Libération d'Amaya Coppens: "C'est une amnistie, mais on n'a pas aboli les charges qui reposaient contre elle"

Libération d'Amaya Coppens: "C'est une amnistie, mais on n'a pas aboli les charges qui reposaient contre elle"
Libération d'Amaya Coppens: "C'est une amnistie, mais on n'a pas aboli les charges qui reposaient contre elle" - © EMMANUEL DUNAND - AFP

La jeune belgo-nicaraguayenne Amaya Coppens est sortie de prison hier, avec la centaine de prisonniers politiques libérés au Nicaragua. Elle était emprisonnée depuis le 10 septembre 2018, pour avoir, selon les autorités locales, commis des "actes terroristes" à l'instar d'autres militants étudiants. Elle a été voit accusée d'être parmi les meneurs qui ont érigé des barricades et incendié un bâtiment de l'université lors de manifestations contre le gouvernement de Daniel Ortega, dans la ville de Leon (ouest du pays), où elle était étudiante en 5ème année de médecine. Membre du Mouvement du 19 avril, elle a été interpellée avec d'autres étudiants, lors d'opérations de police où des armes auraient été saisies.

Contactée par notre journaliste Damien Roulette, Amaya Coppens témoigne de ses conditions de détention. "On a été complètement isolé du reste de la population de la prison. On n'a même pas eu le droit à un appel téléphonique. On n'a pas eu le droit de parler avec nos avocats pour savoir comment aller notre procès. Et, franchement, ce que le gouvernement a fait en nous mettant là-dedans était d'essayer de nous isoler du monde. Et on a continuellement eu des traitements qui, je pense, ne sont pas dignes. Par exemple, se dévêtir devant les gardiennes de cellules avant et après une visite et devoir rester toute nue devant plusieurs pensionnaires."

Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d'Amnesty International, réagit à ces propos. "Ce que le gouvernement nicaraguayen — M. Ortega — a oublié, c'est qu'en prison il n'y a jamais de secrets, tout circule et Amaya donnait des informations qui nous arrivaient et qui arrivaient à sa famille, etc. Ça, c'était important et ça a aussi été une erreur politique colossale de la part du régime. Je crois que ça montre aussi la capacité de mobilisation de la famille, d'organisations autres qu'Amnesty, mais d'Amnesty aussi. Je veux d'ailleurs remercier ici les 27.000 personnes qui ont signé une pétition qu'on a été remettre à l'ambassade avec la famille justement. Mais je crois que de façon plus générale, ça a été une erreur politique grave de la part d'Ortega que de croire qu'il allait pouvoir passer comme ça à côté de générations entières de gens qui se sont battus ici en faveur de ce régime pendant des années et qui espéraient voir autre chose comme politique que celle qui a amené à cette crise, et la façon de gérer la crise aussi, qui a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase."

Et de souligner l'importance de la mobilisation internationale dans ce genre de situation. "Il y a différents niveaux. Le premier est d'abord d'attirer l'attention et de dire : 'Nous sommes au courant que vous faites ce genre de choses '. C'est extrêmement important. Et c'est aussi l'effet d'entraînement que ça peut avoir sur des organisations comme l'Organisation des États américains, qui, à un moment donné, dit : " vous devez arrêter parce que vous n'aurez plus accès à aucune aide internationale ". Il y a donc un effet d'entraînement qui fait que l'Union européenne, l'Organisation des États américains et les États voisins font pression. Ce n'est pas uniquement une pression des États-Unis, ça, c'était le langage officiel, même si ça restait le plus gros client du Nicaragua ces dernières années. Mais ça montre effectivement que ce qui se passe au départ d'une mobilisation extrêmement restreinte et extrêmement ténue à l'étranger peut déboucher sur des changements structurels dans un pays."

Amaya est libérée, sans pour autant que les charges retenues contre elles ne soient levées : ces prisonniers politiques ont été amnistiés, donc ils sont considérés comme des criminels pour ayant simplement tenté de manifester contre le président... Et donc Amaya est toujours considérée comme terroriste. "Il y a peu de définitions de ce qu'est le terrorisme parce qu'on peut l'utiliser à sa guise. Et Amaya était accusée de terrorisme, ce qu'elle n'est évidemment pas. Mais c'est vrai que c'est aussi un souci parce que, d'une part, les charges ne sont pas levées. C'est une amnistie, mais on n'a pas aboli les charges qui reposaient contre elle. Elle a quand même certaines obligations de ne pas manifester, de ne plus recommencer, etc. Sinon on lui enlève ses droits. C'est une loi d'amnistie qui permet également de glisser sur les violations massives des droits humains qui ont été commises par le régime - tortures, emprisonnement et on parle même de disparitions."

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