Coronavirus et confinement : les travailleurs du secteur culturel s'immobilisent face à l'inaction des autorités

A Bruxelles et dans d'autres villes du pays, les artistes se sont immobilisés pour réclamer des mesures d'urgence pour leur secteur, à l'arrêt depuis plus de trois mois.
A Bruxelles et dans d'autres villes du pays, les artistes se sont immobilisés pour réclamer des mesures d'urgence pour leur secteur, à l'arrêt depuis plus de trois mois. - © ebo, RTBF

"Travailleurs du secteur culturel, il est temps d’entrer en action !" C’est le slogan derrière lequel plus de 50 fédérations professionnelles francophones et néerlandophones du secteur culturel se sont associées pour créer une manifestation un peu partout en Belgique, ce jeudi à 14 heures. Sous forme de happening, les artistes et ceux qui travaillent dans les domaines liés à la culture se sont immobilisés pour bien faire comprendre que depuis le début de la crise du coronavirus, la plupart d’entre-eux sont à l’arrêt, souvent sans ressources et surtout, sans que les autorités ne leur soient venues en aide.

Anvers, Bruxelles, Charleroi, Gand, La Louvière, Louvain, Liège, Mons, Namur et Tournai, autant d’endroits où cette manifestation, baptisée "Still Standing " a été organisée sur le coup de 14 heures, au moment où, à la Chambre des Représentants, démarrait la séance plénière. C’est de la Chambre que les artistes et ceux qui travaillent avec eux attendent un signal clair qui leur permettra de maintenir leurs droits au statut d’artiste et de percevoir des indemnités de chômage temporaire pour cause de crise du Covid-19.

Alors que monde recommence à bouger, que des secteurs d’activité ont repris, la culture, elle est toujours pénalisée. Elle reste à l’arrêt. La reprise ne se profile qu’au ralenti. C’est pour cette raison que tout le secteur culturel s’est mobilisé ce jeudi. L’action a pris l’apparence d’une action spontanée. Dans les différents lieux prévus pour ce happening, les acteurs du monde culturel sont arrivés les uns après les autres, séparément. Ils avaient été invités à venir masqués mais en possession de leur outil de travail, instrument de musique, caméra, projecteur, pinceau, micro, texte, chaussures de danse, etc. Dans la rue, ils ont commencé par exercer leur métier. Puis, tous, à 14h15 se sont figés. Immobiles pendant un quart d’heure, au milieu des passants, ils entendaient sensibiliser l’opinion à leur cause et surtout, appeler, une nouvelle fois, le monde politique à l’aide, sous forme d’arrêt sur image.

Plus de 100 jours sans travail et souvent sans soutien financier

Plus de 100 jours après la fermeture de leurs lieux de travail pour cause de covid-19, de nombreux artistes et techniciens n’ont toujours pas reçu de soutien financier suite aux annulations. Cela ne peut pas durer, explique Samuel Tilman, réalisateur et porte-parole de la plateforme du secteur culturel : "Cela fait trois mois et demi que notre secteur est à l’arrêt, trois mois et demi de crise. Il était prévu que des mesures d’urgence soient votées rapidement. On a mis deux mois à se faire auditionner par la Première ministre. Elle s’est engagée à ce que des mesures d’urgence soient prises par le Parlement. Or, ces mesures sont reportées par le Parlement de séances en séances. Nous ne sommes toujours pas certains de recevoir les aides pour tous les travailleurs de la culture, mais aussi de l’événementiel qui attendent ces aides essentielles pour joindre les deux bouts". 


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Les mesures ont bien été discutées et approuvées en commission des affaires sociales mais finalement, le Parlement a demandé des précisions au Conseil d’Etat. Le secteur de la culture se demande, dès lors, s’il n’y a pas une volonté de faire traîner les choses : "On se demande si notre dossier n’est pas victime de tractations politiques qui nous dépassent et qui sont relatives à la constitution du gouvernement. L’ensemble des partis francophones ont approuvé ces mesures, quelques partis flamands les soutiennent aussi. Il y a la majorité. Mais quelques partis flamands de droite ne les soutiennent pas. Donc, on se demande si ce n’est pas une manière pour ces partis de parler à leurs électeurs et de renforcer leur position dans les tractations politiques dans les tractations pour la constitution du futur gouvernement , poursuit Samuel Tilman. Avec pour conséquence que des gens attendent, sans salaire depuis trois mois et demi.

Peut-on encore parler de mesures d’urgence, trois mois et demi après le début de la crise ? C’est la question que les acteurs du secteur culturel et événementiel se posent. "1,3 milliard d’euros ont été débloqués pour le chômage temporaire en mars et avril. Les travailleurs de la culture n’ont pas accès à ces aides. Mais on ne veut pas débloquer quelques millions de plus pour les acteurs de la culture, cela nous dépasse", explique Samuel Tilman.

Maintien du statut d’artiste et accès au chômage temporaire

"Nous sommes pour la plupart des intermittents. On a un statut différent des autres chômeurs. Nous demandons une année blanche, c’est-à-dire qu’on acte le fait que pendant une année, il n’y aura pas d’activité, que la reprise sera très lente. Et que donc, pendant une année, on garde les avantages de ce statut".

Il s’agirait donc de prolonger le statut d’artiste pour une année, puisque ce secteur est à l’arrêt. Les artistes n’auraient pas à apporter de preuve d’une quelconque activité professionnelle pour conserver le droit aux allocations de chômage. Il s’agirait aussi d’obtenir le droit au chômage temporaire pour les artistes tel qu’il a été accordé aux travailleurs d’autres secteurs qui ont vu leur activité cesser en mars et avril. Les artistes, enchaînant souvent les contrats temporaires, n’ont pour le moment pas droit à ce chômage temporaire bien qu’ils cotisent à la sécurité sociale à chaque fois qu’ils décrochent un contrat court.

Les acteurs du secteur culturel et de l’événementiel attendent donc des mesures "qui auraient dû être des mesures d’urgence en mars dernier et qui, aujourd’hui, sont des mesures de survie", comme le conclut Samuel Tilman. Still Standing, les travailleurs de la culture restent debout mais sont clairement en attente.

Archives : Journal télévisé du 29/05/2020