Les "maras" mettent fin à la trêve du coronavirus au Honduras et au Guatemala

Des proches d'un adolescent, qui avec deux autres jeunes a été criblé de balles par des membres présumés d'un gang, transportent son cercueil, le 18 août 2020
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Des proches d'un adolescent, qui avec deux autres jeunes a été criblé de balles par des membres présumés d'un gang, transportent son cercueil, le 18 août 2020 - © ORLANDO SIERRA

Les "maras", les gangs qui font régner la terreur dans le nord de l'Amérique centrale, ont repris de plus belle au Honduras et au Guatemala leurs activités criminelles, mises en veilleuse au début de l'épidémie de coronavirus.

Avec la levée progressive des mesures de confinement sanitaire qui avaient mis un frein à la délinquance, les cadavres de victimes des "maras" ont refait leur apparition dans les rues de Tegucigalpa, la capitale du Honduras.

La redoutable Mara Salvatrucha

Dans la seule nuit du dimanche 16 août, des attaques coordonnées de bandes criminelles ont fait cinq morts à Tegucigalpa. Trois jours auparavant, cinq corps avaient déjà été relevés après des fusillades en divers point de la ville.

Des victimes de la guerre entre gangs pour le contrôle de leurs territoires, selon les autorités, qui y voient notamment la main de la redoutable Mara Salvatrucha (MS-13).

Cette bande criminelle, l'une des principales du pays avec la Mara Barrio 18, se livre comme les autres gangs à l'assassinat sur gages, au trafic de drogue, au racket et aux vols.

Les gangs de ce genre sont les principaux responsables de la violence qui place le Honduras, le Guatemala et le Salvador parmi les pays les plus dangereux au monde - hors zones de conflit armé.

La violence endémique accentue encore la misère de la population de ces pays, et constitue l'une des principales raisons qui la poussent à prendre le chemin de l'exil pour tenter de trouver une vie meilleure, majoritairement aux Etats-Unis.

Pourtant, à la mi-mars, la violence des gangs avait connu une nette décélération grâce aux mesures de protection sanitaire contre la pandémie, assorties de couvre-feu et d'une plus grande présence des forces de sécurité dans les rues.

Brève accalmie

L'accalmie n'a duré que quelques semaines au Honduras et au Guatemala, où la violence se déchaîne à nouveau avec la timide reprise de l'activité économique.

Depuis le début de l'année, ont été comptabilisés au Honduras "24 assassinats multiples (avec un bilan) de plus de 80 personnes qui ont perdu la vie", précise Migdonia Ayestas, la directrice de l'Observatoire de la violence de l'Université nationale.

De janvier à août 2019, le bilan total s'établissait à 2.322 assassinats, et cette année il est de 1.934 morts, pour une population de 9,3 millions d'habitants, selon les statistiques policières du Honduras.

Si la violence semble contenue au Salvador grâce à des mesures prises par le gouvernement du président Nayib Bukele, selon les experts, au Guatemala les assassinats ont repris une courbe ascendante semblable à celle relevée au Honduras.

Selon la police guatémaltèque, la reprise des activités criminelles des gangs a coïncidé avec la réduction des heures de couvre-feu et la réouverture des commerces, le 26 juillet.

Le bilan au Guatemala (17 millions d'habitants) s'établit pour les sept premiers mois de l'année à 1.909 assassinats, contre 2.805 en 2019.

Le Salvador reste calme

Au Salvador (6,6 millions d'habitants), en revanche, les autorités font état de la poursuite de l'accalmie, avec un bilan de 692 tués de janvier à août, contre 1.729 pour la même période en 2019.

La pandémie n'est pas seule en cause: la baisse des violences avait déjà commencé l'année dernière avec la mise en place d'une nouvelle politique sécuritaire. Début juin 2019, le ministère de la Justice et de la Sécurité publique salavdorien comptabilisait 9 à 10 assassinats par jour, contre 4,7 par jour à la fin de l'année.

Le Salvador "est devenu une référence dans la région en matière de sécurité", a claironné sur Twitter le ministre Rogelio Rivas, qui attribue la baisse au "Plan de contrôle territorial" mis en oeuvre par le gouvernement.

Ces mesures comprennent notamment un contrôle accru des prisons pour couper les communications avec l'extérieur des chefs de gangs incarcérés, une amélioration de l'efficacité de la police en coopération avec l'armée, et la lutte contre le racket, l'une des principales sources de revenu des bandes criminelles.

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