Les parents de Mawda veulent une enquête réellement indépendante

Dans la nuit de jeudi à vendredi, la petite Mawda Shawri, âgée de deux ans, a été tuée par une balle perdue tirée par la police lors d'une course-poursuite entre les forces de l'ordre et une camionnette avec, à son bord, une trentaine de migrants.

Pour la première fois depuis plus de 3 jours, les parents de la fillette ont livré leur version des faits lors d'une conférence de presse donnée ce lundi, en présence des témoins du drame, de leur avocat, ainsi que des représentants d'associations dont Alexis Deswaef, président de la Ligue des Droits de l'Homme.

Un seul coup de feu

Selon eux, il n'y a eu qu'un seul coup de feu. Le père de Mawda a raconté que la camionnette avait été prise en chasse par quatre voitures de police, dont deux se trouvaient de chaque côté et les deux autres derrière.

La famille de l'enfant se trouvait à l'avant, à côté du conducteur, tandis que d'autres personnes se trouvaient derrière. Celles-ci auraient brisé les vitres à l'arrière du véhicule pour montrer que des enfants étaient à bord.

Selon les parents, le tir mortel provenait d'une voiture de police qui roulait à gauche de la camionnette. La balle aurait manqué le chauffeur pour finalement atteindre la fillette de deux ans.

Tenus à l'écart de leur fille

Ils ont précisé qu'un policier avait administré les premiers soins à la victime, mais qu'une ambulance était seulement arrivée 20 à 30 minutes plus tard. Les parents n'ont pas pu accompagner leur fille et n'ont été informés que durant la journée de vendredi, alors qu'ils étaient détenus dans une cellule, de son décès.

La version livrée lundi ne correspond pas à celle du parquet. C'est pourquoi Olivier Stein, avocat des parents de Mawda, demande la tenue d'une enquête indépendante. "Nous souhaitons les résultats de l'enquête rapidement ainsi qu'une arrestation."

Les parents et leurs conseils exigent via l'enquête des réponses à plusieurs questions, comme les faits précis et leur déroulement. Ils s'interrogent encore sur les différentes versions du parquet, sur ce qui a poussé la police à tirer et sur les ordres reçus par le ministère de l'Intérieur. Les avocats estiment par ailleurs qu'il y a eu une manipulation délibérée dans le chef de la police et du parquet.

Les conseils des parents de Mawda auront accès au rapport d'autopsie mardi à 11h et ont rendez-vous avec les juges d'instruction du parquet de Tournai. 

La petite Mawda sera enterrée ce mercredi. Les parents sont soutenus par l'organisation Solidarity for All, qui appelle à 10 jours de deuil national et incite à accrocher aux fenêtres des vêtements d'enfant en marque de soutien.

Mercredi, une marche aux flambeaux partira également du Palais de Justice.

Rappel des faits qui ont suivi le drame :

De multiples organisations ont rapidement porté la responsabilité sur le ministre de l'Intérieur Jan Jambon et son collègue N-VA, le secrétaire d'État à la Migration Theo Francken, et demandé leur démission, ou plus largement pointé l'ensemble du gouvernement Michel. La politique migratoire est pointée du doigt, accusée de pousser les migrants dans des retranchements illégaux tels que les passeurs et conduisant aujourd'hui à ce genre de tragédies.

Le Premier ministre Charles Michel s'est exprimé, demandant d'attendre le résultat de l'enquête ouverte sur le drame. "La lumière sera faite sur ce qu'il s'est passé durant cette course-poursuite", a-t-il déclaré. De son côté, le ministre de l'Intérieur pointe le trafic d'êtres humains pour principale cause du décès. Quant à Theo Francken, il s'est contenté de tweeter "Dégoûtant", face aux accusations des différentes associations.

Les parents de la petite fille kurde sont toujours hébergés par le CPAS montois, alors qu'ils ont reçu l'ordre de quitter le territoire, comme l'indique Marc Barvais, président du CPAS local.

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