma chambre sont attaqués par les champignons et la moisissure

Cela fait sept ans que Youness vit, avec ses deux frères et ses parents, dans un logement social de l’avenue Versailles, à Neder Over Hembeeck. La famille avait déjà déménagé une première fois car leur ancien logement était insalubre. Mais le nouveau logement se révèle lui aussi, au fil du temps, une source de problèmes et d’inconfort au quotidien. L’humidité ronge les murs, noircis par endroits. Comme dans la chambre de Youness : "On peut voir sur les côtés que les murs sont attaqués par les champignons et la moisissure", nous montre-t-il.

Dans la chambre des parents, l’eau s’est mise à ruisseler des murs il y a quelques semaines. Un dégât des eaux, le deuxième, alors que les traces du premier sont toujours visibles. Et cela sans compter les punaises de lit.

J’ai soulevé le matelas. C’était infesté de punaises

Ihsan Khatib, la mère de Youness, est à bout de nerfs. C’est elle qui a découvert l’invasion de punaises de lit, intriguée par les piqûres sur le dos de ses fils cadets. L’appartement a été traité mais certains meubles ont dû être jetés. Aujourd’hui les parents dorment sur un matelas par terre, emballé dans du film cellophane. Les fils cadets, Ismaïl et Tarek, dorment eux sur le fauteuil du salon. Une promiscuité difficile à vivre au quotidien, dans un appartement déjà trop petit à la base pour la famille.

La chambre de Youness, par exemple, est si petite qu’on peut à peine se glisser entre le lit et l’armoire. "Je ne peux pas me changer dans ma chambre, je suis obligé de sortir dans le couloir", illustre-t-il. Par manque de place, le jeune homme a d’ailleurs dû laisser une partie de ses affaires à son travail.

C’est comme si on habitait dans un squat

"On a l’impression que tout le monde ferme les yeux. On se sent abandonné. Ce n’est plus un appartement, c’est comme si on habitait dans un squat", témoigne Ishsan. "On est pressé de sortir d’ici. On voudrait être transféré dans un autre logement", ajoute le père, Mohammed Ait El Cadi.

 

Quelle solution pour la famille?

Le dossier de la famille est suivi par le Logement bruxellois. Il s’agit de l’une des 16 SISP (Société Immobilière de Service Public) de la Région bruxelloise. Elle gère près de 4000 logements sociaux à Neder Over Hembeeck, Haren et Bruxelles-Ville.

Les délais d’attente sont extrêmement longs

Pourquoi le Logement bruxellois n’a-t-il pas d’ores et déjà relogé cette famille plongée dans les difficultés ? Le directeur général, Lionel Godrie, nous explique qu’il doit tenir compte de la législation : vu la taille du ménage et l’âge des enfants, c’est un logement de quatre chambres qui doit être mis à sa disposition, quand bien même les Ait El Cadi n’en demandent pas tant. Or ce type de logement manque. Il représente à peine 12% du patrimoine du Logement bruxellois. "Les délais d’attente sont extrêmement longs : au minimum 8 à 9 ans. Et il n’est pas rare que ça aille au-delà des 10 ans", détaille Lionel Godrie.

Un délai très long, intenable pour la famille, qui voudrait bien trouver un logement dans le privé, mais se retrouve coincée par le montant des loyers et l’exigence d’une garantie, et cela alors que les trois fils travaillent…

Pas d’angélisme: on a des problèmes sur tous nos sites

Concernant les problèmes d’humidité, il n’y a pas non plus de solution à court terme, même si un relogement dans un appartement plus grand contribuerait déjà à un environnement de vie plus sain. Les bâtiments de l’avenue Versailles datent des années 70 et 80 et nécessitent de sérieuses rénovations. "Ici, nous ne sommes pas sur le site dans le pire état. Mais on ne va pas faire d’angélisme : on a, sur tous nos sites, des problèmes", reconnaît Lionel Godrie.

Un grand plan de rénovation est prévu : environ 300 millions d’euros jusqu’en 2030 pour des rénovations lourdes, des travaux de sécurité électrique, de nouvelles chaufferies… Et des travaux d’isolation, qui vont contribuer à lutter contre les problèmes d’humidité. "Nous allons refaire l’étanchéité des façades, poser de nouvelles toitures, de nouveaux châssis… Tout cela va contribuer à un environnement beaucoup plus sain pour les locataires". Ainsi qu’à des économies : "Nous avons fait le calcul, une isolation permet aux familles d’économiser 1200 euros par an", poursuit le directeur général.

 

Une famille parmi beaucoup d’autres

On le comprend : la situation de la famille Ait El Cadi est loin d’être isolée, ce qui ne la consolera pas. Et cela concerne toutes les SISP. Partout en Région bruxelloise, des familles sont confrontées à des logements sociaux trop petits et/ou vétustes, ou encore non conformes aux standards de vie actuels.

Pour Carole Dumont, du Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat, les Bruxellois paient encore aujourd’hui les pots cassés de la négligence des autorités avant les années 2000. "Les bâtiments se sont parfois fortement dégradés. Depuis les années 2000, des moyens ont été dégagés, avec des programmes de rénovation sur quatre ans. Mais il y a beaucoup de retard à combler", explique-t-elle. Problème : les délais avant de pouvoir réaliser les travaux sont eux-mêmes très longs : "Les délais pour la délivrance des permis d’urbanisme par exemple sont très longs. Il faut compter minimum quatre ans, quand tout va bien, avant de commencer les travaux. Au niveau des sociétés de logement social, il y a parfois des manquements. Certaines ont été parfois négligentes et n’ont pas bien pensé les projets de rénovation qui ont, du coup, été recalés". La volonté d’avancer est pourtant bien réelle depuis le début des années 2000, estime-t-elle : "Il y a eu une vraie prise de conscience, la Région a voulu mettre le paquet".

On ne trouve pas de terrain pour construire du logement social. Personne n’en veut.

Cela n’empêche qu’aujourd’hui, des bâtiments sont invivables voire tout simplement vides, faute de rénovation en profondeur. Et cela, alors que plus de 43.000 ménages sont en attente d’une place, selon les derniers chiffres communiqués. La production de nouveaux logements, c’est l’autre grand enjeu selon Carole Dumont : "Et là, on n’est vraiment nulle part", constate-t-elle. "Il y a eu des plans logements en 2005 et 2013 : il était question de construire 6400 logements sociaux. On n’en a construit que 1500-1700. Donc ça ne va pas. On ne trouve pas de terrain pour construire du logement social. Personne n’en veut".

 

Un plan d’urgence pour le logement social

Le nouveau gouvernement bruxellois changera-t-il la donne ? À court terme, pour la famille de Youness, clairement non. A plus long terme et plus globalement, on peut pour l’instant noter que le logement social est pointé comme l’une des priorités régionales.

La déclaration de politique régionale commune parle d’un "plan d’urgence". Pour la rénovation, comme pour la construction de logements. Extrait : "En priorité, la Région mettra en œuvre un plan ambitieux de création de logements sociaux et de 'socialisation' du parc locatif. A terme, il conviendra de disposer de 15% de logements à finalité sociale sur l’ensemble du territoire régional répartis de manière équilibrée par commune et par quartier"… Un coup d’accélérateur est par exemple prévu pour les 6400 logements qui avaient été promis, tout comme pour les délais de réalisation des travaux de rénovation.

D’autres mesures sont également annoncées dans l’objectif de fournir une "solution concrète" à 15.000 ménages et de réduire d’autant les listes d’attente.

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