Les photos oubliées de REX, un retour aux heures noires de la collaboration (vidéo)

Le magazine d’enquête et de récits Médor  a publié ce vendredi une série de clichés exceptionnels. Ils nous replongent dans les heures les plus noires de la collaboration belge. En 15 photos, il démontre l’imprégnation, souvent bien plus profonde qu’on ne le pense, du mouvement REX dans la société belge. Il y a bien d’autres choses que les Waffen SS wallons sur le front russe.

C’est un photographe de la revue qui a fait la découverte en fouillant dans un stock de photos, perdu dans les caves d’une société bruxelloise. Il y a découvert le fond de l’agence Sado. Cette agence de presse créée en 1934 a suivi pendant plus de 10 ans la progression et les actions du mouvement REX. Mi-consentants, mi-contraints par l’occupant allemand, ses photographes ont suivi la vie du parti d’extrême droite au jour le jour.

Des élections au front…

On y voit les premières réunions politiques de REX, juste avant les élections victorieuses de 1936. On est frappé par la jeunesse des participants et par les calottes que ces nombreux étudiants de l’Université de Louvain n’hésitent pas à arborer fièrement devant l’objectif.

Mais ce sont surtout les clichés liés à la guerre qui sont les plus frappants. On y voit de nombreuses jeunes filles saluer Léon Degrelle, le leader du parti, en grand uniforme juste avant de partir en Allemagne soigner les blessés du front de l’est. On y voit aussi des garçons d’une douzaine d’années attendant le train pour l’Allemagne. Ils se rendaient dans un camp d’entraînement de la Waffen SS.

Pour Mathieu Simons, l’historien qui a apporté son soutien à la rédaction de cet article, "il s’agit des enfants de convaincus du parti. A ce moment REX était devenu ouvertement hitlérien. Mais c’était aussi l’occasion d’offrir un grand bol d’air frais et une nourriture abondante à petit prix, à des enfants vivant dans un pays où régnait la pénurie."

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Les jeunesses rexistes embarquent pour l'Allemagne © SADO

Pour le journaliste Quentin Noirfalisse, qui a rédigé l’article, "cela montre que REX et la collaboration, concernaient tout le monde. Ce n’est pas justement un lointain souvenir de 8000 fanatiques qui se sont engagés dans la SS pour aller combattre les bolcheviques sur le front, mais que c’était quelque chose de plus profond que cela…"

Pour Mathieu Simons, ces photos sont exceptionnelles parce qu’elles se concentrent justement sur les activités de REX loin du front. "On y voit tout ce que faisait le parti à l’époque: meeting, concerts, gala, mouvements de jeunesse,… Autant d’aspects qui sont souvent occultés par les images plus militaristes. REX ce n’était pas seulement la légion wallonne. Et ça, nous sommes trop nombreux à l’avoir oublié."

 

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Distribution des uniformes à la milice de "Rex" © Jeremy De Salle - RTBF

Oubli, et malaise

Cet oubli s’explique sans doute par le malaise que fait toujours renaître l’évocation de ce passé nauséabond. Les propriétaires actuels de ces clichés en sont la meilleure preuve. Ils ont refusé de donner des interviews à d’autres journalistes que ceux de Médor.

"Ce n’est pas toujours aisé d’aborder le sujet avec certaines familles dont des parents ou des grands-parents ont été proches de REX… On a beau jeu, côté francophone du pays de taper sur la collaboration flamande et de la pointer du doigt. On est nettement moins à l’aise quand il s’agît d’évoquer notre propre collaboration…"

In journaliste

70 ans après la prise de ces photos, leur seule vue suscite souvent un malaise difficile à réprimer. Et le choix de la revue de les recoloriser renforce encore ce sentiment. Ces photos sont beaucoup plus proches des souvenirs qui se forment dans la tête des survivants de cette époque. Des souvenirs qui, eux aussi, sont en couleurs…

Mathieu Simons, historien, raconte comment les jeunesses rexistes rejoignaient les jeunesses hitlériennes:

Pour Quentin Noirfalisse, journaliste à Médor, il a été très difficile de faire parler les personnes concernées. Même aujourd'hui, c'est tabou:

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