Primark: les secrets des prix cassés du géant irlandais

Primark revendique une offre de vêtements et accessoires "à la mode" et à prix cassés.
Primark revendique une offre de vêtements et accessoires "à la mode" et à prix cassés. - © Tous droits réservés

Trois euros le tee-shirt, neuf euros le pantalon, six euros le pyjama, mais quels sont les secrets de la chaîne irlandaise pour proposer à ses clients des prix aussi bas ? Réponse: absence de publicité, des loyers négociés au rabais, mais surtout des vêtements importés directement d’usines situées au Bangladesh où le salaire des ouvriers ne dépasse pas 80 euros par mois. Un procédé a priori indécent pour une entreprise qui cherche à développer un business responsable. Mais "Primark n’est pas non plus le pire des élèves" révèle Achact, une ONG qui lutte pour améliorer les conditions de travail des travailleurs dans le monde.

L’enseigne aux 278 magasins dans le monde qui génèrent 5,5 milliards par an de chiffre d’affaires ouvrait mercredi 10 décembre un nouveau magasin rue Neuve à Bruxelles. Et des milliers de clients ont répondu présent dès l’ouverture. Un engouement provoqué par une offre de vêtements et accessoires "à la mode" et à prix cassés.

A la question de savoir quels sont les secrets de la marque pour oser proposer ce genre de prix, la réponse de la déléguée de communication de Primark Bruxelles est sans équivoque : "Nous limitons nos frais et ne faisons pratiquement aucune publicité. Nos marges sont moins importantes que celles d’autres marques et nous passons de grandes commandes auprès de nos fournisseurs, afin de bénéficier d'économies d'échelle. Nous commandons très à l’avance nos produits les plus vendus, ce qui permet à nos fournisseurs de nous faire bénéficier des meilleurs prix possible, et nous annulons rarement nos commandes. De plus, nous payons nos fournisseurs dans les meilleurs délais. Par conséquent, ceux-ci veulent travailler pour nous et nous offrent des conditions avantageuses."

Après une enquête réalisée sur le terrain, le reportage de "On n’est pas des pigeons" confirme : le secret des prix cassés Primark réside dans l’absence de publicité et de décoration dans les magasins ainsi qu’une marge bénéficiaire moins importante. De plus, la marque négocie ses loyers au rabais, pour la simple raison qu’ils sont qualifiés dans le milieu commercial de "locomotive". A Liège, par exemple, l’ouverture du Primark a vu le nombre de clients doubler au sein de la Médiacité. Mais ce n’est pas tout, en plus de la matière première de médiocre qualité, la chaîne utiliserait les ateliers de fabrication en période creuse, n’emploierait pas de styliste et se référerait alors uniquement aux catalogues proposés par les usines.

Des vêtements éthiques ?

A propos des usines, la majorité des articles Primark est produite au Bangladesh où les ouvriers travaillent plus de 15 heures par jour pour seulement 80 euros par mois. Primark n'est peut-être pas un exemple à suivre "mais l’entreprise exploite-t-elle moins son personnel que ses voisins de la rue Neuve, les H&M, Zara, C&A et autres champions de la fast fashion?". C’est la question que s’est posée l’ONG Achact dans son article "Primark casse les prix sur le dos de qui ?". A l’heure actuelle, Achact ne dispose pas de réelles informations à ce sujet, mais elle écrit "Le coût de la main-d’œuvre ne représentant qu’une part infime du prix payé par le consommateur, d’autres économies peuvent tout aussi bien entrer en ligne de compte pour proposer des vêtements si bon marché: faible qualité des matières premières, diminution de la marge compensée par la vente de grandes quantités, économies dans la décoration des magasins, conditions de travail dans la distribution…"

Toujours selon l’ONG, Primark témoignerait d’une volonté réelle d'améliorer les salaires des travailleurs.

L'entreprise s'engage aussi à respecter un "haut niveau d’engagement et de pratiques". Elle ajoute également que lors de l’explosion du Rana Plaza au Bangladesh, l’enseigne avait été parmi les premières à s’engager à indemniser les victimes.

Quand bien même Primark tenterait de faire figure de bon élève au regard de ses concurrents, rappelons que la marque met tout en œuvre pour développer l’addiction de ses consommateurs à acheter toujours plus à moindre prix. Et ce modèle de consommation là "n’est pas un modèle durable, ni pour les travailleurs, ni pour l’environnement, ni pour les consommateurs", conclut l’ONG.

A. Glaudot

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