Les stéroïdes anabolisants ont-ils envahi nos salles de sport?

Parabolan, Primobolan, Dianabol, Anvarol... Ces noms ressemblent à ceux que l'on pourrait trouver sur une boîte de médicaments. Ils en ont la forme : des cachets ou des liquides contenus dans de petites fioles, mais ils n'en n'ont pas l'usage. Ceux qui les utilisent ne cherchent pas à se soigner, mais bien souvent à se muscler au-delà des limites naturelles du corps. Ces produits sont des stéroïdes anabolisants. Ils se vendent de manière décomplexée sur internet et sont bien connus dans certaines salles de sports. Ils sont pourtant illégaux et dangereux.

Plus de dopés dans les salles de fitness que dans tous les autres sports

"Ça motive. Ça met tout le temps en forme et le moral est bon !" L'homme que nous rencontrons à l'abri des regards n'hésite pas à vanter les mérites des anabolisants. Il est grand, musclé et prend toutes sortes de stéroïdes depuis 10 ans. Pour lui, en prendre semblait inévitable : "Au début on se pose beaucoup de questions mais on va entendre 'si tu veux être comme lui, il faudrait prendre ça'. Le problème c'est qu'on voit de beaux corps dans les magazines, dans les publicités et on sait que naturellement c'est impossible".

Ce sportif amateur passe beaucoup de temps dans les salles de sport. C'est là-bas qu'il a "appris" à prendre ces produits illicites. Selon lui, la pratique s'y est banalisée : "On est de moins en moins gênés. Tout le monde en parle. Il y a facilement 70% des gens qui en prennent dans les salles de sports. Et pas nécessairement des costauds".

Les stéroïdes anabolisants ont-ils vraiment envahi nos clubs de fitness ? A Seraing, nous poussons la porte d'une salle de gym à l'ancienne. Ici, on vient se muscler. Lucien Delchambre est le chef, il tient à la réputation de sa salle. "Si quelqu'un prend, on l'exclut", affirme-t-il. Lucien est dans le métier depuis longtemps et sait que cela existe : "On a beaucoup d'échos de salles où les produits défendus circulent. Il y en a qui sont plus dévoués à ce genre de choses. Si vous fréquentez une de ces salles, vous verrez des gens extrêmement volumineux, trop galbés, et ne donnant pas l'idée de naturel. Vous pourrez vous dire que des produits y circulent. Ce qui ne veut pas dire que c'est le club qui organise le trafic évidemment, mais c'est au chef du salle à dire : 'Nous, on ne veut pas de cela'".

En Wallonie et à Bruxelles, les salles de fitness ne sont contrôlées que lorsqu'il y a des éléments permettant de croire que des produits dopants y circulent. Les descentes faites au hasard n'existent pas, mais la loi a récemment changé et les premiers contrôles devraient avoir lieu cette année avec des sanctions sportives et judiciaires à la clef. En Flandre, c'est déjà le cas. En 2017, 76 contrôles d'urine ont eu lieu dans des salles de fitness. Plus de 20% se sont avérés positifs. C'est plus que dans tous les autres sports.

Cancer, accidents cardiaques ou impuissance

Ceux qui prennent ces produits ont-ils bien conscience des risques ? Ceux-ci peuvent être d'ordre psychologique avec des troubles du comportement ou physique. Ils provoquent parfois des cancers, des accidents cardiaques ou de l'impuissance. Jean-Christophe Van Ghyseghem, connaît bien les effets secondaires. Durant de nombreuses années, alors qu'il était athlète, il a pris des anabolisants. C'était il y a près de 20 ans. Il affirme qu'à l'époque, c'est son coach, un médecin en qui il a toute confiance, qui lui en administre en lui faisant croire qu'il s'agit de fer. Un jour, il est contrôlé positif et sa vie s'écroule. Plus tard, il développe de graves problèmes santé. "J'ai eu un cancer des testicules qui a été identifié par le staff médical comme étant une conséquence réelle d'un dopage sauvage", nous explique-t-il. Suite à ce cancer, Jean-Christophe a subi une ablation d'un testicule. Les produits dopants lui ont également causé d'autres ennuis de santé comme la perte de ses dents, du diabète et des difficultés à procréer. Aujourd'hui, cet ancien dopé tient un magasin de compléments alimentaires tout à fait légaux et plutôt que de cacher son passé, il en parle pour sensibiliser les jeunes. "Ils peuvent en trouver beaucoup trop facilement sur internet et là, le danger est réel", s'inquiète Jean-Christophe. 

Trouver des anabolisants? Sur le net, rien de plus simple

Sur internet, il est aussi simple d'acheter des stéroïdes anabolisants qu'une paire des chaussures. Des dizaines de sites en proposent. Ils n'indiquent jamais que les produits qu'ils vendent sont interdits mais promettent des résultats rapides. Ils mettent en avant toutes sortes d'arguments totalement farfelus aux yeux du Dr. Jean-Pierre Castiaux, médecin du sport et membre de la commission antidopage de la fédération Wallonie-Bruxelles. "Je tombe ici sur un site où l'on vend de la testostérone librement" nous montre-t-il. "On voit des choses qui sont étonnantes parce qu'on dit d'abord que c'est conçu 'pour un niveau de testostérone sain'. Alors on peut se demander ce qu'est 'un niveau de testostérone sain'. C'est tout à fait aberrant comme adjectif. Ça m'inquiète parce que quelqu'un qui tombe sur un site qui vend de tels produits peut se laisser berner et influencer par des arguments qui n'en sont pas et le dosage étant inconnu, cela peut être très dangereux!" 

"C'est une guerre qui est quasiment perdue"

Chaque année à la douane, plus de 350 colis sont interceptés, mais dans son dernier rapport, la cellule multidisciplinaire hormones de la police fédérale affirme que "le nombre de saisies dans notre pays constitue très certainement une forte sous-estimation du problème si l'on tient compte des informations obtenues par des enquêtes à l'étranger. (...) La première enquête a révélé plus de 2000 commandes et la deuxième, plus de 600."

Les inspecteurs de cette cellule récupèrent les colis saisis. Ceux-ci proviennent généralement de Lituanie, de Hongrie, de Chine ou encore des Etats-Unis. Certains ont d'ailleurs de quoi surprendre car les produits ne sont ni étiquetés, ni accompagnés d'une notice d'utilisation. "Il faut bien comprendre que ce sont vraiment des organisations criminelles qui élaborent tout un système de vente de produits anabolisants parce que c'est un marché très lucratif. Ils confectionnent ça dans une cuisine tout simplement en achetant une machine à capsuler ou en mettant ça dans des flacons" affirme Philippe Robaer, inspecteur principal à la cellule hormones et dopage de la police fédérale. Pour chaque colis saisi, la police rédige un document qui est envoyé à Interpol ou Europol en vue de répercuter l'information dans les pays originaires. L'année passée, cela a permis aux autorités polonaises de démanteler un réseau international de trafic d'anabolisants. Malgré cette victoire, Philippe Robaer est plutôt pessimiste: "Internet est un réel problème! On a déjà fait bloquer différents sites et le lendemain d'autres presque identiques resurgissent avec les mêmes produits proposés. C'est une guerre qui est quasiment perdue."

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