"Les trams de l'époque ? Ça ne freinait pas bien ! Ça glissait", Marcel De Volder revient sur ses 41 ans de carrière à la STIB

Marcel De Volder prend sa pension ce 23 décembre, après 41 ans de carrière dans les transports en commun bruxellois. Ses souvenirs nous permettent de plonger dans l’histoire de la STIB. Nous l’avons rencontré au dépôt de bus de Delta, à l’entrée Sud de Bruxelles.

Que vous soyez en voiture ou en train, vous longez le dépôt Delta en entrant à Bruxelles par le Sud. Marcel De Volder y a passé 25 ans de sa carrière. "Le dépôt en tant que tel n’a pas changé depuis les années 80", décrit-il.

6 images
Marcel De Volder, Senior Dictrict Manager du Dépôt Delta. © RTBF

"Par contre, les véhicules sont tout à fait différents, nous explique-t-il, assis dans un de ces bus high-tech. Aujourd’hui, tout est électronique, les bus sont géolocalisables. Ça n’a plus rien à voir avec les bus de l’époque. Le siège du conducteur s’abaisse tout à coup, déclenchant un fou rire de notre (presque) retraité. "C’est prévu pour les tournants. C’est très confortable. A l’époque, le seul confort que présentait le bus, se souvient-il, c’étaient quelques ressorts sous le siège du conducteur".

Il se souvient aussi de l’arrivée des premiers bus accordéon. "Les premiers bus articulés ont fait leur apparition en 85. C’était sur la ligne 71 (ndlr : celle qui existe toujours aujourd’hui, et reste la plus fréquentée du réseau)". Et à la question "était-ce aussi compliqué de faire marche arrière avec ces bus-là qu’avec ceux d’aujourd’hui ?", il nous répond qu’a priori, il faut éviter de faire marche arrière avec un bus articulé. Mais paradoxalement, c’était peut-être plus simple de reculer avec un bus articulé des années 80 qu’avec la technologie actuelle".

Le trafic et la fréquentation ont aussi changé

Si les véhicules étaient bien moins confortables à l’époque, le trafic était par contre beaucoup moins dense. "Il y a évidemment beaucoup plus de circulation aujourd’hui. Et davantage de vélos. Il y a aussi les trottinettes, dont se plaignent souvent les chauffeurs de bus", rapporte celui qui est devenu District manager, responsable du dépôt de bus Delta et plus spécifiquement des chauffeurs. "Et la fréquentation des transports en commun n’a plus rien à voir non plus avec celle de 79. Il y a beaucoup plus de gens dans les transports en commun aujourd’hui".

Si les bus ont fort évolué en 41 ans… que dire des trams ? Marcel De Volder a démarré sa carrière comme chauffeur de tram, dans des machines qui avaient à l’époque déjà 40 ans de service.

6 images
Marcel De Volder, lors de ses débuts au dépôt de Schaerbeek © STIB

"C’était archaïque. Il n’y avait presque rien d’électronique". Son souvenir le plus marquant ? Ces machines freinaient très mal. "On s’en rendait vite compte. On nous emmenait pendant la formation faire un freinage d’urgence dans les bois de Tervuren et on avait vite compris que ça ne s’arrêtait pas tout de suite quand on actionnait le frein. Ça glissait très fort et ça freinait très mal".

6 images
Une des lignes desservies au départ du dépôt de Schaerbeek © A. Vandecasteele

Le tram, amour et désamour des pouvoirs publics

Il était encore conducteur de tram quand il a été question de supprimer carrément les trams. La Stib devait faire des économies. Finalement, seul le nombre de lignes de tram sera réduit. "Et puis, on a réinvesti dans le tram, il est revenu au goût du jour. Aujourd’hui on investit dans toutes les formes de transports en commun. C’est très différent de la situation de mes débuts dans la société".

6 images
Dépôt d'Ixelles, en novembre 2020, pendant l'heure de pointe de l'après-midi. © RTBF

Il se souvient d’une STIB "sur la pente descendante. On ne croyait plus à l’époque dans les transports en commun". C’était le ‘tout à la voiture’. Mais les enjeux environnementaux se sont faits plus pressants au fil des années. "A l’époque, les gens prenaient les transports en commun parce qu’ils étaient contraints de le faire, parce qu’ils n’avaient pas de voiture. Aujourd’hui, beaucoup prennent les transports en commun par choix. En 79, je n’aurais jamais cru qu’en 2020, l’avenir serait à la STIB".

Des innovations technologiques qui influencent le comportement des usagers

Quand on lui demande si les voyageurs sont plus énervés, agressifs qu’auparavant, Marcel De Volder élude plus ou moins la question. "Agressifs ? Pas plus que dans le reste de la société. C’est une évolution sociétale, estime-t-il. Par contre, quand on a installé les panneaux qui indiquent le temps d’attente, on a vu un impact direct sur l’énervement ou l’impatience des gens".

Apparus dès 94 dans le métro, les panneaux qui annoncent le temps d’attente ont aussi été installés ces dernières années le long des lignes de bus et de tram. "Ça change tout évidemment. Quand vous attendez un bus, mais que vous n’avez aucune idée d’où il est, de quand il arrive, vous n’êtes pas aussi bien disposé que quand vous voyez qu’il arrive dans 5 ou 10 minutes et que vous en profitez pour aller rapidement faire une course ".

Un métier qui a évolué, à l’image de la société

Les femmes se sont aussi fait une place dans un métier où elles étaient quasi inexistantes il y a 41 ans. "Il y avait quelques femmes mais c’était anecdotique. Aujourd’hui, il y a des femmes conductrices de tram, et même de bus. C’est un métier qui peut être fait par des femmes, autant que par des hommes".

En marge de notre rencontre du jour, nous avons d’ailleurs rencontré une dame de 48 ans, qui a débuté comme conductrice de bus il y a moins d’un an. "On a de plus en plus de gens qui postulent en ayant déjà une carrière ailleurs, derrière eux. Quand je suis entré à la STIB, on savait qu’on allait y rester toute sa carrière. Aujourd’hui, c’est moins le cas. C’est aussi une évolution de la société à laquelle on n’échappe pas".

En fin de rencontre, on a fini par mettre le doigt sur ce qui n’avait pas changé au fil des ans : "quand on travaille pour le transport public, on a le sentiment de jouer un rôle indispensable en permettant aux gens de se déplacer pour aller travailler ou faire autre chose. On fait un métier utile. Et ça, tout le monde à la STIB vous le dira".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK