Les masques Hopi en vente à Paris malgré les protestations des Amérindiens

Les enchères ont débuté à 14H30 à l'Hôtel des ventes Drouot à Paris par la maison Néret-Minet Tessier & Sarrou, comme prévu.

L'avocat français qui défend les Hopis, Me Pierre Servan-Schreiber, a annoncé, sans trop y croire, qu'il introduisait "un recours devant le Conseil des ventes, l'autorité qui supervise la vente aux enchères, et qui peut théoriquement prendre la décision administrative de la suspendre".

"Ce sont vraiment des masques très importants que nous n'exposons pas en public, qui servent à nos rites de passage", a déploré devant la maison de vente Bo Lomahquahu, 25 ans, membre des Hopis et étudiant en lettres classiques à Paris.

Le jeune homme, dont le nom signifie "aigle merveilleux", a expliqué qu'il espérait encore qu'un acquéreur achète l'intégralité de la collection, estimée entre 600.000 et 800.000 euros, pour la restituer aux Hopis.

Pour cette vente organisée par la maison Neret-Minet Tessier & Sarrou, la salle était pleine à craquer dans une ambiance surchauffée, a constaté l'AFP.

Devant le tribunal des référés, les défenseurs des Hopis avaient expliqué jeudi que la vente devait être suspendue et les masques restitués parce que la loi française "interdit le commerce de certains types de biens comme les sépultures et les tombeaux".

Mais dans son jugement, la juge Magali Bouvier a estimé que si ces masques ont pour les Hopis "une valeur sacrée, une nature religieuse ou s'ils incarnent l'esprit des ancêtres de ces personnes, il reste qu'il est manifeste qu'ils ne peuvent être assimilés à des corps humains ou des éléments du corps de personnes existant ou ayant existé...".

"Le seul fait que ces objets puissent être qualifiés d'objets de culte (....) ne saurait leur conférer un caractère de biens incessibles de sorte que leur vente caractériserait un trouble manifestement illicite ou un dommage imminent", a-t-elle ajouté.

Le soutien de Robert Redford

"C'est une vision beaucoup trop restrictive et mal fondée du droit", a protesté Me Servan-Schreiber même s'il s'est félicité que cette affaire ait au moins eu le mérite de montrer une "très forte mobilisation" en faveur des Hopis, soutenus notamment par Robert Redford.

L'acteur et réalisateur américain a jugé, dans une lettre, la vente "sacrilège" et demandé la restitution des masques à la tribu, sous peine de commettre un "geste criminel".

"C'est le début d'une réelle prise de conscience de l'opinion publique qui comprend que tout ne peut pas être acheté ou vendu, surtout pas quelque chose de si intime et sacré. Peut-être que dans dix ans nous gagnerons", a commenté Me Servan-Schreiber.

"Encore une fois des intérêts économiques priment devant les intérêts de ces gens (les Hopis) lésés tout au long de l'histoire", a réagi Jean-Patrick Razon, à la tête de l'association de défense des peuples indigènes Survival International France, qui avait engagé en urgence cette procédure de référé pour stopper la vente.

Survival international avait été rejointe par deux musées de l'Arizona, dans le sud-ouest des Etats-Unis, il y a quelques semaines, et la tribu amérindienne Hopi qui vit dans cet état, pour réclamer l'annulation de cette vente de masques "Katsinam", considérés comme sacrés car ils représentent les esprits des ancêtres des Hopis.


Belga

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