Les nouvelles prisons: faire du neuf… avec du vieux ?

La future prison
La future prison - © Belga

La surpopulation dans les prisons, leur vétusté : pas une semaine ne passe sans que ces problèmes ne soient à la Une. Le gouvernement veut y répondre par la construction de nouveaux établissements : cinq prisons sont en chantier ou en projet.

Quel enfermement y veut-on ? Va-t-on concevoir ces nouvelles prisons comme celles d’il y a 100 ans ? Quatre de ces prisons sont inspirées de celles du 19ème siècle, des "Saint-Gilles" à la sauce 2013.

L’étoile, star du… 19ème siècle

Saint-Gilles, Anvers, Forest... des prisons "Ducpétiaux", c’est à dire en forme d’étoile. Un modèle imaginé par Edouard Ducpétiaux, inspecteur des prisons, peu après la naissance de la Belgique, vers 1830.

A l’époque, ces nouvelles prisons étaient un progrès. L’inspecteur était convaincu qu’elles pourraient remplacer la peine de mort et que le détenu, dans l’isolement de sa cellule, pourrait s’amender, retourner sur le droit chemin.

Au centre du bâtiment, il a imaginé un "panoptique", un cœur-tour de contrôle, d’où les couloirs cellulaires partent en étoile. Du centre, on voit tous les couloirs, toutes les cellules. Ce modèle permet de surveiller un maximum de détenus avec un minimum de personnel.

Prison d’Anvers : 1855. Prison de Louvain : 1860. Prison de Saint-Gilles : 1884. Prison de Forest : 1910. Prison d’Audenarde : 1919

Si nos prisons sont vétustes, c’est parce que beaucoup datent de cette époque-là.

De l'eau a coulé sous les ponts

Puis le regard sur la prison a évolué. L’idée que les détenus doivent avoir accès à des formations, du sport, une aide psychologique hors cellule a fait son chemin. Or il y a peu de place dans ces établissements "vieille école" pour ces nouvelles activités, il a fallu "reculer les murs" de ces établissements et très souvent le manque de locaux limite les activités proposées aux détenus.  Des activités qui, c’est prouvé, calment la tension et contribuent à libérer des hommes plutôt que des fauves.

L’idée d’une autre sécurité s’est aussi répandue, depuis lors : une sécurité qui ne serait  pas seulement liée à la présence de grilles et d’une tour de contrôle efficace, mais à  la qualité des contacts sociaux dans la prison. Il y aura moins de gestes de violence, prises d’otages et agressions, dans une prison où les détenus connaissent leurs gardiens et où une relation de respect s’est installée.

Les prisons Ducpétiaux ne sont pas conçues dans cet esprit-là. Les directeurs qui veulent y instaurer des moments de vie communautaire ou des contacts plus riches entre détenus et agents se heurtent à cette structure en étoile, axée sur une sécurité de grilles et de serrures.

En Scandinavie, depuis plusieurs décennies, les nouvelles prisons sont plus petites, pour que tout le monde se connaisse et sont conçues en pavillons, pour éviter l’étoile.

Le " Master Plan Prisons " : un rendez-vous à ne pas manquer

Aujourd’hui le Master Plan permet de repenser la prison. C’est une opportunité, va-t-on la saisir ?  Un regard sur les plans permet de découvrir qu’à Leuze, Marche, Termonde et Beveren (quatre des cinq projets sur le métier) nous aurons… des prisons en étoiles. Suivez la visite guidée de la prison de Leuze, un reportage de Laura Canducci et Patrice Hardy:

 

L’administration pénitentiaire a imposé cette structure aux architectes et futurs directeurs. "Voici le schéma, investissez-le de façon la plus humaine possible". D’abord on construit la prison comme on l’a toujours fait, puis on réfléchira comment l’ "habiter" mieux.

Administration, directeurs et architectes y réfléchissent, en effet. Et leurs idées vont améliorer la détention : douches personnelles, connexions web (limitées), bibliothèque, classes et locaux polyvalents… Mais le schéma en étoile restreint leurs élans. Ils doivent imaginer leur prison dans ce carcan rigide, ce regard du 19ème siècle sur la détention. Dommage.

Haren, l'exception

Seule la prison de Haren, à Bruxelles, fera exception. Futur mastodonte de 1200 détenus, passible de susciter une levée de boucliers des voisins et  beaucoup de mal-être à l’intérieur des murs. L’administration était donc obligée de réfléchir à l’avance, avant de lancer le projet, aux modalités de détentions, pour éviter un échec.

Alors elle a tenté l’audace : elle a consulté des rapports, des criminologues, des travailleurs de terrain, des détenus.  Et a remis aux architectes non pas un modèle architectural à humaniser, mais un projet humain à convertir en briques.

Le cahier des charges développe cette fois des objectifs en terme d’enfermement (vie communautaire, relations sociales de qualité, etc). Aux architectes d’imaginer comment incarner ces idées. Ils ont eu carte blanche, pourvu qu’ils respectent ces grands principes et que le coût soit digeste.

On attend dans les prochains jours ou semaines la présentation du projet choisi. On saura alors si cette prison-là sera différente : une prison où le mal-être est moins profond. Une prison qui libère plus de détenus "grandis" pendant la détention.

M. Baele

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