Les magistrats ne veulent pas d'un emprisonnement systématique

Le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V), veut faire exécuter toutes les peines de prison ferme, même les peines les plus courtes, inférieures à 4 mois.

Les condamnations pour des délits de roulage, par exemple. Il est très rare aujourd'hui que les condamnés soient réellement emprisonnés. Mais ça pourrait changer. Le ministre Koen Geens prépare, en ce moment, un projet de loi qui doit mettre fin, dit-il, à une certaine impunité. Voyons ce qu'en pensent les juges qui prononcent ces peines de prison. Nous avons posé trois questions à Manuela Cadelli, juge au tribunal de première instance de Namur et présidente de l'association syndicale des magistrats.

Est-ce c'est une bonne chose de faire exécuter toutes les peines de prison ?

"J'observe d'abord un revirement total par rapport aux annonces qui ont été faites qui allaient vers moins d'emprisonnement. Ces annonces consistaient à dire que les sociétés démocratiques et modernes devaient réduire considérablement l'emprisonnement. Là, ça va complètement dans l'autre sens. Le projet "pot-pourri II" prévoit que les juges vont pouvoir monter jusque 40 ans d'emprisonnement. C'est tout à fait contre-productif. L'emprisonnement coûte très cher. Le ministre l'a lui-même chiffré dans son plan justice. L'emprisonnement est la mesure qui coûte le plus cher à l'ensemble des citoyens belges et qui est la moins efficace en termes de reclassement et même de sanction. Je suis très très étonnée et je ne comprends pas. Je me demande si c'est une pression populiste qui s'exprime là et qui fait que nous avons affaire à un total revirement."

Mais certains sont condamnés à des peines de prison qu'ils n'effectuent jamais. Est-ce qu'il n'y a pas tout de même ce sentiment d'impunité dont parle le ministre ?  

"C'est pour cela que les magistrats réclament des mesures alternatives depuis toujours. On dit que les peines de roulage doivent être désormais sanctionnées concrètement. Les magistrats le disent depuis des décennies. Mais n'est-ce pas plus efficace d'envoyer quelqu'un pendant ses congés, tous ses samedis et vendredis soirs aux urgences d'un hôpital pour qu'il voit de lui-même quels dégâts cause la délinquance automobile. C'est ça qui met du plomb dans la cervelle de certains automobilistes.

Donc, selon vous, l’emprisonnement ne serait pas utile pour ce genre de délit ?

"Pour des peines en-dessous de quatre mois, nous sommes tous bien d'accord que ce ne sont pas des choses qui compromettent la sécurité de l'Etat Belge de manière fondamentale. Soyons concret, efficace et moderne. Ici, c'est quelque chose que nous ne comprenons pas. Vous avez quelqu'un qui travaille et qui va devoir aller passer deux mois en prison pour une peine en matière de roulage. Mais enfin, qui y gagne ?"

Le projet de loi du ministre doit être débattu au Parlement dans les prochains jours. Il pourrait s'appliquer dès le début de l'année prochaine.

 

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