Les populations d'insectes volants ont dangereusement décliné ces trente dernières années

Les populations d'insectes volants ont dangereusement décliné ces trente dernières années
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Les populations d'insectes volants ont dangereusement décliné ces trente dernières années - © Tous droits réservés

Pour la première fois, une étude scientifique a évalué l’évolution de la biomasse des insectes volants sur une longue période de temps. Et le constat est alarmant : les chercheurs ont constaté un déclin de 76% de l’abondance des insectes en 27 ans en Allemagne. Un chiffre inquiétant, aucune étude sur le sujet n'est aussi alarmiste : les chercheurs appellent d'ailleurs à évaluer l'abondance de nos insectes européens, essentiels à la bonne santé de notre biodiversité et nos écosystèmes.

Des mesures étalées sur 27 ans

Cette étude est assez rare en son genre : jusqu’ici, l’évolution des populations d’insecte est un sujet largement étudié par la communauté scientifique, mais les recherches se concentraient principalement sur quelques espèces en particulier. L’on observait généralement un déclin, mais qui ne pouvait être généralisé à l’ensemble des insectes.

Des scientifiques d’universités allemande, néerlandaise et anglaise ont donc décidé de mener une étude à large échelle, de long terme, et qui s’intéresse à un nombre élevé d’espèces d'insectes volants, afin de pouvoir en sortir une tendance globale.

Concrètement, ils ont effectué des observations de terrain de grandes envergures afin d’évaluer avec précision l’évolution de la biomasse des insectes volants dans 67 sites protégés en Allemagne durant 27 ans. Les mesures ont été effectuées sur 96 sites uniques, via une méthodologie simple mais efficace : l’utilisation de trappe malaise, un dispositif permettant de capturer des insectes volants dans une espèce de tente qui piège les insectes.

Un déclin de 82% durant l'été

Première observation : un déclin majeur est observé au milieu de l’été, lorsque l’abondance annuelle est la plus élevée : la biomasse a chuté de près de 82%. Sur base annuelle, ce déclin est estimé à 76%. Selon les auteurs de l’étude, c’est un chiffre bien plus élevé que toutes les autres études à long terme déjà réalisées. Résultat encore plus étonnant, la structure paysagère et le changement climatique, d’abord considérés comme les principaux suspects de cette chute des populations, ne sont probablement pas coupables…

Et les auteurs d’émettre une autre hypothèse, qui n’a pu être testée dans cette étude : l’intensification agricole. "Les réserves naturelles dans lesquelles les pièges étaient placés sont typiques des paysages d’Europe de l’Ouest : petites et fragmentées, entourées par des champs. Une partie de l’explication [de ce déclin] pourrait être que ces zones protégées soient affectées et 'vidées' par les cultures agricoles environnantes."

Les zones agricoles en cause ?

Les zones agricoles sont en fait ici considérées comme des "puits écologique ", c’est-à-dire des zones qui attirent les insectes, mais qui ne peuvent assurer leur survie sur le long terme, car les ressources s’épuisent rapidement. Les auteurs parlent même de "piège écologique" : les cultures présentent alors un certain attrait pour les insectes, mais ils n’offrent pas de ressources suffisantes pour pouvoir y vivre. Les insectes seraient donc préférentiellement attirés par les zones agricoles, les détournant des zones protégées, ce qui engendrerait une chute des populations, les individus ne pouvant survivre longtemps dans ces zones peu diversifiées. Mais cette supposition reste en l’état d’hypothèse, qui devra être testée dans de futures recherches.

Près de 80% des plantes sauvages dépendent des insectes pour leur pollinisation, et 60% des oiseaux se nourrissent principalement des insectes. Ces petits invertébrés sont donc un chaînon indispensable de la chaîne alimentaire, un maillon essentiel dans de nombreux écosystèmes. Si le déclin des abeilles est très médiatisé, de par leur importance économique, cette étude suggère que la majorité des espèces d’insecte se porte mal, et que les causes de la mauvaise santé des populations sont encore mal identifiées… d’autant plus que les chiffres sont issus de zones protégées, donc censées être accueillante pour la biodiversité. La réflexion autour de l'impact environnemental de notre agriculture intensive doit donc être poussée bien plus loin, si l'on veut que nos enfants puissent encore observer une coccinelle ou un bourdon dans son jardin...

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