Les petits secrets des Grandes Eaux du château de Versailles

Une invitation à la vie de château le temps d’une promenade dans les 77 hectares de jardins à la française. Imaginer être à la cour de Louis XIV au 17e siècle. Au détour d’un bosquet, dans les recoins d’une charmille, en contrebas des terrasses ou dans la perspective jusqu’au grand canal : le bruit de l’eau, son clapotis, la féerie se déploie. Fontaines, bassins, allées d’eau, grottes mais aussi cascades et cascatelles, jets et gerbes, miroirs, nappes et jeux construisent la légende de Versailles. Le bassin de Latone, celui de Neptune ou encore le char d’Apollon immergé crachent une eau mesurée, maîtrisée et pensée pour susciter l’étonnement. Là se construit le rêve d’un roi de France. Les 600 jeux d’eau dans les 55 bassins et fontaines de Versailles font partie intégrante de l’esthétique voulue par le Roi-Soleil.

Au printemps les fontaines sont réveillées

Après l’hiver, les treize fontainiers d’art et leur directeur sont au taquet pour lancer le top de départ de la remise en eau printanière. Ils veillent à faire vivre un patrimoine exceptionnel. Un challenge car le système hydraulique est une prouesse technique inventée au 17e siècle. Il faut, à l’époque, acheminer l’eau : des milliers de mètres cubes depuis bien loin, à plusieurs dizaines de kilomètres.

Les inventions hydrauliques

En effet, le site choisi par Louis XIV pour bâtir son château est un relais de chasse entouré de marécages et d’eaux stagnantes. Un vague petit ruisseau y coule. C’est une petite butte sans eau. D’ingénieurs italiens en ingénieurs liégeois, le génie d’une époque se concentre à Versailles pendant 30 ans de règne. L’eau doit être là pour participer à la grandeur du monarque. C’est 1/3 des dépenses totales du projet gigantesque de Versailles.

Ce ne sont pas moins de 35 km de canalisations de plomb, de fonte qui sont posées et enfermées sous le domaine dans des galeries étroites et maçonnées. Les fontaines de Versailles sont ainsi approvisionnées en eau. Des réservoirs stockent la précieuse eau pour la lâcher dans un réseau tentaculaire de tuyaux. Tout un dédale souterrain caché aux yeux du monde dans lequel chaque fontainier circule à pied parfois courbé pour atteindre des chambres directement sous les grandes fontaines.

Les fontaines, une fine horlogerie

Sous chacune d’elles courent des " araignées " de plomb. Un rhizome de tuyaux d’époque qui amènent en surface l’eau à la bouche des grenouilles par exemple qui la crachent. Chaque conduit est muni d’une vanne en carotte : un petit tour à droite, un petit coup à gauche, pour un débit précis en extérieur. Même l’intensité et la force du jet se règlent.

Jean-Pierre, fontainier d’art

C’est Jean-Pierre, le jeune fontainier qui a l’honneur de tourner la grande vanne extérieure. C’est lourd, cela tourne néanmoins. Soudain, l’eau commence à glisser dans la "salle de bal". Dans ce bosquet, des cascades transparentes se mettent à vibrionner, dévaler superbement au milieu des statues, des vases, des frondaisons. Dans cet endroit comme dans les petits bois taillés et secrets, on se surprend à imaginer le monarque Louis XIV flânant comme dans un salon, en plein air, pour y satisfaire son goût du jeu et du spectacle. L’eau à son arrivée surgit, la musique d’un orchestre de Lully se fait entendre. Dans cette "salle de bal" en extérieur, la cour y prend des collations, écoute les airs, danse, badine et intrigue.

La symbolique du Roi-Soleil y est clairement déployée : ce sont des jardins à l’architecture classique. S’y mêlent des statues mythologiques dorées, des animaux de bronze et des jeux de fontaines.

Une journée entière de fonctionnement des Grandes Eaux à la fin de son règne, ce sont quelque 72.000 mètres cubes d’eau. 1400 jets. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 670. Le précieux liquide arrive toujours par gravité. L’approvisionnement se fait en mode circuit fermé. Des canalisations datent des rénovations en 1850, des rénovations du 20e siècle mais la plupart sont historiques, frappées d’une fleur de lys du 17e siècle.

12.000 visiteurs chaque jour

Les " Grandes Eaux ", ce sont 70 représentations pendant la belle saison. La musique ce sont des haut-parleurs dissimulés derrière les statues de dieux et déesses dans le parc qui la diffusent. 15 bosquets sont exceptionnellement ouverts au public. 12.000 visiteurs chaque jour dont 80% sont étrangers se promènent à pied dans les jardins du château de Versailles, perche à selfie en main pour immortaliser un rêve de prince et princesse.

Les Grandes Eaux captivent, étonnent. Les sculptures semblent le temps d’un jeu d’eau s’animer d’une vie frémissante.

Les Grandes Eaux à Versailles, tous les samedis et dimanches jusqu’à l’automne

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