Les médecins-conseils sont surmenés

Le travail du médecin-conseil consiste à accompagner les affiliés en incapacité de travail.
Le travail du médecin-conseil consiste à accompagner les affiliés en incapacité de travail. - © SAUL LOEB - AFP

Le travail du médecin-conseil, dans les mutuelles, consiste notamment à accompagner les affiliés en incapacité de travail pour qu’ils retrouvent un emploi qui correspond à leur situation, souvent douloureuse, tant médicalement qu’économiquement.

Depuis quelques années, les tâches administratives et les contrôles en tous genres s’accumulent, rendant l’exercice du métier de médecin-conseil très compliqué. C’est ce que dénoncent les mutualités.

C’est vraiment du surmenage

"On nous impose de plus en plus de contraintes pas toujours en phase avec la réalité du terrain", dénonce Anne Vergison, responsable adjointe des médecins-conseils des mutualités socialistes. "On nous demande d’appeler en convocation des gens qui n’ont pas nécessairement besoin d’être vu à ce moment-là. Ça nous arrive de terminer les consultations avec 2 heures de retard. C’est vraiment du surmenage. Chez certaines personnes ça va trop loin. Certains ont été arrêtés pendant plusieurs mois, pour burn-out d’abord, dépression ensuite, donc oui, il y a de plus en plus de soucis".

Les médecins-conseils ont la tâche parfois délicate d’annoncer aux affiliés qu’ils vont perdre leur indemnité: "Il y a des jours où on se dit qu’on a fait un travail très difficile, même si on fait respecter la législation. Il faut savoir encaisser. Il y a des énormes trous dans le filet social: on sait qu’on va renvoyer les gens vers le chômage, qu’ensuite on risque de les sanctionner parce qu’ils ne recherchent pas activement de l’emploi alors qu’ils ont des limitations physiques qui les empêchent de faire ces recherches. Ces limitations physiques étaient reconnues auparavant mais ne le sont plus aujourd’hui. On a des gens qui se sont retrouvés à la rue, ou à dormir dans leur voiture parce que le CPAS estime qu’ils ont une famille qui peut subvenir à leurs besoins, mais s’ils ne s’entendent pas avec leur famille… Ils finissent dans leur voiture". Moralement, c'est parfois difficile à assumer pour le médecin-conseil.

Faire face à l’agressivité de certains affiliés

Une étude sur le bien-être au travail a été menée récemment par le département "Ressources humaines" de Solidaris. La détresse des médecins-conseils y est pointée. "Certains affiliés voient le médecin-conseil des mutualités comme le bras armé des procédures de réintégration des malades sur le marché de l’emploi qui ont été imposées dernièrement par le gouvernement, explique Fréderic Hennaut, directeur des ressources humaines et de la communication interne aux mutualités socialistes. Il arrive que les médecins-conseils reçoivent des menaces verbales, physiques, qu’un affilié détruise des choses lors de la consultation. Quant au médecin-conseil, il endosse un rôle répressif alors qu’il est supposé accompagner en douceur les malades dans leur réinsertion socio-professionnelle".

Solidaris a donc décidé de former les médecins-conseils à la gestion de l’agressivité et de lancer une campagne d’affichage qui communique sur le rôle exact du médecin-conseil.

Un surmenage constaté dans toutes les mutuelles

Toutes les mutuelles déplorent un surmenage des médecins-conseils. Que de plus en plus de personnes soient en incapacité de travail n'arrange rien à la situation. "Il y a une augmentation importante du nombre d’invalides, pointe Jean Hermesse, le président du collège inter-mutualiste, mais il y a surtout des mesures prises par le gouvernent qui se concrétisent par davantage de procédures administratives, plus de contrôles, et tout cela avec moins de moyens. Cela explique que les médecins-conseils soient sous pression. Toutes les mutualités ont des difficultés à recruter des médecins conseils parce que d’une part, les autres métiers de la santé sont plus attractifs, et que d'autre part, le contenu lui-même du métier de médecin-conseil est moins attractif".

Une piste pour faire baisse la pression?

Face à l'augmentation exponentielle du nombre de personnes en incapacité de travail de longue durée, il serait temps, selon les mutuelles, de changer d’approche. "Pourquoi ne pas changer d’approche sur cette problématique de l’incapacité de travail, se demande Jean Hermesse. Plutôt que de sanctionner, pourquoi ne pas davantage investir dans la prévention, dans l’aménagement des fins de carrière? Car on voit arriver des cohortes de travailleurs plus âgés. Le nombre d’invalides ne va donc faire qu’augmenter. Il faut rendre le travail possible pour éviter une grande perte humaine."

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