Lisa, 22 ans, infirmière depuis 18 mois, déjà au bord de l'épuisement

Lisa, 22 ans, infirmière depuis 18 mois, déjà au bord de l’épuisement
Lisa, 22 ans, infirmière depuis 18 mois, déjà au bord de l’épuisement - © RTBF

La conclusion de cet article a été modifiée le 28 juin 2019 pour coller davantage à la réalité de la décision prise par la témoin.

Elle est toute nouvelle, toute fraîche, comme elle dit. Enfin toute fraîche, plus vraiment. A 22 ans, à peine sortie des études, Lisa Lognay, infirmière aux Cliniques universitaires Saint-Luc est désenchantée.

"Je n’imaginais pas du tout que c’était comme ça. On nous disait qu’il fallait prendre son temps avec le patient, intégrer des moments d’écoute, aller à son rythme… mais vu la charge de travail qu’on a, c’est extrêmement compliqué d’intégrer toute cette utopie."

Je ne sais pas combien de temps je vais encore tenir

Aux Cliniques universitaires Saint-Luc, ce n’est pourtant pas le pire. Comparé aux hôpitaux publics, le personnel soignant est mieux loti. Avec 26% de budget en plus, il y plus de monde. Mais malgré ça, "ici, on travaille comme des fous, parce qu’on n’est pas assez nombreux". Lisa ne sait pas combien de temps elle tiendra : "Combien de temps, c’est une très bonne question. Ça fait peur. A ce rythme-là, je ne m’y attendais pas. Je suis arrivée directement dans ce bain-là, donc on essaye de s’adapter, mais combien de temps, physiquement, j’arriverai à tenir, je ne sais pas. Je salue les infirmières qui ont fait une carrière complète à l’hôpital. Moi je n’y arriverai pas."

La jeune infirmière se dit solidaire avec le mouvement infirmier parti des hôpitaux publics : "Je comprends tout-à-fait. Il faut tirer la sonnette d’alarme, et dire qu’on n’en peut plus. Déjà moi, au bout d’un an, je vois qu’il y a un problème, trop peu d’infirmières, une surcharge de travail et qu’il faut faire quelque chose parce que ce n’est pas tenable".


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La peur de l’erreur

Comme ses collègues plus âgées, Lisa court toute la journée. Cinq minutes en moyenne par patient, dix minutes de pause, si tout va bien… "On vit constamment avec la peur de l’erreur. On est tout le temps dérangés. On reçoit des tonnes d’information en même temps et, parfois ; il y a une information qui nous glisse entre les oreilles. Donc on risque de mettre la vie des patients en danger, tout va tellement vite… S’il nous manque une information, ça peut coûter la vie au patient."

Et elle l’avoue, il lui arrive de rentrer à la maison en pleurant : "Ça m’arrive assez fréquemment. Parce qu’on est submergé par la fatigue, par le stress. On se dit, j’ai laissé ma collègue avec tellement à faire. On se sent mal. On se dit : pourquoi j’ai choisi ce métier ?"

Lisa gagne environ 1600 euros par mois. Son métier, elle l’a choisi pour le relationnel, mais le relationnel passe à la trappe. Elle est déçue. Et très en colère : "Ça me met tellement en colère, que j’ai envie de tout lâcher. J’ai envie de dire : "Les gars y a quelque chose qui va pas…, ça fait des années qu’on crie la même chose et qu’on n’est pas entendus. C’est désolant. Ça fait un an que je crie et je crie dans le vide".

Lisa aimerait passer à mi-temps et reprendre des études. Et comme elle aime son métier, elle a le désir de donner cours à des futures infirmières pour leur transmettre la vraie teneur du métier. 

Reportage dans notre journal télévisé de la mi-journée:

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