Les Roms en Europe: un "problème" sans solution?

Les Roms en Europe: un "problème" sans solution?
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Les Roms en Europe: un "problème" sans solution? - © Tous droits réservés

Le problème est récurrent. Pas une semaine ne se passe sans que la question de l’intégration des populations Roms ne soit aux devants de l’actualité. Fréquemment assimilées à ces dernières, les communautés de gens du voyage en France en font aussi régulièrement l’expérience, comme le témoigne le scandale causé par le maire de Cholet, estimant que "Hitler n’en a peut-être pas tué assez".

A Bruxelles, ils sont, d’après les chiffres d’Amnesty Belgique, entre 200 et 300 à être "en errance". Au début du mois de juillet, plusieurs familles, installées Porte d’Anderlecht, ont été délogées par les forces de police. 

"Ça faisait plus de deux mois que ces familles étaient là, avec 11 enfants dont des tous petits enfants dans une insécurité incroyable due à la circulation autour de l’endroit où ils avaient retrouvé refuge avec une insalubrité incroyable et des conditions de vie vraiment insupportables", témoignait Bernard Devos, le délégué général aux Droits de l’Enfant. Depuis, ces familles campent au parc Maximilien, près de la gare du Nord. Vivant dans une grande précarité, leurs demandes, relayées par plusieurs associations, se concentraient sur la nécessité de relogement et d’accès à une aide sociale et médicale. Mais pour les autorités, ces personnes sont arrivées légalement, et n'ont pas droit à une aide spécifique.

La Slovaquie, mais pas seulement

Ces familles sont cependant originaires de Slovaquie, et l’attitude des autorités de ce pays envers les Roms est régulièrement montrée du doigt. Dans la grande ville de Kosice, un mur en béton a par exemple été érigé, il y a quelques jours, pour séparer les populations Roms, installées dans un quartier, du reste des habitants de la ville. D’après un site d’information slovaque, il s’agirait du 14ème mur de ce type dans le pays, où vivent quelques 106 000 Roms, d’après les chiffres officiels, 350 000 selon des spécialistes.

Le 19 juin dernier, une opération policière aurait fait 30 blessés dans campement situé à Moldava nad Bodvou. La descente, motivée par une enquête criminelle, ne se serait cependant heurtée  à aucune résistance de la part des habitants, témoignent plusieurs associations.

L’accès à des logements décents, la scolarisation des enfants, l’accès au marché du travail, autant de problèmes parfois insurmontables. Les mesures de discriminations sont appliquées, souvent  dans l’indifférence totale. "Pour le moment Amnesty lance une campagne en faveur des Roms en Roumanie", explique Robert Janssens, coordinateur du dossier Roms chez Amnesty Belgique. " Des quartiers entiers sont vidés de leur population par la police ", ajoute-t-il. "Les familles sont relogées à 9 dans des pièces de 16m², sans courant ni chauffage". Or, la Roumanie possède la plus grande population rom, avec 620 000 personnes recensées officiellement, les associations estimant elles le chiffre à plus de 2 millions.

Discrimination et pauvreté

Déplacements de groupes de familles, expulsions de logements, attaques racistes… La liste est longue. Plusieurs pays d’Europe centrale sont concernés ; les Roms y représentent une des minorités les plus mal loties, tant au niveau social qu’économique.  "C’est un mélange de problème sociaux et de problèmes de discrimination", explique Dezideriu Gergely, du Centre européen de défense des droits des Roms (ERRC). "Au niveau social et économique, les populations Roms se situent souvent en dessous du seuil de pauvreté", précise-t-il.

"En termes de discrimination, il y a par exemple la scolarisation", ajoute Dezideriu Gergely. "Les communautés sont vraiment victimes de ségrégation, et on constate par exemple en Macédoine, que les enfants Roms se retrouvent souvent dans des établissements d’enseignement spécialisé", sans raison.

L'Europe demande, les pays hésitent

Amnesty Belgique dénonce régulièrement ces pratiques. L'organisation vient d’envoyer une lettre ouverte au premier ministre roumain, Victor Ponta, pour demander à ce que les normes européennes soient respectées. Car les instances européennes se sont déjà prononcées sur le sujet. En 2011, la Commission européenne adressait des recommandations aux États membres pour "améliorer la situation des Roms", et "mettre fin au cercle vicieux de la pauvreté qui s'entretient d'une génération à l'autre".

Mais le rapport publié en juin dernier, soit deux ans plus tard, par la Commission est plus que pessimiste. "Des progrès restent à faire en ce qui concerne la participation des organisations de la société civile et l’adoption de méthodes rigoureuses de suivi et d’évaluation pour mesurer les résultats obtenus ", y déclare-t-elle, en ajoutant que "les autorités publiques devraient, en outre, redoubler d’efforts pour combattre les discriminations et expliquer les effets bénéfiques, du point de vue social et économique, de l’intégration des Roms".

Or, précise Dezideriu Gergely, des fonds européens destinés à l’intégration sociale existent. Mais "l’Union européenne a essentiellement financé des campagnes de sensibilisation" alors que les besoins sociaux, ou l’aide juridique souffrent d’un manque d’argent criant.

Il rappelle à ce propos que l’Union européenne avait déjà par le passé suspendu temporairement le transfert de fonds des programmes en faveur des Roms, pour cause d’opacité de gestion des administrations locales.

Les pays d'accueil aussi dans le collimateur

C’est à cause de cette situation difficile que certains Roms viennent alors dans les pays de l’ouest de l’Union européenne. Les organisations ne pointent pas seulement les pays d’origine, mais également les pays d’accueil. "En Italie, ou en France, on prend pas de mesures sociales pour résoudre le problème". Ces deux pays semblent, aux yeux de plusieurs observateurs, les plus réticents en matière d'intégration des Roms.

En 2008, le gouvernement de Silvio Berlusconi décide de ficher les Roms présents sur le territoire, en prenant leurs empreintes digitales. Des délogements massifs sont régulièrement menés ; tout comme en France. Les déclarations de certains hommes politiques français ont d'ailleurs été condamnées à plusieurs reprises. Récemment, le commissaire aux Droits de l'Homme de Conseil de l'Europe tançait Christian Estrosi, maire de Nice, qui avait promis de "mater" ces populations. Ces deux pays procèdent par ailleurs à des expulsions, théoriquement non légales, précise le directeur de l’ERRC.

A Bruxelles, les Roms délogés de la Porte d'Anderlecht viennent, eux, d'apprendre qu'ils seront pris en charge par les Samu social, et que des solutions d'hébergement dans différents logements seront trouvées. Des solutions au coup par coup, mais il faudra plus, dit Dezideriu Gergely. "C'est une question de volonté politique", conclut-il.

W. Fayoumi

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