Les maisons de repos auront appris de la crise sanitaire : "Il faut revoir la manière d’y vivre"

La crise du coronavirus a frappé de plein fouet nos maisons de repos. Beaucoup de personnes âgées placées dans ces institutions ont succombé à la maladie malgré les efforts des membres de personnel. Si le virus a laissé des traces, il est temps de penser à l’après-crise car, désormais, rien ne sera plus pareil.

Au pied du bâtiment d’une maison de repos, nous rencontrons Anne-Marie Kattus, qui communique comme elle peut avec sa maman penchée à la fenêtre de sa chambre, le téléphone à l’oreille pour la voir et l’entendre. Voilà comment mère et filles ont pu entrer en contact durant les mois de confinement.

"Cela a été difficile à vivre"

Aujourd’hui, elles peuvent à nouveau se voir quelques minutes par semaine. "Ça a été difficile à vivre, témoigne Anne-Marie. Mais ma maman a tenu le coup". Car elle était inquiète pour son aînée qui ne pouvait ni sortir ni voir personne durant la très longue crise sanitaire. Puis elle dresse ce constat : "Je pense qu’il faut revoir la gestion et la manière de vivre dans les maisons de repos".

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La maman d’Anne-Marie Kattus © RTBF

Des mesures provisoires qui deviennent la norme

La crise du coronavirus, impose désormais des changements de gestion de certaines maisons de repos. Plusieurs mesures provisoires adoptées durant cette période, comme le nettoyage plus minutieux, deviendront définitives.


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"On a eu de la chance, car le Covid n’a fait que passer chez nous. On a donc pu s’adapter et travailler dans l’anticipation sans trop de pressions […]. Aujourd’hui, on a toujours des épisodes de gastro-entérites ou d’infections, donc ces mesures, qui vont perdurer, seront bien utiles et serviront à faire progresser le secteur si tout le monde s’y met", explique Alain Collard, directeur de la maison de repos "Résidence Ferdinand Nicolay".

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Le nettoyage en profondeur devenu la norme à la Résidence Ferdinand Nicolay © RTBF

Des équipes plus fortes et solidaires

A la maison de repos "Les Jolis Bois" à Saint-Georges-sur-Meuse, on a apprécié le renforcement de la cohésion des équipes durant le confinement.

Avant, chaque équipe se réunissait séparément. Durant la crise, une réunion pluridisciplinaire a été mise en place chaque lundi pour débriefer les week-ends, mais aussi les méthodes de travail et assurer ainsi la meilleure prise en charge possible des résidents : "Il y avait beaucoup plus de communication. Chacun pouvait exprimer son ressenti et faire des propositions", explique la directrice Annie David.


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"Les aides-soignantes venaient travailler la peur au ventre. Comme je ne voulais pas abandonner les équipes les week-ends, j’ai mis en place un système de permanence avec mes collaborateurs."

Virginie Frère, l’une des infirmières met l’accent sur la solidarité : "On s’entraidait, car on était tous dans le même bateau".

L’ergothérapeute de la résidence, s’est quant à elle découvert une belle complicité avec une technicienne de surface pour jouer ensemble les coiffeuses et faire du bien aux résidents. Forte de ces toutes expériences, Annie David entend bien faire perdurer ces nouvelles méthodes de travail pour le bien de tous.

Les maisons de repos 2.0 pour atténuer la solitude

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© RTBF

A la Résidence Ferdinand Nicolay, on a décidé d’installer le wifi. Désormais chaque semaine, une newsletter est envoyée aux familles pour mieux communiquer, et les résidents auront accès à des tablettes électroniques.

Pour Alain Collard, le système porte déjà ses fruits : "Une résidente centenaire communique déjà régulièrement avec sa nièce. Ça se passe très bien. C’est chouette aussi pour les familles plus éloignées", confie-t-il enthousiaste. Pour lui, ces nouvelles technologies seront de plus en plus simples à utiliser par les futures générations de résidents qui seront plus aguerries.

"Voilà qui va diminuer le sentiment de solitude de manière considérable dans les maisons de repos." Mais ces nouveaux réflexes ne remplaceront jamais le contact humain.

La méthode Tubbe améliore le bien-être

Pour lutter contre l’isolement, la maison de repos Regina à Moresnet, a mis en place depuis trois ans, une méthode suédoise appelée "Tubbe", axée sur le bien-être des personnes âgées. Dans ce cadre, les résidents restent autonomes et décident de leur quotidien, comme leurs activités, les menus ou encore l’aménagement des espaces de vie.

Les collaborateurs sont eux aussi davantage impliqués, entre autres sur la manière d’aborder le travail. Ils sortent de leur rôle de simples soignants et ont du temps à consacrer aux contacts sociaux. La direction passe quant à elle d’une posture de dirigeant à celle de coach.

Tony et Helga vivent ensemble dans cet établissement, et ont pu installer leurs propres meubles dans leur chambre commune. "C’est essentiel, on doit se sentir chez soi", témoigne Tony. Helga constate quant à elle la liberté laissée aux seniors : "On a déjà connu d’autres maisons de repos, mais ici c’est magnifique".

"La socialisation des personnes âgées n’est pas différente de la nôtre, nous avons besoin de rencontres, analyse la directrice, Gabrielle Tribels. Dès lors, pourquoi les empêcher de vivre ici ce qu’ils feraient chez eux."

D’ailleurs, elle met un point d’honneur à rappeler à leur arrivée, qu’ils n’entrent pas en prison ou dans un hôpital. "Des familles nous demandent si elles peuvent reprendre occasionnellement leur parent chez elles. La réponse est évidente. Le résident est ici chez lui et c’est lui qui décide."

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Tony et Elga installés ensemble à la maison de repos Regina à Moresnet © RTBF

Grâce à la méthode Tubbe, le nombre de médicaments prescrits aux résidents a diminué de moitié et les appels aux membres de personnel sont quatre fois moins nombreux qu’avant. Ce modèle suédois s’installe de plus en plus dans les maisons de repos qui font tout pour que leurs résidents continuent à profiter d’une vie la plus normale possible, mais aussi de la joie d’être ensemble.

La Fondation Roi Baudouin, à l’initiative de l’implémentation de ce modèle scandinave chez nous, soutient déjà six projets pilotes, et a relancé des appels à projets pour amplifier la diffusion du modèle Tubbe en Belgique.

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