Les "oubliés" de la prostitution au temps du coronavirus

Comme de nombreuses professions, les travailleurs et travailleuses du sexe ont été obligés de tout arrêter du jour au lendemain. Ils se définissent comme "les grands oubliés de la crise". Nombre d’entre eux se sont retrouvés à la rue, faute de revenus.

La rue d’Aarschot à Bruxelles, est l’un des quartiers très prisés par le secteur de la prostitution. Aujourd’hui, c’est le calme plat. Derrière les vitrines vides et les néons gris, se cache une situation encore plus précaire qu’avant la crise sanitaire.

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Une vitrine de prostitution vide dans le centre de Bruxelles © RTBF

Nous y rencontrons, Marie, travailleuse du sexe, qui accepte de nous faire part de la situation : En cinq minutes, on nous a dit que nous ne pouvions plus travailler et nous avons été obligés de fermer nos établissements. Mais aujourd’hui, personne ne parle de nous. Nous ne savons pas quand nous pourrons rouvrir. Nous n’avons pas de statut, alors est-on considérés comme un métier de contacts, ou faisons-nous partie du secteur Horeca ? On est complètement dans le flou".

Une aide financière pour éviter les travers ?

"Nous n’avons reçu aucune aide. Pourtant, les prostituées doivent continuer à payer leur loyer. Des propriétaires menacent certaines d’entre elles, de les jeter à la rue. A terme, je crains une prostitution clandestine".

La location d’une carrée, lieu de travail des travailleurs du sexe, coûte entre 1000 et 2000 euros par mois, sans les charges. Il faut y ajouter le loyer de leur habitation puisque ces personnes ne peuvent exercer sur leur lieu de domicile. Au total, les prostituées doivent parfois débourser 3000 euros par mois pour se loger et exercer leur activité. Dans ce contexte de crise, la situation est devenue insurmontable pour nombre d’entre eux.

Comment survivre ?

Maxime Maes, le coordinateur d’UTSOPI, l’Union des Travailleu (r) ses du Sexe Organisé (es) pour l’Indépendance, explique comment une certaine solidarité tente de s’installer : "Nous avons mis en place des distributions de colis alimentaires et créé une cagnotte que les citoyens peuvent alimenter pour acheter de la nourriture ou encore nous aider à trouver des hébergements d’urgence".


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Une augmentation de la violence

Il existe également d’autres structures d’accompagnement social ou de santé comme Médecins du Monde qui joue un rôle très important notamment dans l’hébergement et la prévention sanitaire.

Mais l’association constate aussi une augmentation de la violence envers les travailleurs et les travailleuses du sexe en cette période de confinement. "Nous avons de plus en plus de témoignages de ces travailleurs (ses) qui sont particulièrement exposés, que ce soit de la violence intrafamiliale ou de la part de clients. Il peut s’agir de violence physique, sexuelle ou encore des situations de harcèlement par exemple […] Nous devons parfois faire face à des situations d’urgence et les mettre à l’abri", explique Céline Glorie de Médecins du Monde.

Le sexe virtuel ou clandestin

Dans ce contexte très difficile, précaire et anxiogène, certaines travailleuses du sexe ont été obligées soit de se tourner vers le sexe virtuel, ou de pratiquer clandestinement en bravant le confinement. "C’est soit mourir de faim soit mourir du Covid ", conclut Marie.

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© Tous droits réservés

La Belgique compte officiellement entre 25.000 et 30.000 travailleurs ou travailleuses du sexe, dont 85% viennent de l’étranger et sont en situation d’exploitation. Chez nous, le plus vieux métier du monde, n’est pas reconnu par l’Etat.

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