Les ouragans se multiplient-ils avec le réchauffement? L'Europe, prochaine cible?

Des ouragans coup sur coup... Le phénomène est-il vraiment plus fréquent ces dernières années ?
Des ouragans coup sur coup... Le phénomène est-il vraiment plus fréquent ces dernières années ? - © HANDOUT - AFP

Il y a comme un air d’apocalypse dans l’Atlantique. Même si c’est la saison des cyclones et que ces régions en ont l’habitude, voir coup sur coup les ouragans Harvey et Irma s’abattre sur les terres a fait froid dans le dos. Ces phénomènes sont-ils plus fréquents à cause du réchauffement climatique ? Et l'Europe est-elle vraiment à l'abri ? 

Alors qu’Harvey a entraîné des inondations jamais connues au Texas, Irma est le cyclone le plus puissant jamais formé dans l’océan Atlantique. L’île française de Saint-Martin, par exemple, a été détruite à 95%, entraînant la mort d’au moins 8 personnes. Ensuite, il y a José et Katia qui s’annoncent. La série intensifie le débat scientifique.

Doit-on y voir les effets du réchauffement climatique ? Pour certains responsables politiques, à l'image de la maire de Paris, Anne Hidalgo, le lien est clair. Le président français Emmanuel Macron a pour sa part estimé qu’il fallait se consacrer aux causes profondes qui créent ce type d’événement.

"Ils ont raison de s’inquiéter de ce problème, estime Jean-Louis Tison, spécialiste en glaciologie et climatologie à l’ULB. Mais, il y a peut-être une marge avant de dire que les cyclones deviennent plus importants ou plus nombreux à cause du réchauffement du climat."

"Pas vraiment de tendance claire"

"Si vous regardez les statistiques qui existent à présent, surtout très bien documentées pour les États-Unis, depuis les années 90, on a l’impression qu’ils sont un peu plus nombreux. Maintenant, ça fluctue beaucoup et les dernières années ont été plutôt peu riches, non seulement en nombre, mais en intensité. Et on sait bien que l’intensité ici est particulièrement mise en cause."

Pour Jean-Louis Tison, il n'y a "pas vraiment de tendance claire". Une chose est néanmoins sûre : "Le changement climatique implique un réchauffement de l’océan d’un demi-degré à un degré dans ces régions" et "le moteur de ces cyclones sont les très hautes températures de l’océan, au-dessus de 26 degrés sur une couche de profondeur de 50 à 60 mètres".

Ce phénomène, résultat du réchauffement, a donc "toutes les chances" de rendre ces événements plus fréquents. Mais il est encore trop tôt pour évaluer scientifiquement cet impact : "On est un peu court sur la distance temporelle. Quand on parle de climat, il faut l'observer sur des trentaines d’années et on n’a que des signes de changement peut-être sur les 10 dernières années. Et encore, ils ne sont pas particulièrement clairs".

La séquence que l’on vit actuellement est toutefois exceptionnelle, "parce que les forces de vents et les précipitations sont particulièrement importantes (...) : Harvey était catégorie 5, c’est-à-dire avec des vents qui montent au-delà de 350 kilomètres/heure".

Prévisible ?

Aussi violent puisse-t-il être, ce phénomène météorologique est très éphémère et difficilement prévisible. "Il est donc difficile de le prévoir précisément ce phénomène. Il y a des signes avant-coureurs, mais à relativement court terme. Pour les exemples de ces derniers jours, on a pu voir des choses se dessiner avec le satellite air à une semaine près. On voit les choses beaucoup mieux qu’auparavant, donc on peut le prévoir à courte échéance. C’est beaucoup plus difficile de prévoir ça a plus long terme."

Et les trajectoires ont-elles changé ? Les îles Saint-Barthélémy ou Saint Martin peuvent sembler faire partie des nouvelles, car elles n’étaient peut-être pas touchées aussi radicalement les décennies précédentes. Pour le spécialiste en climatologie, les itinéraires des ouragans "sont toujours les mêmes ou à peu près les mêmes". Mais il est vrai, dit-il, que, "si l’intensité devient plus importante, les dégâts sont plus importants et on en parle dès lors plus. Ces trajectoires sont un peu aléatoires dans cette zone-là ; il est toujours difficile de dire exactement que ça va passer à tel ou tel endroit".

Et en Europe ?

En 2015, une tempête tropicale affaiblie, Joaquin, avait touché le Portugal. Mais il s'agit d'un cas rare ; l’Europe n'a pas à craindre d'être touchée par ce type de phénomène extrême à l'avenir, estime Jean-Louis Tison. "Ce n'est pas à l'ordre du jour. (...) En tout cas, il n’y a pas de signes avant-coureurs."

"Pour se développer, ces cyclones ont besoin de températures très élevées de l’océan – 25-26 degrés. Joaquin était en quelque sorte la phase terminale d’un cyclone qui remontait suffisamment au nord pour être repris dans les vents d’ouest et arriver dans la région."

Reste cependant qu'il faut s'attaquer aux sources du problèmes si l'on veut s'assurer que ces tempêtes se multiplient à l'avenir. "C’est toute la problématique de la lutte contre le réchauffement du climat, lié aux gaz à effet de serre. Il est grand temps que nous mettions en marche l'objectif de la COP 21 des +2 degrés maximum en 2100", conclut Jean-Louis Tison, en lançant un appel au président américain : "Monsieur Trump, s’il vous plaît, faites un effort".