Les scolytes dérèglent le marché du bois

Les scolytes dérèglent le marché du bois
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Les scolytes dérèglent le marché du bois - © N. Mann - RTBF

Sale temps pour les propriétaires forestiers publics et privés. Les ventes automnales de bois se terminent et les résultats ne sont pas bons du tout. Les communes voient rouge. La cause de tout ça, c'est le scolyte, un petit insecte qui ravage les arbres et qui, cette année, a déréglé tout le marché.  

Au beau milieu de l'Ardenne, voici un arbre de moins. David Gérard, un exploitant forestier, est en train de l'abattre.  Cet épicéa est malade, il a été ravagé par le scolyte, un petit insecte. Actuellement, des arbres comme celui-là, cet exploitant forestier en coupe encore et encore, il ne fait d'ailleurs plus que ca. "J'ai exploité déjà à peu près 15.000 mètres cubes de bois scolyté cette année et je pense que j'en ai encore autant à faire pour les mois qui viennent".

Aujourd'hui, le nombre d'épicéas scolytés en Wallonie est estimé à 500.000. Tous sont voués à mourir. Ils doivent être abattus rapidement pour éviter la propagation des insectes. Simon Marenne, technicien forestier à la Cellule d'appui à la petite forêt privée, explique: "Le bois, ici, doit être évacué.  Dans certains cas, il a encore une valeur marchande, donc on arrive encore à trouver des exploitants pour certains types de lots et certaines catégories de bois qui, eux, vont valoriser.  Bien entendu, eux ne le valorisent pas comme un bois sain".

Actuellement, un arbre scolyté se vend en moyenne 10 euros le mètre cube. Le petit insecte a entraîné un effondrement des prix du marché. Les arbres sains sont également touchés. Leur valeur a été divisée par deux par rapport à 2017. C'est un coup dur pour les propriétaires forestiers comme pour les communes. A Malmedy, le bourgmestre Jean-Paul Bastin fait grise mine: "Nous, on se retrouve dans une situation où on vendait pour plus de 800.000 euros il y a deux ans.  Et cette année, nous en sommes péniblement à 109.000 euros sur une seule année.  Donc, c'est un trou particulièrement important à combler".

Avec d'autres communes, Malmedy a écrit au Ministre wallon des Pouvoirs locaux pour demander notamment une indemnisation. Mais il n'y a pas que les propriétaires qui souffrent, aujourd'hui, c'est tout le secteur qui risque un profond dérèglement. "Si on se projette à un horizon de plusieurs années, à ce moment-là, automatiquement, il va y avoir un contre-coup qui sera préjudiciable aux entreprises.  Il reste une alternative qui nous permet un petit peu de sortir notre épingle du jeu, c'est l'exportation vers l'Asie" explique Eugène Bays, analyste à l'Office Economique Wallon du Bois.

Et c'est exactement ce que fait Philippe Cornet. Cet exploitant forestier exporte vers la Chine depuis l'an passé. "On exporte cette année entre 20 et 25.000 mètres cubes.  Le bois étant devenu tellement bon marché sur pied que les Chinois, eux, peuvent se permettre de venir acheter en Europe.  Toutes les régions qui ne sont pas trop loin du port pour le transport de containers, c'est la France, l'Allemagne, la Belgique forcément.  Ça, c'est une aubaine pour nous, sinon, je crois que les scolytés, on aurait dû les enterrer, on n'aurait rien pu faire avec".

Cette année, près de trois millions de mètres cubes de bois devraient transiter par le port d'Anvers direction la Chine. C'est près de 600 fois plus qu'en 2018. 

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