Les soldes menacés par le renforcement des mesures Covid-19 ? " Il faut vraiment craindre une vague de faillites "

Dans quelques jours, samedi, le 1er août, ce sera le début des soldes. Après la période de confinement, il avait été décidé que les soldes, normalement prévus en juillet, seraient décalés d’un mois pour laisser aux commerçants le temps d’écouler de la marchandise sans trop être obligés de casser les prix. A partir du 1er août, les soldes doivent permettre de se défaire d’une partie des stocks. A présent, les nouvelles règles mises en place par le Conseil National de Sécurité plombent l’ambiance. Pour les commerçants, le retour à la règle du shopping à une seule personne pour une durée de 30 minutes maximum est un sérieux frein aux affaires.

Les mesures prises en urgence ce lundi 27 juillet par le CNS ne feront pas les affaires des commerçants. Le SNI, Syndicat neutre pour indépendants, prend acte des décisions mais les regrette. " Nous sommes bien entendu absolument conscients de la nécessité de casser au plus vite ce rebond de l’épidémie mais les entrepreneurs ne peuvent pas en être les victimes indirectes. ", communique le SNI. 

En particulier, deux mesures prises par le CNS ont douché le peu d’optimisme qu’il restait aux commerçants : " Aujourd’hui, le retour à l’imposition du shopping à une seule personne et une limitation à 30 minutes vont être là aussi une catastrophe pour nombre de commerces. Les soldes constituent souvent un moment de shopping de détente à plusieurs. Cela ne sera pas permis ", écrit le SNI.

La seule exception au shopping au solo est le fait d’être accompagné d’un enfant ou d’une personne nécessitant de l’aide. Un climat anxiogène risque de s’installer, qui freinerait les envies de shopping " plaisir ". Selon le Syndicat neutre pour indépendant, cela va encore fragiliser un secteur qui se remet à peine du lockdown et où le chiffre d’affaires est encore loin d’être revenu à la normale. " Il faut vraiment craindre une vague de faillites ", conclut le SNI.

Quant à l’UCM, l’Union des Classes Moyennes, elle craint, elle aussi, une année noire pour les commerçants : " Les commerçants misaient beaucoup sur ces soldes. Beaucoup ont déjà pratiqué des ventes conjointes pendant le mois de juillet. Il faudra évaluer la situation à la fin du mois d’août mais 2020 restera une très mauvaise année, c’est certain ", explique Clarisse Ramakers, Directrice du centre d’études de l’UCM.

Les commerçants résignés

Sur le terrain, les commerçants ont pris acte de la nouvelle donne, résignés, mais ils craignent que les clients achètent moins qu’attendu lors des soldes. " Ce sont toujours des restrictions qui causent préjudice aux magasins, c’est certain, et aux commerçants ", explique Shprisia Kartal, gérante d’un magasin de vêtements à Bruxelles. L’ambiance est morose : " Il n’y a pas de voyages, pas de mariages, pas de communions, pas de fêtes familiales. Alors, les gens ne sont pas motivés pour s’habiller et, effectivement, achètent beaucoup moins ", constate Cecylia Kasprycka, gérante d’un magasin de chaussures dans la capitale.

L’obligation de faire du shopping seul risque d’être un facteur dissuasif pour les clients : " C’est toujours plus chouette de faire son shopping avec ses amies, sa sœur. Donc, le fait de venir seul, c’est plus compliqué ", pense Coralie Van Avermaet, vendeuse dans un magasin de vêtements bruxellois.

Enfin, l’obligation de ne rester que 30 minutes maximum dans un magasin va modifier l’expérience du client en période de soldes. Repérer, choisir, essayer, payer en une demi-heure risque de relever du défi. Alors, certains commerçants tentent de faciliter les choses, en réorganisant, par exemple, les rayons : " On essaye de faire passer ces trente minutes obligatoires par un bon moment. Autant prendre les choses du bon côté et se dire qu’on a trente minutes, que ce sera trente minutes de plaisir et pas trente minutes d’obligation ", explique Raphaël Spilzman, gérant d’un magasin de vêtements à Bruxelles.

Soldes en France sans les mêmes contraintes

Une autre fédération patronale, COMEOS, qui représente le secteur de la distribution a pris acte du durcissement des mesures qui toucheront les commerces pendant quatre semaines, avec regret : " Nous regrettons que de nouvelles restrictions aient été imposées pour les magasins, les désignant fautivement comme source d’infection ", communique Comeos.

La crainte est aussi réelle que les Belges se tournent vers les pays voisins pour profiter des bonnes affaires. Les soldes ont déjà débuté en France depuis le 15 juillet et se poursuivront jusqu’au 15 août. Aux Pays-Bas, il n’y a pas de soldes, mais des réductions régulièrement au cours de l’année.

De plus, les conditions de shopping dans ces pays limitrophes amènent de l’eau au moulin des commerçants qui estiment que le port du masque et le respect des gestes barrières auraient été suffisants en Belgique. En France, l’obligation de port du masque entre en vigueur dans les lieux clos le 1er août. Dans les commerces, ce sera la principale mesure contraignante, à côté de l’usage des solutions hydroalcooliques et de l’invitation au respect des distances. Il reste possible en France de faire son shopping à plusieurs, sans limite de temps. 

De quoi inciter les Belges à se détourner vers la France pour profiter des soldes plus librement ? Une crainte pour Comeos : " On sait que déjà, habituellement, les gens traversent beaucoup la frontière pour aller faire les courses. Maintenant, les mesures en France sont effectivement un peu moins strictes dans les magasins. A part le port du masque, vous pouvez y aller en famille, prendre votre temps pour faire votre shopping. Ce qui n’est pas le cas ici. Donc, c’est un problème. Et du côté des Pays-Bas, les mesures sont encore moins strictes, il n’y a même pas de port du masque dans les magasins. Donc, on a deux pays limitrophes qui sont de réels concurrents pour nous et on le remarque dans les chiffres d’affaires ", explique Lora Nivesse, porte-parole de Comeos.

Il reste donc aux commerçants belges à espérer que, malgré les nouvelles contraintes, les clients viennent malgré tout dans les magasins pour dépenser et contribuer à liquider les stocks et permettre aux commerces de sauver ce qui peut encore l’être.