Patrouilles en rue, missions à l'étranger: les soldats belges fatiguent

Les soldats patrouillent dans les rues belges depuis plusieurs mois. Une situation lassante pour les militaires belges. Des milliers d'heures de travail prestées en 2015 devront être récupérées en 2016.

La pression monte c'est certain, mais il ne faut pas encore parler de "ras-le-bol" total tempère Philippe Sion, porte-parole du syndicat militaire CGPM.

"Ce sont surtout les unités de combat qui sont en train – entre guillemets – de subir cette fatigue et cet emploi un peu excessif. On a fait aussi appel maintenant aux unités d’appui pour essayer de les soulager".

Coupes budgétaires, le péché originel

En cause, les coupes budgétaires: moins de militaires sont disponibles. Ils sont donc plus souvent appelés à remplir une mission qui n'est pas vraiment la leur, estiment-ils.

En 2015 beaucoup de jours de congés ont été perdus, des jours qu'ils pourront peut-être récupérer en 2016. "Si c’est possible évidemment", précise le militaire syndicaliste. "Parce qu'on en a encore pour un certain temps avec l’alerte 3. On ne le sait pas, mais on suppose. Effectivement, la sollicitation des militaires, ça amène des situations, au niveau familial, pas toujours évidentes. Il y en a qui gèrent ça très bien, il y en a qui subissent des problèmes au niveau familial".

Nombreuses missions

Actuellement, environ 700 militaires patrouillent toujours dans les rues de Bruxelles et Anvers, en soutien à la police fédérale. C'est l'aspect le plus visible des mesures de sécurité en vigueur pendant l'alerte de niveau 3, qui a été prolongée jusque début mars. Le nombre de militaires dans les rues de Belgique a atteint 1250 au mois de novembre 2015, pendant l'alerte de niveau 4.

La Belgique est donc actuellement le plus grand théâtre d'opérations de l'armée belge. Ailleurs dans le monde, la plus grande mission en cours est le détachement au Mali. 90 personnes assurent la sécurité des instructeurs européens détachés à Koulikouro dans le cadre de la Mission Européenne d’Entraînement au Mali (EUTM).

En Afghanistan, 70 militaires belges entraînent l'armée afghane. En Irak, 35 militaires participent à la coalition contre le groupe terroriste État Islamique. Ils assurent la protection du détachement de F-16 Néerlandais. Il est prévu à la mi-2016 que nos F-16 remplacent ceux des Néerlandais pour continuer cette mission.

En Estonie depuis janvier, quatre F-16 assurent une mission de police aérienne au-dessus des pays baltes dans le cadre de l'EAPM (Enhanced Air Policing Mission).

Ailleurs dans le monde, une quinzaine de militaires se trouvent en Antarctique pour apporter un appui logistique aux scientifiques se trouvant à la station polaire Reine Elisabeth, et une soixantaine de militaires sont détachés dans différents endroits du monde, comme les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne.

Alerte aux heures supp

Prenons un exemple concret : du 16 au 27 novembre, quand la Belgique était en alerte maximale de niveau 4, 1250 soldats patrouillaient chaque jour dans les rues de Belgique, avec jusqu'à 300 véhicules, presque la totalité des véhicules de l'armée. Or ces blindés servent normalement aux entraînements. Conséquence: des semaines de retard pour préparer les missions futures.

Autre problème: la gestion du personnel. Depuis des mois, l'armée patrouille entre 12 et 24h par jour à Bruxelles. Les heures supplémentaires se comptent en dizaines de milliers. Et il faudra que ces hommes prennent ces repos en 2016. Tout ce personnel sera donc indisponible pour partir en mission.

En d'autres mots, plus l'armée patrouille en Belgique, plus les missions à l'étranger sont compliquées à organiser. C'est donc le cœur de métier de l'armée qui est menacé. Face à cette situation, un petit nombre de militaires ont même quitté l'armée. Les syndicats en appellent donc au gouvernement pour soulager la charge de travail des militaires.

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