Les t-shirts sexistes pour nos enfants : "Ce n'est pas anodin !"

Les t-shirts sexistes pour nos enfants : "Ce n'est pas anodin !"
Les t-shirts sexistes pour nos enfants : "Ce n'est pas anodin !" - © Tous droits réservés

Les t-shirts à messages sont à la mode. Mais est-ce que les marques de prêt-à-porter pour enfants sont conscientes de la portée de ces messages ?

Aujourd’hui, ces vêtements participent-ils à véhiculer des stéréotypes ?

C’est le sujet d’une enquête de l’équipe d’ "On n' est pas des pigeons" diffusée ce mardi 24 septembre. Dans celle-ci, des caméras cachées révèlent que des collections entières de nouveautés proposent aux petits garçons d’être géniaux, de faire de magnifiques métiers ou d’être des super-héros et aux petites filles d’être gentilles, râleuses, impatientes ou encore débordées.

Sous couvert de l’humour, peut-on tout écrire sur le t-shirt de nos enfants ? Et surtout, pourquoi les marques ne proposent pas le même "humour" aux deux sexes ?

Nous avons rencontré Joëlle Liberman, elle est sociologue et directrice d’Egerie Research à Bruxelles.

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Interview.

Grenades : Est-ce que ca vous choque ce genre de t-shirt en 2019 ?

J.L. : " Ca ne m’étonne pas du tout. Je pense qu’on est vraiment dans une période floue, il y a des choses qui ont évolué, on est dans un modèle culturel en évolution, il y a des avancées mais il faut admettre qu’il y a aussi pas mal de recul. Et cette période de flou génère de vraies questions sur "de quoi peut-on rire ?" et "avec qui rit-on de quoi ?". Je pense qu’avec ces t-shirts il y a une véritable volonté d’être humoristique, de faire sourire, de générer de la sympathie….Mais la question c’est de la sympathie de qui, et à quel titre ?"

Grenades : Les marques seraient-elles mal conseillées ?

J.L. : "Sincèrement je crois que ces marques ne sont pas conseillées ! Je pense que le marketing n’est pas une science exacte. Mais on peut faire du marketing avec bon sens. Je ne pense pas qu’une marque de t-shirts qui va prendre une série d’affirmations qu’on va mettre sur le t-shirt de petites filles où de petits garçons a pris le conseil ni d’un conseiller marketing, ni d’un psychologue où d’un sociologue, ils le font à l’instinct. A l’instinct, ils expriment des choses qui sont inconscientes. J’ai donc plutôt l’impression qu’ils ont réfléchi en se disant : qu’est ce qui pourrait marcher financièrement ? Il n’y a même pas derrière une mauvaise intention, l’idée derrière c’est de vendre et de générer la sympathie."

Grenades : Quel est le danger de ce genre de messages ?

J.L. : " On est face à un individu, l’enfant, qui est en train de se former, qui est en train d’intégrer des règles, de regarder qui il est par rapport au genre, qui il est par rapport à l’autre et quelle image il donne de lui-même. Le choix de mettre des petites phrases du style "Râleuse du lundi ou vendredi", moi ca me va, pour autant qu’il y ait l’équivalent en garçon ! Il n’y a pas de monopole de la râlerie chez les filles. Par contre, l’absence de t-shirt râleur induit que ca serait peut-être bien un adage plus féminin. Et donc la petite fille intègre ca. Et au final, c’est une charge mentale en plus, on va devoir s’occuper des t-shirts que les petites filles portent. Il faudrait proposer un point en classe avec les élèves et qu’on discute des t-shirts de ce qu’ils représentent, de ce qu’ils connotent. On risque, à l’école, de se retrouver avec des petites princesses qui toute la journée, toute la semaine vont porter ces t-shirts "Princesse", peut-être que ça fait sourire les parents mais ce que cela raconte d’elle, socialement elle doit le porter. Même si elle n’en est pas consciente, ça la connote. "

Grenades : le souci viendrait du fait que ces t-shirts n’existent pas dans les deux sexes ?

J.L. : " Oui on est dans un processus inconscient, très très fort et par rapport auquel, aujourd’hui, on se doit d’être vigilant. On doit clarifier, être explicite par rapport à des modèles implicites. "Monsieur génial", c’est génial… Mais alors "Mademoiselle Géniale !", c’est incroyable, insupportable qu’il n’y ait pas le pendant féminin de "Monsieur génial". Il y a des études qui ont été faites qui montrent qu’un professeur de mathématiques va mieux expliquer et mieux répéter les règles à un garçon qu’à une fille, parce qu’ils pensent qu’une petite fille va moins bien comprendre les maths que les garçons. Donc c’est partout, partout que cette règle se trouve. Et quand les marques disent : c’est justement pour se moquer de ces stéréotypes que l’ont fait ces t-shirts, c’est faux. Ces t-shirts ne sont pas porteurs d’avenir, c’est pas le fait de ramener ces stéréotypes qui va faire qu’on va leur permettre d’avancer de manière ouverte. Il y a une banalisation, on croit aujourd’hui que c’est drôle parce que ce stéréotype n’existe plus, mais alors pourquoi ne pas faire le même t-shirt en "râleur" alors ? "

Grenades : Ces marques ne s’adressent pas à des adultes mais à des enfants, ont-ils le recul nécessaire pour comprendre la portée de ce message ?

J.L. : " Non. La petite fille de 6 ans qui porte ce t-shirt va peut-être le trouver rigolo, elle ne voit pas ce qui est drôle mais elle va trouver ca amusant. C’est tout. Mais la jeune fille de 20 qui va porter ce même t-shirt, c’est elle qui l’aura choisi, parce qu’elle assume son caractère râleur. Elle peut en rire AVEC les autres. La petite fille, elle, intègre et véhicule une norme, un stéréotype, la jeune fille joue avec la règle."

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par Alter-Egales (Fédération Wallonie Bruxelles) qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias. ​​​​​​​

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