Les normes sanitaires modernes tuent-elles les petits producteurs?

La brasserie Cantillon à Bruxelles s’est choisi comme cheval de bataille la défense d'une tradition brassicole millénaire.
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La brasserie Cantillon à Bruxelles s’est choisi comme cheval de bataille la défense d'une tradition brassicole millénaire. - © GAC - BELGA

C’est la question du jour suite à cette nouvelle histoire d’une saisie conservatoire de 2000 fromages au lait cru à Herve pour cause de listeria. Depuis une dizaine d’années, dans la foulée des crises sanitaires successives, les exigences de sécurité alimentaire ont beaucoup évolué, tant pour l’industrie agroalimentaire que pour les productions transformées à la ferme et c’est le cas ici à Herve ou ce producteur est le dernier de la région à produire son fromage avec le lait de ses propres vaches et ses produits sont vendus dans des circuits courts (marchés locaux, vente à la ferme).

Jusque dans les années 50, le fromage de Herve était produit dans plus de 500 fermes avant que les productions industrielles se standardisent et remplacent progressivement cette tradition. Peu à peu, les petits fromagers ont abandonné leur savoir-faire et ont arrêté la production de Herve frais pour se tourner uniquement vers l’affinage.

Sur le terrain, les normes de l’Agence fédérale pour la Sécurité de la Chaîne alimentaire (AFSCA), imposées de la même manière aux productions industrielles et artisanales ou fermières, ont sans doute, causé énormément de tort l’agriculture familiale, aux artisans et à la vente en circuits courts. Dans cette histoire par exemple les coûts d'investissement pour mettre la fromagerie aux normes sont tout simplement impayables par un agriculteur en fin de carrière.

Oui, on peut négocier avec l’Afsca

Du côté d’ "Accueil Champêtre en Wallonie" qui offre ses services aux agriculteurs et ruraux à la recherche d'activités de diversification, d'accueil et de tourisme à la ferme, dont des points de vente en circuit court, on tempère : "L’AFSCA est une administration qui a pour rôle d’appliquer les directives. Concernant cette histoire de fromage, il existait un seuil de listeria admissible pour les petits producteurs, seuil qui à récemment été ramené à zéro, et ce malgré nos demandes, provoquant ainsi la saisie. Mais nous négocions régulièrement et espérons retourner à la situation précédente".

Chez Cantillon, on fulmine

La brasserie Cantillon à Bruxelles qui s’est choisi comme cheval de bataille la défense d'une tradition brassicole millénaire par la pratique de la fermentation spontanée. En ce sens, depuis 1999, Cantillon a décidé d'élaborer toute sa production à partir de céréales issues de l'agriculture biologique, revenant ainsi définitivement aux sources.

Jean Van Roy, le maître-brasseur, enrage: "Doit-on comprendre qu'un produit vivant est un produit suspect? Vive la société hygiéniste, un jour on mangera tous de la merde mais ce sera de la merde propre, bien pasteurisée!".

Même la fête de votre quartier ou la cueillette de vos fruits et légumes est concernée

On se souvient de cette polémique qui avait secoué en 2013 la région d'Ath quand l'Agence pour la Sécurité alimentaire avait détruit 130 tartes au maton. Elle concernait des tartes produites par un groupe folklorique à l'occasion du Sabbat des sorcières, à Ellezelles, posant la question des fêtes et manifestations publiques.

Ou encore de l’histoire, en 2014, de cette ancienne chanteuse reconvertie en maraîchère bio et rapidement dégoûtée. Elle déclarait : "Ils m’ont demandé d’arrêter de vendre mes petits fruits parce que je n’avais pas de traçabilité. Mais la forêt ne sait pas me donner de papiers. Mes tomates n’étaient pas assez rouges et pas assez rondes pour eux".

Or, de nombreux allergologues le disent, à force de tout aseptiser autour de nous, nous nous fragilisons. Nous devenons petit à petit incapables de lutter nous-mêmes contre les agressions extérieures. Il y a danger à ce que notre système immunitaire, pas assez sollicité par des produits trop "propres", s’effondre.

O. Arendt

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