Les masques trop chers en pharmacie? "Le vrai problème, c'est la TVA à 21%"

Quel est le prix juste pour un masque ? Cette semaine, Test Achats dénonçait les prix excessifs parfois pratiqués pour des dispositifs comme les masques et des flacons de gel désinfectant pour les mains. Dans la ligne de mire de l’association de consommateurs, certaines firmes, des boutiques en ligne, voire des pharmacies : 6 euros pour un masque, 19,45 euros pour 250 ml de gel hydroalcoolique en officine. Beaucoup plus qu’avant la crise du coronavirus, dénonce Test Achats qui demande que soit instauré un prix de vente maximum autorisé pour les flacons de gel hydroalcoolique et pour les masques buccaux.

Mais combien devons-nous nous payer les masques et les gels ? Quel est le prix "normal"? Comment les prix sont-ils calculés ? Nous avons posé la question à un pharmacien. Patrick Böttcher gère les achats d’une coopérative de pharmacies Dynaphar, avec 155 affiliés. Il explique qu’il négocie tous les jours de grosses quantités pour obtenir les prix d’achat les plus bas du moment. "Les prix fluctuent au jour le jour. Cela dépend même de l’activité de l’aéroport de Pékin. Au début, les prix ont été très hauts. Près de 50 fois la normale. Maintenant on est revenu à 30 fois le prix d’une situation hors Covid".

Un exemple de prix d’achat hors TVA obtenus cette semaine :

  • Masque chirurgical : de 0,70 à 1 euro
  • Masque en tissu : 3,50 euros (triple couche – 6 lavages)
  • Masque FFP2 : 4,40 à 6,90 euros
  • Gel désinfectant : de 13 à 16 euros le litre.

Résultat, un masque chirurgical acheté 0,70 euro HTVA doit être vendu 1,25 euro au minimum, pour tenir compte de la TVA et des frais du pharmacien, explique-t-il. Pour un masque FFP2, au prix d’achat HTVA de 4,40 euros, on arrive à un prix de vente à 8,50 euros. Pour les gels, le conditionnement coûte cher : il faut des flacons adaptés, qui permettent de verser une petite quantité de gel. Et il y a eu une vraie pénurie de ces flacons.

Ce sont de justes prix, estime Patrick Böttcher. "La grande majorité des pharmaciens est honnête. La remarque de Test Achats est objective. Une infinitésimale partie de nos confrères a probablement exagéré mais la plupart des pharmaciens se basent sur le prix d’achat. Ces prix sont justes car c’est ce qui nous est proposé. Ces prix sont éthiquement absolument injustes car c’est fou ce qu’on fait de bénéfices avec cela, pas les pharmaciens mais les vendeurs".

Une TVA à changer

La grande problématique est surtout la TVA. Elle est de 21%. "Un vrai drame !", se scandalise Patrick Böttcher. "Si la TVA était de 6%, le masque FFP2 serait à 6,60 euros, on voit la différence directement !"

Pour changer les choses, il faudrait déclarer légalement qu’il s’agit de produits de nécessité publique avec une TVA ramenée d’office à 6%. La TVA à 21% s’applique aux cosmétiques mais pas aux médicaments, qui sont à 6%.

"Pourquoi n’est-ce pas le cas pour masques, gels et gants, je l’ignore mais j’espère juste que ce n’est pas pour favoriser la trésorerie", dit Patrick Böttcher.

Pas de prix fixe

Tout cela est évidemment plus cher qu’avant la crise du coronavirus. Mais dans la chaîne de distribution, avant les pharmaciens, il y a des intermédiaires, des grossistes et des producteurs qui font évidemment jouer la loi de l’offre et de la demande. Il faut savoir que le prix des masques n’est pas réglementé en Belgique. Pas de prix fixe contrairement aux médicaments. La libre concurrence joue.

Depuis la crise du coronavirus, la vente de masques et de gel (qualifiés de dispositifs médicaux) est réservée aux pharmacies en Belgique, une décision de la cellule de crise gouvernementale. Cette vente doit être faite dans un cadre proche l’ordonnance. Le pharmacien doit associer cette vente au dossier médical du patient.

L’Association des pharmaciens de Belgique (APB), rappelle cependant qu’il leur est interdit d’abuser d’une situation de pénurie. Mais ceci ne concerne pas les non-pharmaciens qui tentent de vendre de tels produits de santé sur des sites marchands en ligne.

Le pharmacien, gage de contrôle qualité

Autre aspect du problème, la qualité. Patrick Böttcher raconte : "Pendant l’hystérie du gel, il y a 3 semaines, on est tombé en grande distribution sur des gels à 60% d’alcool, soit inefficaces. Il faut minimum 70%. La réponse du fabricant a été : je ne suis pas malhonnête, il est indiqué 60%".

Le rôle des pharmaciens est aussi le contrôle qualité des produits qu’ils délivrent : "Je travaille 5 heures par jour pour trouver, relayer des offres après avoir tenté de négocier, explique Patrick Böttcher. Quand l’offre est définie, arrive la phase de vérification de la certification. Cela prend souvent une semaine. En général, 4 produits sur 5 sont écartés. C’est une énorme problématique parce que, sur le ‘dispositif médical' (le matériel comme les masques ou les gants, ndlr.) nous avons une responsabilité à la fois légale et déontologique sur le produit vendu. C’est bien plus contraignant qu’en grande distribution. Et puis, faut voir de quand datent les stocks et si date de péremption, il y a…"

"Il y a deux mois, 100 masques chirurgicaux, c’était 2,50 euros chez les grossistes… C’est 30 fois plus aujourd’hui. On devrait refuser à ce prix-là. OK… Mais on fait quoi de la détresse des gens ? Et in fine, qu’elle serait la conséquence ? Un marché noir sans contrôle de qualité ? Sur le chirurgical, je ne suis pas certain que c’est grave (la protection est de toute manière hypra faible) mais un FFP2 non conforme, là c’est très grave. A la pharmacie, tout cas suspect ou déclaré, il faut d’office conseiller un masque FFP2".

Patrick Bottcher souligne encore le rôle d’écolage des pharmaciens par rapport aux masques : il faut apprendre au public à s’en servir convenablement, pour bien couvrir la bouche ET le nez, sinon ils ne sont pas efficaces.

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