Les médiathèques ne loueront plus de CD et DVD

La médiathèque va cesser le prêt de CD et DVD
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La médiathèque va cesser le prêt de CD et DVD - © Nicolas Rondelez

Depuis l’émergence des plateformes numériques et la multiplication de l’offre digitale de musiques et vidéos sur internet, le public s’éloigne des médiathèques. Il y a quelques années, un changement de nom intervient. La Médiathèque devient le Point Culture. Mais en posant la question à quelques personnes, alors que nous sommes juste devant le Point Culture de Charleroi, ce nouveau nom n’évoque rien. En revanche, lorsqu’on parle de la Médiathèque, la réponse est immédiate : « Ah oui, ça, c’est juste là ». Un pas plus loin, nous demandons aux gens que nous croisons à quand remonte leur dernière visite à la médiathèque : « il y a longtemps quand mes enfants étaient petits », nous dit cette jeune retraitée, « au moins vingt ans, aujourd’hui je dispose de tout ce dont j’ai besoin pour ne plus devoir y aller », ajoute un homme entre 35 et 40 ans.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. « Depuis 2000 ou 2001, nous perdons chaque année 15% de fréquentation et de recettes » admet Pierre Hemptinne, directeur de la Médiation Culturelle des Points Culture. « Il y a un raz de marée numérique dans les usages d’accès à la culture. Et ça, nous on y sommes tous confrontés et c’est un fait auquel on ne peut rien faire, on n’a pas la main dessus. On a tenté de changer les tarifs. On a tenté, de différentes manières, de fidéliser, de poursuivre l’aventure d’une autre manière. Mais il n’y a rien à faire. On voit que les jeunes ne viennent plus. Ce qui a fait le succès de la Médiathèque, c’est que chaque année des étudiants arrivaient, découvraient la musique, le cinéma grâce à nous. Il y avait un renouvellement constant du public. Mais à un moment ce flux-là s’est tari et il se tarit de plus en plus ».

La fin d’une époque

Aujourd’hui, le service de prêt direct – en fait de location à des tarifs très démocratiques – n’est plus rentable. Financés en partie par la Fédération Wallonie Bruxelles, les Points Culture ne peuvent continuer à perdre cet argent public. Et ce service va donc s’arrêter. « On vient de quelque 8 millions de prêts en 2000. Aujourd’hui on en est à quelques centaines de milliers par an. En chiffre absolu, ça reste pas mal. Mais quand on voit la chaîne de travail que cela représente, en compétences, en prospection, en alimentation de la base de données… il y a un moment ou il y a un problème qui se pose au niveau de l’utilisation de l’argent public. C’est pour ça qu’on a eu un dialogue très constructif avec le ministère pour repenser les rôles importants des Points Culture, mais plus basés sur ces missions-là », précise encore Pierre Hemptinne.

L’arrêt du service de prêt sera progressif. A partir de juillet de cette année, les investissements cesseront. Les nouveautés tant en musique qu’en films ne seront plus acquises par les médiathèques. Ensuite, une analyse sera faite, site par site. Tous n’arrêteront pas ensemble, du jour au lendemain. Mais il faut s’attendre à ce que le prêt disparaisse définitivement courant 2020.

Evolution mais pas fin

C’est le prêt DIRECT qui va disparaître. Mais la gigantesque collection audiovisuelle dont dispose l’institution, trésor immense, restera disponible par réservation. Les modalités sont encore à définir. Le catalogue sera proposé sur le site des points cultures. « Dire que tout se trouve sur internet, ce n’est pas tout à fait vrai », assène Pierre Hemptinne, « il y a des choses, spécifiques et même tout à fait ordinaire qui sont introuvables sur internet mais dont nous disposons dans nos collections ».

Les Points Culture ne vont donc pas disparaître. Leur mission, l’accès à la culture pour tous les publics, se poursuivra, sous d’autres formes. En juillet apparaîtra un webzine culturel. Pour l’alimenter, on compte d’ailleurs sur la compétence et l’expertise de ceux qui géraient jusqu’ici les médiathèques. Dans ce sens, on ne parle pas de pertes d’emplois à l'heure actuelle, mais de réorientation des compétences vers de nouveaux modes de promotion de la culture. « Il y a déjà une mutation qui est en cours depuis 2007-2008 », explique Pierre Hemptinne. « C’est un peu réinvestir les questions de la diversité culturelle par un travail de terrain. En faisant des ateliers, des débats, des projections commentées, des expositions, animations dans les écoles… un travail avec des petits publics et que nous organisons déjà avec d’autres opérateurs culturels. Sur l’année écoulée, 13.000 personnes ont participé au programme proposé ».

Quand la Médiathèque s'appelait encore Discothèque et lançait son premier Discobus wallon (25/09/1971)

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