Lessines et Magritte, des liens surréalistes

L'artiste Paul Rouge chez lui, à Lessines, devant un tableau de Magritte qu'il est en train de peindre.
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L'artiste Paul Rouge chez lui, à Lessines, devant un tableau de Magritte qu'il est en train de peindre. - © Laurent Dupuis

Lessines est-elle vraiment la cité de Magritte ? Oui, et pas qu’un peu ! Mais même la ville de naissance du peintre surréaliste, et il n’y est resté que dix-sept mois, s’en est rendu compte tardivement. Lessines a pourtant largement inspiré l’artiste né le 21 novembre 1898, au 10 rue de la Station à Lessines, et décédé il y a 50 ans, le 15 août 1967. 

"Magritte se trouve sur toutes les enseignes à Lessines. Il y a l’athénée René Magritte, la résidence René Magritte, le centre culturel René Magritte", énumère Myriam Mariaulle, programmatrice au centre culturel lessinois. "Même moi, avant de travailler ici, je trouvais que l’expression "Lessines, cité de Magritte" était exagérée. Mais finalement, l’expression ne l’est pas du tout. Et nous pouvons remercier pour cela le folklore local et un artistes lessinois, Paul Rouge."

Paul Rouge, 89 ans, est originaire du village d’Ollignies, dans l'entité de Lessines. Il est devenu un grand ami de Louis Scutenaire, poète surréaliste, grand ami de Magritte et décédé il y a 30 ans, le même jour que le peintre. 

Paul Rouge a connu René Magritte. L’étudiant de La Cambre l’a même rencontré à deux reprises. Deux fois à Bruxelles."Magritte est né à Lessines, il y a vécu dix-sept mois mais il est surtout revenu une dizaine de fois à Lessines à l’âge adulte grâce à son amitié avec Scutenaire. Il venait chez la grand-mère de Scutenaire, Madame Roza. Et finalement, Lessines a largement inspiré Magritte", explique Paul Rouge, nonagénaire en novembre prochain et pourtant doté d’une mémoire d’éléphant. "Il ne revenait pas à Lessines par nostalgie pour sa ville de naissance mais pour les sources d’inspiration qu’il y trouvait."

Lessines se retrouve ainsi dans de nombreux tableaux du peintre surréaliste. Certains tableaux sont exposés au musée Magritte à Bruxelles. D'autres encore seront présentés dans le cadre de l'exposition Magritte, Broodthaers et l'art contemporain, du 13 octobre au 18 février. 

Les carrières de porphyre

"Magritte faisait beaucoup de promenades dans les carrières à partir d’Ollignies. Lessines est la cité du porphyre. Face à la maison de Madame Roza, il y avait la maison de Didier Soetens qui était dynamiteur. Il leur proposait d’assister avec lui aux tirs de mines. Magritte et Scutenaire se mettaient bien à l’abri et ils admiraient le spectacle. C’était hallucinant pour Magritte parce que depuis son réduit, bien à l’abri, il voyait s’élever dans le ciel de Lessines d’énormes blocs de pierre qui avaient l’air de rester, une seconde, immobiles au sommet de leur trajectoire. Il en a souvent parlé à Scutenaire qui m’a rapporté les mots de Magritte. Il se demandait: "Mais pourquoi cela ne tombe pas ?" Magritte a ensuite peint une série de toiles avec d’énormes blocs de pierre et notamment le Château des Pyrénées, un château sur un énorme bloc de pierre suspendu dans l’air au-dessus des vagues, comme s’il flottait."

L’anecdote du "rebouteux", du thérapeute

"Magritte s’est tordu le pied lors d’une promenade dans les carrières de Lessines en 1935. Scutenaire est allé chercher la voiture et il l’a amené chez un rebouteux, c’était le guérisseur, le kiné de l’époque. Il y avait un rebouteux sur la route de Flobecq, à gauche. Donc peut-être dans le village d’Ogy. Il était dans sa maisonnette. Il avait beaucoup de pigeons. Il portait un grand chapeau et un foulard rouge. Magritte s’est assis sur une chaise. Le rebouteux s’est penché sur la cheville de Magritte et il l’a massée avec ses pouces de boxeur comme disait Scutenaire. Il a ensuite sorti d’un sac une poignée de plantes médicinales et il lui a dit de faire un bain le soir avec ça. Magritte avait vu tout ça. Il avait pris des notes. Il n’avait pas vu le visage du rebouteux, mais par contre, il avait vu le grand chapeau de paille du rebouteux, son foulard rouge, sa canne, son sac de plantes médicinales et on retrouve tout cela dans un tableau qu’il appela Le Thérapeute. Il a même mis des pigeons dans une cage à la place de la cage thoracique."

Les forges des carrières

"En quittant les carrières, Magritte voyait les forges qui fonctionnaient et là, ils voyaient du métal en feu. Il n’avait jamais vu ça de sa vie. Lui qui avait quitté Lessines pour une région métallurgique comme Châtelet, il n’avait jamais vu du métal en feu. Il a pris des notes et il a dessiné par la suite des clés en flamme, des instruments de musique en flamme… Ces tableaux sont vraiment des inspirations dues aux forges de Lessines."

Les feuilles de tabac

"Avant 1940 et même pendant la guerre, tous les potagers des environs de Lessines comportaient des plants de tabac. On pouvait cultiver jusqu’à 99 plants avant de payer les droits d’accises. Cela a frappé Magritte. Il les a dessinées, ses feuilles de tabac. De feuilles lancéolées, veloutées, assez grandes. Il les dessinait vertes, séchant en-dessous des gouttières ou il en faisait des arbres ou des oiseaux. Il a notamment fait différents tableaux dont L’île au trésor."

Paul Rouge à l’œuvre

Paul Rouge est actuellement en train de peindre un portait de Magritte. Un portrait lessinois.

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