Livreurs à vélo, "impossibles à salarier"? Ces initiatives de coopératives prouvent le contraire

Conditions de travail des coursiers à vélo: plusieurs coopératives en contre-exemple de Deliveroo
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Conditions de travail des coursiers à vélo: plusieurs coopératives en contre-exemple de Deliveroo - © Tous droits réservés

La date est tombée lundi : le procès entre l’entreprise Deliveroo face à plusieurs coursiers, l’ONSS, et l’Office national de la sécurité sociale aura lieu en octobre 2021. Au centre du dossier, les conditions de travail des coursiers indépendants.

En effet, selon la requête du ministère public, ces livreurs devraient obtenir le statut de salariés. Mais pour Deliveroo, un tel changement serait impossible à encaisser financièrement : "Il faudrait réduire fortement la voilure, voire fermer boutique", menace le patron de la plate-forme. Est-ce un risque réel ? N’y a-t-il pas d’autres alternatives ? En France en Belgique, on observe l’arrivée de nouvelles initiatives, plus respectueuses pour les livreurs.

Le fonctionnement en coopérative

En France, à Montpellier, cinq jeunes ont par exemple eu l’idée de fonder, via le réseau coopératif Coopcycle, la fédération européenne des coopératives de livraison à vélo, leur propre service de livraison de repas.

Celle-ci prend la forme d’une coopérative : Les coursiers Montpelliérains. Comme l’explique Yannick Plan, l’un des co-fondateurs, ils sont donc salariés de cette coopérative, et prévoient de pouvoir se payer à 100% d’ici cinq ans. Leur objectif est de pouvoir offrir un emploi stable aux futurs autres coursiers, à l’inverse de Deliveroo qui demande à ses livreurs de rester indépendants.

Avec un objectif local, Les Coursiers Montpelliérains n’envisagent pas de s’étendre au-delà de leur ville. "Mais l’idée, explique Yannick Plan, est que chaque ville qui le désire puisse utiliser le même modèle et l’appliquer chez soi. Coopcycle propose en effet un logiciel permettant de monter des structures comme la nôtre, indépendante les unes des autres. Aujourd’hui, elle réunit 80 coopératives de livraison à vélo dans toute l’Europe, que ce soit en logistique urbaine ou en food comme nous. A Bruxelles, par exemple, je pense que Molenbeek s’y est intéressé".

En effet, une coopérative similaire, Molenbike, a été créée en 2018 et fonctionne sur les mêmes principes, à un détail près : il s’agit plutôt d’un service de livraison classique, qui se fait effectivement à vélo, mais qui ne se concentre pas sur la livraison de repas. Elle n’est donc pas une concurrente directe de Deliveroo, qui offre à chaque instant la possibilité de se voir ravitaillé en quelques minutes. En fait, sur les 80 coopératives créées, seules cinq font pour l’instant de la livraison de repas : Les Coursiers Montpelliérains (Montpellier), S!klo (Grenoble), La Poit’à vélo (Poitiers), La Pajara (Madrid), et Rayon9, à Liège.

Un vélo-cargo pour des tâches variées

En Belgique, à Liège, le vélo-cargo de Rayon9 offre depuis quatre ans ses services de livraisons à plusieurs commerces liégeois, dont un vendeur de légumes biologiques. Comme l’explique Benoit Renard, son fondateur, les possibilités de livraisons sont variées : "ça peut être des produits d’artisanat, des jouets, des meubles démontables en carton fabriqués à Liège, des produits pharmaceutiques, des prothèses dentaires, des plans d’architectes…".

Depuis peu, il offre également le service de livraison de repas provenant d’une petite dizaine de restaurants choisis par ses soins. Le choix de restaurants, comparé à Deliveroo, paraît inévitablement réduit.

Mais l’objectif de la plate-forme Coopcycle est de favoriser l’éclosion d’une multitude de coopératives comme celles-là. Ainsi, elles formeront un réseau de plus en plus grand, permettant une offre plus large. Ce serait donc l’addition de ces multiples offres locales qui permettrait une voilure, si pas aussi grande que les géants comme Deliveroo, du moins diverse et variée.

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