Les vendanges s'annoncent mauvaises dans les domaines viticoles wallons

Les quantités de raisin sont affectées un peu partout en Wallonie à cause des conditions météorologiques exécrables en 2016.
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Les quantités de raisin sont affectées un peu partout en Wallonie à cause des conditions météorologiques exécrables en 2016. - © Tous droits réservés

Une année complètement pourrie. Il n'y a pas d'autres mots pour la qualifier selon Pierre Gérard, responsable de la recherche et du développement pour le vin "Le clos des Zouaves" situé à Thuin: "Des gelées tardives, un printemps froid et pluvieux... Les abeilles ne sortent tout simplement pas pour butiner par un temps pareil donc la pollinisation a été très mauvaise au printemps. Vous pouvez voir le résultat", explique-t-il en croquant un raisin trop acide.

Des stades de maturité différents sur une même grappe nuiraient à la qualité du vin produit et les quantités insuffisantes rendent la récolte complètement inutile: "Ça ne vaut pas la peine, explique Pierre Gérard. Cela prendrait trop de temps pour trier, ne pas avoir grand-chose et se retrouver avec un vin de moindre qualité qui porterait préjudice à la réputation du produit. Là on va juste faire tomber les fruits et tailler pour ne pas fatiguer inutilement les pieds de vignes et se préparer pour l'année prochaine".

Un perte sèche

Pas de récolte du côté de Thuin, c'est une mesure extrême que l'asbl peut se permettre: la finalité économique n'est pas forcément au centre du projet qui s'articule aussi autour d'une dimension sociale et touristique, en synergie avec la ville : "Nous avons assez de réserves des autres années, explique Christophe Mulatin, le responsable de production. Mais il ne faudrait pas une autre année comme celle-ci. Nous bénéficions aussi de certaines aides qui nous maintiennent à flot mais ce n'est de toute façon pas une activité axée autour de la rentabilité. D'ailleurs cette mauvaise année ne nous empêchera pas de faire la fête le 17 septembre aux jardins suspendus de Thuin. Ce sera juste la fête des vendanges... sans vendanges (rires)". 

Mais pour d'autres vignobles wallons, de Tournai à Liège, les conséquences sont bien plus importantes. Le domaine viticole du Chenoy à Emines couvre 10 hectares dans le namurois. Quand une exploitation atteint cette taille, il y a un manque à gagner énorme en cas de mauvaise récolte: "Nous avons 42 000 plants donc vous imaginez la différence avec un petit site comme à Thuin, explique Philippe Grafé qui a lancé ce premier domaine viticole professionnel de Wallonie en 2000. De notre côté, nous estimons que la quantité de raisin récoltée sera moitié moindre par rapport à une année normale".

Quantité en berne et qualité en suspens

Près de 20 000 litres de vin en moins, une sacrée tuile. Même en termes de qualité, Philippe Grafé a bien du mal à se projeter: "Nous avons eu du gel le 28 avril et les vignes ont 15 jours de retard. Il leur fallait du temps pour s'en remettre. La météo clémente de ces dernières semaines permet de rattraper progressivement le temps perdu mais impossible à l'heure actuelle de savoir si le vin qui sera produit sera de bonne facture ou pas".

Financièrement, le coup porté sera dur mais pas mortel. Les aléas du temps, tout producteur de vin comme de céréales doit pouvoir s'en remettre. Le produit peut se conserver et donc aider à tenir le coup: "Nous avons connu une récolte double en 2015. Comme le marché décolle moins rapidement que nous l'avions prévu, il nous reste du stock, assure Philippe Grafé. En plus, il ne vieillit pas mal du tout et sauve donc la mise pour cette année".

Mais que ce soit sur les 50 ares de Thuin ou la dizaine d'hectares d'Emines, il ne faut pas que les mauvaises années s'accumulent pour une activité viticole encore bourgeonnante en Wallonie.

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