Les vagues de chaleur se multiplient: un signe "inquiétant" du réchauffement climatique

Alerte rouge dès ce samedi sur tout le pays sauf le littoral et la province du Luxembourg. C’est la deuxième fois de notre histoire que l’Institut royal de météorologie décide de passer au code rouge. C’est aussi la première fois que l’IRM enregistre des températures aussi élevées avec une telle répétition sur ces cinq dernières années.

Cette multiplication et cette intensification des vagues de chaleurs sont un des marqueurs les plus clairs du réchauffement climatique. "C’est un véritable signe du changement climatique", confirme le climatologue français du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, Robert Vautard. "Cette tendance lourde arrive et malheureusement, elle ne va pas nous lâcher."

Les chiffres montrent en effet que les vagues de chaleurs s’intensifient au fur et à mesure des années : elles sont plus nombreuses et les pics sont plus élevés. 

Ce qui est inquiétant, c’est la vitesse à laquelle cela se produit

"Je préfère toujours être prudent par rapport au réchauffement climatique mais ici, ce qu’il se passe correspond tout à fait aux prévisions des experts du climat", abonde Pascal Mormal, météorologue à l’IRM. "Ce qui est même inquiétant, c’est la vitesse à laquelle le phénomène est en train de se produire."

Il prend l’exemple de la canicule de 2003. "A l’époque, on avait dit que dans le futur, une vague de chaleur comme celle de 2003 pourrait devenir une norme à l’horizon de 30 ou 40 ans. Or, ici, on est en train de se demander si le phénomène n’est pas en train de s’accélérer plus rapidement que ce qu’on ne craignait."

Pascal Mormal avance les chiffres relevés à l'Institut royal de météorologie.

40 °C : premier signe d’alerte

Pour Pascal Mormal, il y a eu un premier signe d’alerte quand on est passé au-dessus du seuil de 40° en Belgique l’année passée. "C’était le cas dans plus de la moitié des stations en Belgique. C’était inédit. Ce seuil n’avait quasiment jamais été franchi dans les stations officielles du réseau climatologique."

+ 3° C : record pulvérisé

Le record de température journalière relevé à Uccle l’an dernier est passé de 36,8 °C à 39,7 °C, soit 3 degrés en plus en un seul coup. "C’est hors norme de prendre autant d’un coup. On a pulvérisé les valeurs précédentes. Si les vagues de chaleurs ne sont pas quelque chose d’exceptionnel pour le pays, ces chiffres montrent que leur intensité et les pics extrêmes sont inquiétants."

1989 : le basculement

"On a déjà gagné 1 degré depuis la fin des années 80 en température moyenne. Cette période est un point de basculement. Les températures étaient relativement stables entre 1915 et les années 70. Et puis, dans les années 80, ça a commencé à remonter et de manière beaucoup plus forte. Depuis 4 ou 5 ans, on est dans une phase beaucoup plus marquée du réchauffement. Depuis lors, le nombre de vagues de chaleur a explosé. À Uccle, entre 1892 et 1989, on compte 24 vagues de chaleurs. Entre 1990 et aujourd’hui, on en sera à 21 avec celle de ce mois d’août."

Minimum une vague de chaleur par an depuis 5 ans

"Jusqu’aux années 80, on avait une vague de chaleur une fois tous les quatre ans en moyenne. Depuis 30 ans, elles ont lieu deux années sur trois. Et ces cinq dernières années on en a eu tous les ans. On en a eu trois l’année dernière, deux en 2018."

Sur 10 maxima en 130 ans, 5 ont eu lieu depuis 3 ans

"C’est le pic des valeurs extrêmes qui est impressionnant", constate le météorologue. "À Uccle, depuis 1892, on compte seulement 10 jours pendant lesquels on a dépassé le seuil des 35°. Sur ces 10 journées, la moitié a eu lieu depuis 2018 : 2 en 2018, 2 en 2019, 1 en 2020. Et en ce début de mois d’août, les températures pourraient encore les dépasser."

3 vagues de froid en 30 ans

En hiver, on calcule une vague de froid quand on a trois jours à -10° sur 5 jours où il gèle. "Jusqu’aux années 80, on avait une vague de froid tous les quatre ans environ. Depuis 30 ans, on n’en a plus eu que 3. C’est devenu extrêmement rare alors que les vagues de chaleurs ont explosé. Il y a concordance entre diminution des vagues de froid et augmentation de vagues de chaleur. On n’a plus vraiment eu d’hiver digne de ce nom depuis 2013. Ça ne veut pas dire qu’on n’aura plus d’hiver froid mais ce n’est pas ce qui se dessine aujourd’hui."

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