Les seniors de plus en plus accros aux psychotropes

Pierre Lemaire, un gériatre hospitalier se bat depuis plus de 30 ans pour sevrer tous ces seniors de plus en plus accros aux psychotropes (entendez calmants, antidépresseurs, anxiolytiques somnifères...). C'est souvent lors d'une hospitalisation pour chute que ce gériatre fait l'inventaire. Le patient âgé prend chaque jour un cocktail de psychotropes, sans même s'en rendre compte.

Tout arrêter, le sevrage est encadré

Il leur fait alors la proposition de tout arrêter. Un sevrage encadré qui, aujourd'hui, peut se faire en hôpital de jour, à raison de deux à trois fois par semaine. En trois mois déjà, les résultats sont visibles, beaucoup d'entre eux retrouvent des capacités cognitives et une meilleure autonomie. Ce 7 mai, ce nouveau centre gériatrique dont l'objectif est le sevrage, ouvre officiellement ses portes.

Immersion dans un service de gériatrie pas comme les autres

Nous retrouvons cinq de ces patients en pleine séance de psychothérapie. Ils écoutent la chanson "Félicie" de Fernandel pour faire remonter les émotions et donc les souvenirs. Tous ou presque sont hospitalisés pour diverses chutes. Ils ont au moins un point en commun: une très grande consommation de somnifères ou de calmants depuis très longtemps. "J'en prends depuis 50 ans (...) Je retiens la date, c'est celle de la naissance de ma fille", nous confie Marie-Claire Baudelet, 83 ans.

Accoutumance et effets nocifs à long terme

C'est une véritable épidémie. Dans ce service de gériatrie du CHR de Mons, la moitié des patients sont concernés. Blandine Plasman, la psychologue du pôle gériatrique explique: "Non seulement, les personnes âgées ne se considèrent pas comme accros mais elles ne font pas le lien entre le médicament et toutes sortes de difficultés qui surviennent comme les chutes. Il y a beaucoup de chutes chez les personnes âgées à cause des médicaments."

Alors dès qu'il le peut, Le docteur Lemaire propose à ces patients accros de se débarrasser de tous ces psychotropes : "Quand on voit que certains d'entre eux prennent depuis près de 20 ou 30 ans ces médicaments, il y a eu vraiment une accoutumance et des effets nocifs à long terme. On a démontré récemment que ces médicaments intervenaient dans la genèse de la maladie d'Alzheimer."

Désintoxication et récupération de capacités cognitives

Après quelques jours de sevrage à peine, les premiers troubles cognitifs semblent disparaître même si les premiers moments sont compliqués. Marie-Claire Baudelet nous explique que les deux premières nuits, sans ses calmants, ont été très agitées mais que, depuis, tout va bien. Elle s'endort tout de suite. C'est comme un toxicomane qui se libère de sa drogue nous affirme la psychologue.

"C'est un combat contre le patient, contre son entourage, parfois contre son médecin traitant, parce que le patient va aller faire du shopping si on le force à arrêter son traitement, il va aller chez un autre médecin, puis encore un autre. (...) les patients sont parfois dans le déni, la famille, c'est compliqué quand on arrête les médicaments, le patient est un peu confus", poursuit le gériatre.

C'est donc toute une équipe: médecin, logopède, ergothérapeute, diététicienne, psychologue, kiné qui vont accompagner le sevrage en hôpital de jour, 2 à 3 fois par semaine.

Une formule gagnante

Jeanne Merckx a bénéficie de ce sevrage, il y a 9 ans. Nous nous rendons chez elle. Sa fille nous ouvre son armoire à pharmacie. Du cocktail de psychotropes fortement dosés, il ne reste que deux médicaments, un contre l'alzheimer et un peu de mélatonine pour le sommeil. "Si j'avais continué comme ça, je ne serais peut-être plus là", nous dit Jeanne avec un petit sourire.

"Maman était arrivée à un point tel qu'elle avait perdu toute son autonomie, elle ne pouvait plus marcher, elle ne pouvait plus manger toute seule sans aide", détaille Suzane Bearelle, sa fille. "C'est alors qu'elle est hospitalisée dans le service du fameux gériatre. Le gériatre lui propose une désintoxication et fait aussi une promesse à notre famille : 'Je vous garantis que dans 3 mois, elle pourra à nouveau marcher'. Et le miracle a eu lieu."

Aujourd'hui, malgré Alzheimer, elle marche une heure par jour avec son mari... et dort comme un charme.

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