Les risques de thromboses avérés depuis longtemps… avec la pilule contraceptive

Depuis quelques jours, le vaccin contre le coronavirus d’AstraZeneca est au cœur d’une polémique : des effets secondaires graves – des caillots sanguins (thromboses)- ont été rapportés chez plusieurs personnes vaccinées, sans qu’aucun lien n’ait pu (encore) être démontré entre le vaccin et ceux-ci, ce qui a conduit à la suspension de l’utilisation de ce vaccin dans plusieurs pays. Un autre médicament, très répandu, présente, lui, des risques avérés de thromboses : les pilules contraceptives, largement prescrites aux femmes.

"La pilule favorise la thrombose, affirmait ce mardi Luc Herry, vice-président de l’Absym (Association Belge des Syndicats Médicaux) et responsable d’un centre de vaccination, à la RTBFEt la pilule plus le tabac, on multiplie les facteurs de risques par 10. Si on est une femme et qu’on fume, on a un risque de thrombose qui est bien plus élevé que de se faire vacciner, d’autant qu’il n’y a pas de lien de corrélation entre le vaccin et la thrombose".

La pilule favorise-t-elle les thromboses ?

Oui, selon plusieurs études.

En 2013, l’Agence fédérale des Médicaments notait que :

"En risque absolu, sur une année, une thrombose veineuse est attendue chez

  • 0,5 à 1 femme pour 10.000 femmes non-utilisatrices de COC (contraceptifs oraux combinés, NDLR)
  • 2 femmes pour 10.000 utilisatrices de COC de 2e génération
  • 3 à 4 femmes pour 10.000 utilisatrices de COC de 3e génération ou contenant de la drospirénone.

Par comparaison, le risque de thrombose veineuse est de 6 cas pour 10.000 femmes au cours de la grossesse.

Le risque de thrombose artérielle (accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde) est augmenté chez les femmes sous COC, quelle que soit la génération de la pilule utilisée, en comparaison avec les femmes non-utilisatrices de COC. Mais la thrombose artérielle reste un évènement rare dans la population des femmes en âge de procréer et apparaît nettement moins fréquemment que les thromboses veineuses".

Des risques connus mais invisibilisés

Cet avis faisait suite à une polémique née en France en 2012, sur les pilules de troisième et quatrième générations, très largement prescrites (dans l’Hexagone comme en Belgique d’ailleurs) sans information ni suivi particulier des patientes, alors qu’il y avait bien un risque accru et connu de thrombose veineuse.

En décembre 2012, la jeune Française Marion Larat, victime d’un AVC qui l’avait laissée handicapée à 65%, avait porté plainte contre le laboratoire Bayer, qui commercialise la pilule de 3e génération Meliane. "Ce n’est qu’en 2010 qu’une gynécologue m’a permis de comprendre l’origine de mon accident : ma prétendue 'micro-pilule'. J’ai découvert que ces pilules dites de troisième et quatrième générations accentuaient les risques de thrombose, surtout si, comme moi, on est porteur sans le savoir d’une anomalie de la coagulation. Cela m’a mise en colère ! Pourquoi personne n’en parlait ?", explique-t-elle au Monde en 2014.

De nombreuses autres plaintes avaient suivi.

Interrogée par la France, l’Agence européenne des médicaments avait conclu qu’il n’y avait pas de raison pour les femmes d’arrêter leur contraception et que les bénéfices des pilules de 3e et 4e générations restaient supérieurs aux risques. Elle préconisait cependant de mieux informer les patientes et d’accentuer le suivi.

En Belgique un courrier avait été envoyé aux médecins en 2013, dans ce but.

Les femmes se posent des questions

Suite à cette polémique, et à d’autres effets secondaires des pilules contraceptives, beaucoup de femmes ont commencé à se poser des questions et ont changé de mode de contraception.

Et une autre question, plus sociétale a émergé : pourquoi les femmes sont-elles souvent responsables de la contraception et doivent-elles en assumer les risques et effets secondaires ?

La polémique déclenchée par les risques de thrombose liés au vaccin AstraZeneca – encore non avérés alors que ceux de la pilule le sont bien – a fait resurgir ces questions ces derniers jours, des voix s’élevant sur les réseaux sociaux et demandant : et la pilule alors ?

Est-ce vraiment une bêtise d’affirmer qu'"on s’en fout parce que c’est pour les femmes" ? Y aurait-il un "biais de genre" ?

C’est en tout cas ce qu’affirment les journalistes indépendantes Delphine Bauer et Ariane Puccini dans leur livre "Mauvais traitements. Pourquoi les femmes sont mal soignées ?".

Delphine Bauer l’expliquait sur RFI concernant les effets secondaires de la pilule (moins graves que le risque de thrombose), constatés lors d’étude sur une éventuelle pilule masculine.

"Le niveau d’efficacité du contraceptif masculin était le même que le contraceptif féminin, et les effets secondaires – comme les troubles de l’humeur, que ressentent aussi les femmes- étaient équivalents. Et ces recherches n’ont pas abouti de façon commerciale. Cet exemple révèle une sorte de tolérance que la société peut avoir, comme s’il était tolérable que les femmes aient des désagréments".

Ce constat est aussi fait par la sociologue Alexandra Roux dans Slate : "Dès le départ et encore aujourd’hui, il y a une acceptation de l’impact et des effets secondaires que peuvent avoir ces produits sur le corps des femmes alors qu’il n’y a pas cette même acceptation pour le corps des hommes".

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Journal télévisé  15/03/2021

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