Les soins intensifs saturés dès ce week-end ou la semaine prochaine à cause du manque de personnel ?

Les soins intensifs saturés dès ce week-end ou la semaine prochaine à cause du manque de personnel ?
Les soins intensifs saturés dès ce week-end ou la semaine prochaine à cause du manque de personnel ? - © FREDERICK FLORIN - AFP

Les mesures déjà prises par le gouvernement et celles annoncées ce vendredi suffiront-elles à éviter la saturation des hôpitaux ? Selon des calculs réalisés par un doctorant en sciences de la santé publique à l’ULB, la saturation est proche.

Arnaud Bruyneel est infirmier en soins intensifs et en soins d’urgence à La Louvière. Il est doctorant en sciences de la santé publique à l’ULB et vice-président de l’Association francophone des infirmiers de soins intensifs. Il s’est penché sur les chiffres d’occupation des soins intensifs. Selon les derniers chiffres fournis ce matin par Sciensano, 573 lits de soins intensifs sont occupés par des patients Covid. La capacité théorique de la Belgique est de 1993 lits. Ces chiffres, en apparence rassurants ne le seraient pas tant que ça, selon Arnaud Bruyneel.

Le manque de personnel infirmier accentue le risque de saturation des soins intensifs

Pour lui, le manque de personnel infirmier pour s’occuper des patients en soins intensifs est un problème. A cause de cela, la saturation de ces services médicaux se fera ressentir plus rapidement. La saturation pourrait être atteinte dans les prochains jours, a expliqué Arnaut Bruyneel, sur les ondes de la Première ce vendredi : " Ce week-end ou début de la semaine prochaine, parce que cette capacité théorique n’est pas adaptée à un problème qu’on a de manière majeure dans cette deuxième vague, qui est la pénurie d’infirmières actives et compétentes aux soins intensifs. Il faut savoir que contrairement à la première vague, on a 15 à 20% de taux d’absentéisme dans nos hôpitaux. Ce taux d’absentéisme est certes dû à certaines infirmières qui ont le Covid-19, mais on a bien l’impression que c’est surtout un épuisement professionnel qui est dans l’avant-plan. On a réalisé une étude avec Pierre Smith pendant la première vague où sept infirmières sur dix étaient à risque de burn-out, et donc je pense que c’est vraiment ça le gros problème, le taux d’absentéisme ", a-t-il expliqué sur les ondes de la Première ce vendredi matin.

La capacité de 1993 lits de soins intensifs en Belgique serait donc théorique, car elle ne tient pas compte de la pénurie de personnel infirmier et du taux d’absentéisme au sein de ce personnel. " On se rend compte qu’on a un sous-effectif de manière chronique aux soins intensifs et ailleurs et des normes de permanences infirmières qui ne sont pas adaptées depuis 1998 ", explique Arnaud Bruyneel. Il évoque deux études qui se sont penchées sur la situation dans 16 hôpitaux francophones et une autre sur la prise en charge des patients Covid-19. " On s’est rendu compte que le nombre d’infirmières au chevet du patient en soins intensifs devrait être augmenté de 50% ", explique Arnaud Bruyneel. Par ailleurs, " Les patients Covid-19 prennent 25% de temps infirmier en plus aux soins intensifs ". Les patients dans les unités Covid-19 exigeraient, selon la même logique, aussi plus de soins infirmiers et plus de personnel.

Dans ce contexte, selon les calculs d’Arnaud Bruyneel, la capacité réelle des soins intensifs en Belgique serait donc moindre. " On a fait nos calculs et on serait entre 1400 et 1700 lits de soins intensifs en Belgique actuellement ", estime-t-il, en dessous de la capacité théorique annoncée de 1993 lits. Dès lors, la saturation serait atteinte plus rapidement que prévu " Si on suit ces tendances, peut-être milieu de la semaine prochaine ", poursuit Arnaud Bruyneel.

Il faut s’attendre à une gestion compliquée des patients en soins intensifs

Faute de renforts et de mesures rapides, la situation pourrait être compliquée. " On ne va pas trouver des infirmiers du jour au lendemain, on est d’accord, mais on pourrait faire des mesures urgentes pour inciter les infirmières qui ne sont plus au travail à revenir travailler quand même. Je pense que ça va effectivement vraiment être compliqué dans les semaines à venir ", estime Arnaud Bruyneel. Ce dernier épingle le manque d’anticipation, regrettant que des lits de soins intensifs soient fermés par manque d’infirmiers et d’infirmières. " Si on n’a pas d’infirmiers, un service de soins intensifs ne tourne pas, ou bien alors on peut tourner avec un nombre de lits élevé, mais avec une qualité de soins qui est moindre, parce qu’on sait scientifiquement qu’en fonction du nombre d’infirmières au chevet du patient, ça augmente la mortalité si on n’est pas assez. Et enfin, deuxième élément, c’est un cercle vicieux. Si on n’adapte pas le nombre d’infirmières, on va être plus épuisé et ça va augmenter le taux d’absentéisme ", explique Arnaud Bruyneel.

JT du 23/10/2020

À Liège, les étudiants stagiaires sont appelés en renfort

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK