Certains médecins refusent de soigner les personnes transgenres

Les personnes transgenres font souvent face à des discriminations quand elles veulent bénéficier de soins de santé. Par méconnaissance ou par transphobie, le corps médical refuse souvent de prendre en charge ces personnes qui ne correspondent pas aux normes de notre société où le sexe de naissance définit l'identité de genre. 3% de la population sont pourtant des personnes transgenres.

Sexe, genre, sexualité

Sarah, née avec un sexe mâle, se souvient de sa première visite chez un médecin généraliste : Il ne me regardait pas dans les yeux, persistait à s’adresser à moi au masculin. Il n’acceptait pas du tout le fait que je voulais être genrée au féminin. De plus, il m’a posé des questions inappropriées sur ma sexualité.

La plupart des gens confondent sexe, genre et sexualité, trois notions différentes. Le sexe est biologique, déterminé à la naissance, le genre est l’identité que la personne ressent, et la sexualité, c’est le fait d’être hétéro, homo ou bi sexuel.

Comme l’explique Aurore Dufrasne, psychologue et psychothérapeute à l'association "Genres Pluriels", " une femme transgenre est une femme avec un sexe de mâle, et un homme transgenre est un homme avec un sexe femelle ".

On ne change pas de sexe

Contrairement aux idées reçues, on ne change pas de sexe. Une femme transgenre a toujours une prostate et des chromosomes XY et un homme transgenre a toujours un squelette femelle et des chromosomes XX. 

Sascha, né avec un sexe femelle, a une identité de genre non-binaire. Sascha se qualifie de "iel", ni "il" ni "elle" ". "Iel"  s’est fait faire une torsoplastie, une ablation des seins avec construction d'un torse, et prend des hormones masculines. Mais "iel" a besoin d’un suivi gynécologique. Avec ses poils au menton, "iel" ne passe pas inaperçu dans la salle d’attente : " Les regards des femmes me disent : mais qu’est-ce vous faites là ! "

Beaucoup de personnes transgenres ne se font pas opérer, par choix ou à cause des difficultés d'accès aux soins de santé. 

Psychiatrisation

Les personnes transgenres ne sont pas mentionnées au cours des études de médecine, sauf, brièvement, en psychiatrie. Cela expliquerait la transphobie, le rejet des personnes transgenres, qui n’épargne pas le corps médical. Alessandra Moonens est médecin généraliste et suit des patients transgenres pour leurs traitements hormonaux. Une de ses patientes se rend un jour dans un laboratoire près de chez elle, en province, pour effectuer la prise de sang nécessaire à son suivi. L’infirmier lui a dit : " Je croyais qu’il n’y avait qu’en Thaïlande que l’on pratiquait ce genre de traitement ". C’est de la maltraitance, estime la doctoresse Moonens.

C’est seulement en mai dernier que l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé, a retiré les transidentités de la liste des maladies mentales.

Formation des futurs médecins

Alessandra Moonens fait partie du Réseau psycho- médico -social trans* et inter* belge. Ce réseau renseigne les professionnels aux patients transgenres et organise régulièrement des formations pour les équipes médicales. Les médecins ne sont pas les seuls concernés, mais aussi les secrétaires à l’accueil, les infirmier.es et aides-soignant.e.s., entre autres. Aurore Dufrasne et Max Nisol, de l'association "Genres Pluriels", organisent ces formations. 

Dès la rentrée académique prochaine, ces deux psychologues vont enseigner aux étudiants en médecine de l’UCL. L'objectif est qu’à l’avenir, chaque médecin sache comment accueillir et soigner une personne transgenre.

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