Lobby: comment le numéro un mondial du tabac a fiché les eurodéputés

Les eurodpéutés ont été listés par Philip Morris à l'issue d'entretiens approfondis
Les eurodpéutés ont été listés par Philip Morris à l'issue d'entretiens approfondis - © GERARD CERLES - IMAGEGLOBE

Les députés européens auraient-ils été approchés par l'industrie du tabac ? Un document confidentiel émanant du fabriquant numéro un mondial de cigarettes, Philip Morris, le laisse en tout cas supposer.

Certains députés dont des Belges y sont fichés en fonction de leur proximité ou non avec les thèses de l'industrie du tabac. Un lobbying qui s'inscrit dans le cadre du vote d'une nouvelle directive européenne en la matière prévu prochainement.

Dans ce document du numéro un mondial du tabac, une liste de noms d'eurodéputés accompagnée d'un code couleur: vert, orange ou rouge selon la position de l'eurodéputé sur la prochaine directive sur le tabac.

Les eurodéputés belges également listés

Philip Morris irait même plus loin encore. La centaine de lobbyistes du cigarettier actif sur ce dossier auraient rencontré, "de manière approfondie" 257 élus européens.

Et certains Belges figurent dans ce document. C'est le cas de Frédérique Ries, députée MR au parlement européen qui raconte "Ce n'est pas une surprise, c'est une façon pour eux de gagner du temps en fichant les gens. En revanche, je suis choquée de l'ampleur de la manœuvre".

Marianne Thyssen, l'ancienne présidente du CD&V, est également citée et classée parmi les ennemis du cigarettier. Quant à Anne Delvaux, son "bulletin" reste blanc, Philip Morris ne la considère ni comme une amie, ni comme une ennemie. "Je n'ai jamais voté en faveur du tabac et en commission je ne les ai jamais soutenu. Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas été fiché, en tout cas je ne les ai pas rencontré et cela ne m’intéresse pas de les rencontrer" explique l'eurodéputée belge.

"Je ne soutiendrai aucune de leurs thèses même si ils m'envoient des paquets cadeaux avec des cigarettes électroniques ou du tabac, là ils s'adressent à la mauvaise personne" conclut-elle.

Une manœuvre qui n'étonne pourtant pas Denis Duez, directeur de l'institut d'études européennes à l'université Saint Louis: "C'est relativement normal qu'il y ait des contacts, donc la question ici c'est plutôt la nature de ces contacts, leur ampleur et le poids qu'ils peuvent peser sur le libre arbitre du parlementaire. Mais des rencontres approfondies, il y en a en permanence".

Le lobby du tabac au sein des instances européennes mais pas seulement

Des voix se lèvent pour dénoncer le rôle de ces lobbyistes engagés par l'industrie du tabac et dont le montant des dépenses dépassent les 500.000 euros pour l'organisation d’événements. 

"Ils ont corrompu les tribunaux, la justice, les médecins... Ils ont même corrompu tout le corps enseignant. Dans le département où je travaillais par exemple, on a découvert deux professeurs qui travaillaient tranquillement pour l'industrie du tabac.Cette pénétration des universitaires est la brèche la plus grave dans l'enseignement depuis la période nazie" Explique Robert Proctor Professeur à l'Université de Stanford

En ligne de mire, le vote d'une nouvelle directive plus contraignante

Car tout l'enjeu de ce dossier réside dans le vote d'une nouvelle directive européenne sur le tabac. Une mouture plus stricte que sa version précédente qui prévoit notamment l'interdiction des cigarettes au menthol ou la présence de mises en garde sanitaires sur 75% des paquets.

Une directive dont le vote était prévu en juillet dernier et qui a déjà été reporté à octobre.

Grégoire Ryckmans avec Sarah Devaux et Laurent Henrard

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