Les vaccins contre le coronavirus ne rendent pas magnétiques les bras des vaccinés

Des vidéos et des photos de personnes parvenant à se coller des objets métalliques sur la peau après avoir été vaccinées contre le Covid-19 circulent abondamment sur les réseaux sociaux. Ce phénomène fait dire à certains militants "antivax" que cela prouverait que les vaccins contiennent des puces ou rendent magnétiques le bras. Il n’y a pourtant pas de puce dans les vaccins et ils ne peuvent pas non plus rendre les bras magnétiques. Les explications de ce phénomène sont à chercher ailleurs, notamment dans un état de la peau qui permet de rendre le bras "collant". Ce changement de l’état de la peau pourrait, par ailleurs, être induit pas la réaction inflammatoire créée par l’injection du vaccin mais cette théorie n’est pas démontrée et demande des analyses scientifiques plus poussées.


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Des clés, des aimants, des pièces de monnaie, des couverts et même des GSM resteraient fixés au bras au niveau du point d’injection du vaccin. C’est en tout cas ce qu’on peut voir sur les nombreuses vidéos et photos partagées à travers le monde et sur tous les réseaux comme Instagram, Facebook ou Twitter mais aussi sur les messageries privées comme Whatsapp ou Telegram. Le phénomène est même devenu viral sur Tik Tok avec un "magnet challenge" qui recueille déjà plus de 6,6 millions de vues sur le réseau social.

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Des internautes se filment avec différents objets collés aux bras. © Captures d’écrans

Une Namuroise vaccinée fait constater que son GSM peut rester collé à l’endroit du point d’injection du vaccin

Et le phénomène touche aussi notre pays puisque plusieurs internautes belges ont également essayé de se coller des objets sur le bras, après avoir été vaccinés. C’est notamment le cas d’une Namuroise qui s’est fait filmer alors qu’elle se rendait au centre de vaccination de Namur Expo après avoir reçu une dose d’un des vaccins contre le Covid-19.

Dans la vidéo, on la voit arriver au centre afin de faire constater que son smartphone pouvait rester coller au niveau du point d’injection de la dose suite à une dose du vaccin, reçue quelques jours auparavant. Elle fait ensuite la démonstration devant plusieurs membres du centre de vaccination et diffuse la vidéo sur Tik Tok.

Elle indique par ailleurs que "tous les numéros enregistrés dans le téléphone ont été effacés" puis qu’ils sont "revenus tout seuls". La vidéo comptabilise à ce jour près de 25.000 vues sur le réseau social. Elle circule également sur Youtube et Facebook.

@mimi.zylom

Attestation par 1 médecin et 2 infirmières, bras aimanté apres vaccin ##covid19 ##vaccine ##coronavirus???? ##nanoparticule

♬ son original - Mimi Zylom
@mimi.zylom

Attestation par 1 médecin et 2 infirmières, bras aimanté apres vaccin ##covid19 ##vaccine ##coronavirus???? ##nanoparticule

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Des théories "antivax" pour expliquer le phénomène

Alors, comment expliquer que des objets métalliques puissent coller à la peau après une injection du vaccin ? Pour des partisans anti-vaccins, l’explication résiderait dans le fait que les vaccins contre le Covid-19 contiendraient une micropuce.

La théorie n’est pas neuve mais n’a aucun fondement scientifique. Isabelle Leroux-Roels, vaccinologue à l’UZ Gent confirme "Certaines personnes parlent de puces électroniques qui se trouveraient dans les vaccins, mais ce n’est évidemment pas le cas. Les micropuces sont d’ailleurs beaucoup trop grosses pour se trouver dans un vaccin".

Autre théorie avancée : les nanoparticules présentes dans la composition du vaccin pourraient rendre magnétiques les bras des personnes vaccinées. "Recevoir un vaccin Covid-19 ne peut pas rendre votre bras magnétique" estime cependant le Dr Stephen Schrantz, spécialiste des maladies infectieuses à l’Université de Chicago interrogé par l’AFP.

Corinne Vandermeulen, vaccinologue à la KU Leuven explique : "Les vaccins contre le Covid-19 ne peuvent pas rendre les bras magnétiques, car ils ne contiennent pas de métaux". Certains vaccins contiennent de l’aluminium, qui sert alors d’adjuvant mais ce n’est pas le cas pour les vaccins contre le coronavirus. De plus, l’aluminium n’est de toute façon pas magnétique.

Par ailleurs, "si les vaccins contenaient des métaux, leur quantité devrait être supérieure à celle qui peut être administrée par une aiguille". Enfin, elle juge le processus tout simplement impossible médicalement en posant cette question à nos confrères de la VRT : "Comment allez-vous injecter quelque chose de magnétique avec une aiguille en fer ?".

Divers trucages possibles

Si les vaccins ne contiennent pas de puces électroniques et ne contiennent aucun élément permettant de rendre le bras magnétique, des trucages sont bien efficaces pour créer le phénomène.

De l’adhésif transparent, des résidus de colle des pansements, ou même du miel permettent de coller des objets à la peau sans que cela se voie, comme l’a démontré l’équipe du site de fact checking "Fact and Furious". Une autre hypothèse est celle d’une éventuelle prothèse d’épaule. Cette dernière peut contenir du cobalt et est donc susceptible d’attirer des aimants.


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L’une de ceux qui ont démarré le "magnet challenge" sur Tik Tok s’appelle Emily. Elle a été l’une des premières à se filmer avec un aimant collé à son bras après avoir été vaccinée. Sa vidéo est devenue virale, puis a été retirée de son compte.

Interrogée par la BBC, elle a présenté ses excuses et avoué qu’elle avait humidifié l’aimant pour qu’il lui colle à la peau. "Il s’agissait à 100% d’une blague" a-t-elle déclaré. Emily ajoute qu’elle ne souhaitait pas que des personnes refusent aujourd’hui de se faire vacciner à cause de sa blague. Elle a également invité les internautes à la méfiance sur les infos qui circulent sur les réseaux sociaux : "Arrêtez de croire ce que vous voyez sur Tik Tok, sur Facebook ou Youtube".

L’état de la peau peut permettre de rendre le bras collant

Et puis, il y a plus simple encore. Dans certaines conditions, la peau de l’homme peut devenir collante et permettre à certains objets d’y adhérer. Certaines personnes s’amusent d’ailleurs à se coller des pièces de monnaie sur le front, avec succès. Cela s’explique par la couche de graisse ou la couche liquide qui se trouve à la surface de la peau.

Par exemple, après avoir transpiré à cause d’une activité physique ou d’une éventuelle fièvre (qui est l’un des effets secondaires possibles des vaccins contre le Covid-19), la peau produit une fine couche liquide et collante, ce qui permet d’y faire adhérer différents objets.

D’ailleurs, le virologue Marc van Ranst a publié un message sur son compte Facebook indiquant qu’après avoir mis un petit peu de talc (utilisé par exemple par les gymnastes pour éviter d’avoir les mains glissantes sur les agrès) sur la surface en question, le phénomène de la peau collante disparaît.

Nos confrères de la VRT ont été filmer des jeunes qui n’avaient pas encore reçu le vaccin contre le coronavirus et ont pu constater qu’une clé pouvait facilement rester coller à leurs bras.

Une théorie scientifique impliquant une modification de l’état de la peau suite à la vaccination

Mais ce n’est pas tout. Si la peau peut naturellement être en condition de coller, il n’est pas impossible que la vaccination puisse induire un changement d’état de la peau permettant ce phénomène.

Revenons à l’histoire de la Namuroise. Cette dame qui, après avoir constaté que son GSM collait à son bras à l’endroit où avait eu lieu l’injection d’une dose du vaccin quelques jours plus tôt, s’est rendue dans le centre de Namur Expo où elle s’est fait vacciner.

Dans un premier temps le Dr Henrion, qui est le directeur médical du centre de vaccination de Namur Expo, a estimé que le comportement de ces deux personnes (la dame vaccinée et le monsieur qui l’accompagnait en filmant) venues faire constater les faits était suspect : "Les gens qui viennent en caméra cachée, je trouve ça louche. Ils sont venus avec un esprit revendicateur, j’ai trouvé qu’il y avait une manière revancharde dans la démarche. Et puis il y a évidemment cette histoire avec le 'magnet challenge' sur Tik Tok".

Cependant, il a repris contact avec la dame qui a bien été vaccinée dans le centre dont il a la responsabilité afin d’éclaircir les faits. La RTBF a également tenté de la joindre pour tenter d’en savoir plus sur les circonstances et la durée des éventuels effets.

Si le médecin généraliste confirme, lui aussi, qu’il n’y a pas d’électromagnétisme possible ni de puces dans le vaccin et que les "trucs" sont nombreux pour reproduire le phénomène afin de faire coller des objets à la peau, il indique avoir tenté de comprendre ce qui était arrivé, alors que la dame ne semblait pas utiliser la moindre astuce lors de son passage au centre de vaccination.

De façon surprenante on a des gens qui ont des GSM qui collent plus facilement à la peau

Après avoir remonté les faits au commissariat corona du gouvernement wallon, celui-ci a étudié la question avec des membres du personnel soignant et un professeur d’université par "esprit scientifique et curiosité" Des informations ont été échangées avec le docteur Lambert Stamakis, le délégué Covid wallon, et des tests ont été effectués.

La docteur Dominique Henrion raconte que : "de façon surprenante on a des gens qui ont des GSM qui collent plus facilement à la peau". Pour lui, il n’est donc pas impossible que ce soit le vaccin qui entraîne un changement d’état de la peau, ce qui la rendrait plus collante à l’endroit de l’injection.


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Le Dr Henrion détaille la théorie explorée par le commissariat corona wallon : "L’idée c’est que la réaction inflammatoire immunitaire locale dans le bras induit une modification de la peau qui fait qu’elle colle plus. C’est une hypothèse scientifique encore non vérifiée mais qui demande des analyses poussées. Au niveau wallon, nous faisons remonter l’information à l’AFMPS (ndlr : Agence fédérale des médicaments et des produits de santé) qui est chargée d’assurer le suivi des effets secondaires consécutifs à la vaccination". Il précise, également, qu’il s’agirait de cas "rares et isolés". Par ailleurs ces effets seraient également temporaires.

L’AFMPS confirme que des cas ont été notifiés et feront l’objet d’un suivi

Contactée par la RTBF, l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé confirme avoir reçu des notifications de quelques cas de ce type, faisant mention d’objets collants sur la peau au niveau du site d’injection.

La porte-parole de l’AFMPS, Ann Eeckhout, explique que "toute notification reçue par l’AFMPS fait l’objet d’une évaluation et est ensuite encodée dans la base de données européenne EudraVigilance". Mais elle ajoute, qu’à l’heure actuelle, "nous ne disposons d’aucun élément scientifique permettant d’établir un lien possible avec la vaccination."

Plusieurs explications possibles et des certitudes

Si le "magnet challenge" permet à certains groupes anti-vaccins d’alimenter la méfiance vis-à-vis de la campagne de vaccination actuelle contre le coronavirus, les experts scientifiques confirment une fois de plus que les vaccins ne contiennent pas de micropuces et qu’ils sont incapables de rendre un bras magnétique.

Différentes astuces permettent de reproduire le phénomène permettant de coller des objets à son bras. L’état de la peau permet aussi, dans certains cas, d’y faire adhérer des accessoires en raison de la couche de gras ou de liquide qui peut s’y former.

Par ailleurs, une théorie impliquant une modification de l’état de la peau sur le lieu d’injection suite à la réaction immunitaire inflammatoire engendrée par la vaccination pourrait expliquer que la peau devienne collante et permette d’y faire adhérer des objets. Cependant cette hypothèse doit encore être étudiée scientifiquement.

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