"Les vaccinés meurent plus que les non-vaccinés du variant indien": pourquoi il s’agit d’un raisonnement tronqué ?

"La vaccination obligatoire risque de causer beaucoup plus de décès" affirment de nombreux comptes et sites qui ont une ligne mettant en doute les chiffres officiels de l’épidémie de Covid-19 et les bienfaits supposés des vaccins développés pour contrer la maladie.

Et pourtant, le document qui circule beaucoup depuis quelques semaines est un document tout ce qu’il y a de plus officiel, puisqu’il émane du Public Health England, le service public de santé anglais. Publié le 9 juillet, il est en fait une actualisation d’un premier rapport publié le 25 juin.

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Une première lecture rapide de ce rapport peut en effet surprendre : on peut en effet y lire que parmi les 257 personnes décédées après avoir été infectées par le variant Delta, 118 personnes étaient complètement vaccinées, alors que 92 seulement sont mortes parmi les personnes qui n’avaient reçu aucune dose.

D’où cette conclusion parmi les adversaires du vaccin : "Les vaccinés meurent plus que les non-vaccinés du variant indien". Ce qui n’est pas en soi une fake news : en nombre absolu, c’est juste. Mais c’est le raisonnement qui est tronqué, car il sous-entend qu’on aurait plus de risques de mourir en étant infectés par le variant Delta si on est vaccinés que si on ne l’est pas. Ce qui est tout à fait faux. Explications.

1. Une majorité de personnes vaccinées à la période d’apparition du variant delta

La première précision à apporter, c’est qu’on parle d’une période bien précise : celle où le variant delta s’est implanté en Angleterre. Raisonnons par l’absurde : si on avait évoqué le variant "alpha" (dit anglais), qui a fait plus de 80.000 morts lors de la troisième vague anglaise entre janvier et mars, on aurait alors eu près de 100% des décès chez des personnes non-vaccinées… car très peu l’étaient déjà ! Au 1er mars, moins de 2% étaient complètement vaccinées.

A l’inverse, 55% de la population totale est désormais vaccinée, alors que le variant delta a commencé à s’implanter à partir d’avril, à une époque où la vaccination avançait bien. Comme le vaccin est efficace, mais pas à 100%, il est logique de retrouver une petite partie de personnes vaccinées parmi les cas graves, voire les décès.

2. Une efficacité manifeste et des risques très différents si on prend l’âge en compte

On pourrait s’étonner malgré tout de retrouver plus de décès parmi les complètement vaccinés que parmi les non-vaccinés. Mais les services publics anglais donnent un détail intéressant : la répartition entre les décès chez les moins de 50 ans, et les plus de 50 ans. Une répartition intéressante, car la proportion de personnes vaccinées dans ces tranches d’âge varie très fort : selon nos confrères du Monde, seuls 780.000 Anglais de plus de 50 ans sont complètement non vaccinés, sur un total de 21 millions, soit 3,7% seulement.

Or, que constate-t-on :

  • Parmi la population de moins de 50 ans, en principe moins à risque, c’est manifeste : sur les 26 décès, 21 n’avaient reçu aucune dose de vaccin, et 2 seulement étaient complètement vaccinés. L’efficacité du vaccin est là indéniable
  • Parmi les plus de 50 ans, il est trompeur de comparer la population des vaccinés et celle des non-vaccinés, puisque la première est en fait 25 fois plus nombreuse que la seconde ! C’est un peu comme si on comparait le nombre de diabétiques décédés par rapport au nombre de non-diabétiques : évidemment qu’il y a plus de non-diabétiques ! Ça ne veut pas dire que le diabète aiderait à rester en vie, au contraire.

Nos confrères des décodeurs du Monde ont modélisé cela en représentant non pas le nombre absolu de décès parmi les catégories, mais le RISQUE, au sein d’une catégorie donnée, de décès. Selon leurs calculs, il y aurait près de 5 décès pour 100.000 personnes chez les non-vaccinés, et seulement 0,26 pour 100.000 personnes chez les vaccinés. Un risque 18 fois plus grand si on n’est pas vaccinés, donc.

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