Les violences sexuelles n'épargnent personne, selon une étude

C’est une étude d’envergure que des chercheuses de l’Université de Gand (Ugent), de l’Université de Liège (ULiège) et de l’Institut National de Criminalistique et de Criminologie (INCC) ont menée sur les violences sexuelles. 

Les différentes équipes d’experts ont sondé un échantillon représentatif de plus de 5000 personnes vivant en Belgique, ainsi que des professionnels du secteur. Elles présentaient les résultats de cette étude ce mardi et ils sont inquiétants. D’abord, par l’ampleur du phénomène.

Personne ne semble épargné, la violence sexuelle touchant des individus de tout sexe, orientation sexuelle, origine ethnique, et même les séniors. 

1. Deux tiers de personnes ont subi des violences sexuelles

La particularité de cette étude, c’est qu’elle est représentative de la population belge, elle ne s’intéresse pas uniquement aux femmes.

Elle prend en compte les violences sexuelles dans leur ensemble. On pense aux viols, aux abus sexuels sans pénétration, aux agressions sexuelles, mais l’étude intègre aussi les violences sexuelles pour lesquelles il n’y a pas eu de contacts physiques :

"Ce ne sont pas seulement du harcèlement, des remarques à connotation sexuelle, c’est aussi par exemple être forcé à regarder quelqu’un qui est en train de se masturber, être forcé à regarder du porno ou encore devoir se déshabiller devant une caméra. Il n’y a pas forcément de contact physique entre l’agresseur et la victime, mais c’est de la violence sexuelle", précise Inès Keygnaert, professeur de santé de Santé Sexuelle et Reproductive à l’Université de Gand et coordinatrice de l’étude UN-MENAMAIS.

81% chez les femmes, 48% chez les hommes

Quand l’on regarde les chiffres de plus près, il apparaît qu’entre 16 et 69 ans, 64% des personnes ont subi des violences sexuelles au cours de leur vie. 81% chez les femmes, 48% des hommes.

Les chiffres sont élevés, et peut-être aussi surprenants concernant les hommes : "Pas tant que ça, puisque des chiffres assez similaires ont été rapportés dans d’autres pays, mais ça concernait surtout les jeunes adultes. Ici, après 25 ans, on dénombre aussi des victimes qui souvent n’osent pas parler des violences subies", recadre Inès Keygnaert, professeur de santé de Santé Sexuelle et Reproductive à l’Université de Gand.


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Dans les détails, on notera que deux femmes sur cinq et un homme sur cinq ont indiqué avoir été victimes de violences sexuelles impliquant un contact physique entre l’agresseur et la victime, 5% des hommes et 16% des femmes ayant indiqué avoir été violés.

Par ailleurs, l’étude souligne que la violence sexuelle est significativement associée à des conséquences néfastes sur la santé mentale, telles que la dépression, l’anxiété, le stress post-traumatique et les tentatives de suicide.

L’étude zoome également sur trois profils en particulier : ceux des personnes âgées, des personnes LGBTQIA+ et des demandeurs de protection internationale.

Les personnes âgées

C’est sans doute l’une des premières études européennes à s’intéresser précisément aux violences sexuelles des personnes âgées. En général, les travaux portent sur la maltraitance de manière globale. Les chercheuses ont interrogé plus de 500 personnes âgées de plus de 70 ans.

Environ 4 personnes âgées sur 10 (44%) ont indiqué avoir été victimes d’au moins un type de violence sexuelle au cours de leur vie. 55% sont des femmes et 29% des hommes. Une personne âgée sur 12 a déclaré avoir subi de la violence sexuelle au cours des 12 derniers mois.

Que peut-on dire des auteurs de violences ? Bien souvent, il s’agit de quelqu’un de connu par la victime, à 60% des cas. "Ca peut être le partenaire ou l’ex-partenaire, un membre de la famille, un ou une amie, un rendez-vous d’un soir, quelqu’un qui faisait partie de l’autorité ou des connaissances", détaille Adina Inescu chercheuse et doctorante à l’Université de Liège.

Les personnes LGBTQIA +

Selon l’étude, près de 80% des personnes LGBTQIA + ont été exposées à au moins une forme de violence sexuelle. 79% ont subi des violences sexuelles n’impliquant pas un contact physique (par exemple, du harcèlement sexuel, ou d’autres formes de violences sexuelles sans contacts physiques entre l’auteur et la victime) et 42% des violences sexuelles avec contacts physiques, dont 24% concernaient soit un viol, soit une tentative de viol.

Les demandeurs d’asile

Pour les demandeurs de protection internationale (DPI) résidants en Belgique, le taux de violence sexuelle s’élève à plus de 84%, dont 61% ont eu lieu au cours des 12 derniers mois, durant une période où ils étaient déjà présents en Europe ou en Belgique au moment des faits. Et pour ce profil en particulier, il s’agit autant de femmes que d’hommes, la répartition est équilibrée.

2. La plupart des victimes n’ont pas cherché d’aide après les faits

Seulement 7% des victimes ont cherché une aide professionnelle et 4% ont signalé les faits à la police. C’est bien souvent la loi du silence qui règne, après une agression sexuelle.

Les raisons sont multiples : "C’est tout d’abord une question de perception : 'est-ce que j’ai vécu des violences sexuelles ?', il faut pouvoir poser le mot 'victime'. L’entourage va également être très important. S’il banalise ce qui vous est arrivé, si l’on vous dit que vous l’avez sans doute un peu cherché, que ce n’est pas si grave, alors les personnes n’iront pas chercher de l’aide", analyse la professeur en santé sexuelle de l’Université de Gand.

Des médecins démunis 

"Ensuite, poursuit Inès Keygnaert, il faut aussi savoir vers qui se tourner. Si c’est une agression récente, il existe trois centres de prise en charge de violences sexuelles, à Bruxelles, Liège et Gand. En 2023, il y en aura dans chacune des provinces et c’est une bonne chose. Si ces violences remontent à plus longtemps, les personnes ne savent pas où aller. Quand elles en parlent avec un médecin généraliste, bien souvent celui-ci se retrouve démuni, il ne sait pas comment aborder le sujet, ils n’ont pas été formés pour réagir face à ces situations, quel traitement médical, quels examens médico-légaux, comment chercher des preuves".

Par ailleurs, quand l’on sait que l’agresseur est souvent quelqu’un de connu, le partenaire ou un membre de la famille, la peur doit sans doute jouer dans la décision de porter plainte ou non.

L’étude rappelle que souvent, la personne peut développer des symptômes de stress aigu après des violences sexuelles. "Si on ne cherche pas d’aide, des troubles post-traumatiques peuvent arriver plus tard, après un à trois mois. Des troubles qui peuvent alors s’installer durablement". Cela augmente aussi les risques d’être à nouveau agressé. 

Une liste de recommandations 

L'étude formule plusieurs recommandations, parmi lesquelles la formation des personnels de la santé et des agents chargés de l'application de la loi, y compris la police, les cours et les tribunaux pouvant potentiellement entrer en contact avec des victimes de violence sexuelle.

La formation à l'éducation sexuelle dès le plus jeune âge, autour des limites, du consentement figure également parmi les pistes avancées. Les chercheuses pointent aussi du doigt le remboursement des soins psychologiques, sans limitation du nombre de séances. 

 

 

 

Violences sexuelles: JT 08/03/2021

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