Les langes pour bébé sont-ils toxiques? Une étude l'affirme, d'autres experts rassurent

Les parents utilisent en moyenne 4000 couches dans les premières années de vie de leur enfant. Plusieurs substances chimiques seraient présentes en quantités trop importantes dans ces langes jetables pour bébés. C’est ce que dit l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, un établissement public français) dans une évaluation publiée sur son site ce mercredi 23 janvier. Les seuils sanitaires seraient dépassés pour plusieurs substances. Vu les risques pour la santé des bébés, l’Anses recommande d’éliminer ou de réduire au maximum la présence de ces substances dans les couches jetables en vente actuellement.

Tantôt alarmistes, tantôt rassurantes, les études sont nombreuses et divergentes

Ce n’est pas la première étude qui analyse la toxicité des couches jetables. Le magazine français '60 millions de consommateurs' publie très régulièrement des dossiers sur le sujet : un dossier alarmiste en 2017, un dossier plus rassurant en 2018, même si le magazine estimait qu’il y avait encore trop de résidus toxiques dans certaines marques de langes jetables.

Leurs concentrations sont 1000 fois inférieures aux valeurs limites européennes imposées

Toujours l’année passée, en août, des experts du SPF Santé publique (l’administration belge qui se charge de la santé publique) publiaient une étude plutôt rassurante également. Ils avaient analysé la présence de substances nocives dans les langes pour bébé et concluaient que les valeurs limites européennes étaient respectées. On pouvait y lire que l’analyse des langes avait révélé la présence d’esters, d’alcool lourd, d’alcanes et de siloxanes, mais sans risque pour la santé. Par ailleurs, une analyse quantifiée de 20 échantillons de langes avait révélé des traces de 'phtalates', de 'nonylphénol', de 'dioxines' et de 'glyphosate'. Le SPF Santé publique précisait que ces substances comportaient un risque quand elles étaient présentes dans une certaine quantité. Et ce n’était pas le cas. « Leurs concentrations sont 1000 fois inférieures aux valeurs limites européennes imposées », pouvait-on y lire.

Dans son évaluation des risques publiée aujourd’hui, l’Anses est beaucoup plus alarmiste. Elle pointe les risques présentés par des substances parfumantes, et par certains hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et des dioxines, autrement dit, des perturbateurs endocriniens et des substances cancérigènes.

L’Anses recommande d’éliminer ou de réduire au maximum les substances chimiques présentes dans les couches pour bébé à usage unique

Suite à ces constats, l’Agence émet plusieurs recommandations à l’attention des industriels. Pour elle, il faut supprimer l’utilisation de toutes les substances parfumantes, surtout celles qui peuvent faire réagir la peau du bébé. Elle estime qu’il faut mieux maîtriser l’origine des matières premières naturelles qui peuvent être contaminées avant même la fabrication du lange, mais aussi améliorer le processus de fabrication. Enfin, il faut renforcer les contrôles des substances chimiques présentes dans les couches et développer des règles plus restrictives au niveau national et européen pour sécuriser la fabrication des langes pour bébés.

Qui croire ? Les langes sont-ils dangereux pour la santé des bébés ?

Nous avons soumis ces différentes études au toxicologue Alfred Bernard. Il en connaissait déjà une grande partie, mais a donc découvert, comme nous, celle de l’Anses ce jeudi. Et il se veut rassurant.

« Je serais personnellement plus rassurant. Pour moi, il ne faut surtout pas paniquer. Car les substances les plus préoccupantes identifiées dans ce rapport ce sont les dioxines et les HAP, des cancérogènes et des perturbateurs endocriniens, et elles sont présentes en doses infimes ». Infimes ? Pourtant pour l’Anses, ces doses dépassent les seuils sanitaires.

C’est essentiellement la méthodologie qui diffère des autres rapports

« Je pense que la méthodologie utilisée a fortement surestimé les doses de HAP, décrypte Alfred Bernard. Ce que l’Anses a fait analyser, ce sont des broyats de langes complets. Et puis elle a fait tester le passage via l’urine et calculer les doses absorbées ». Autrement dit, ce sont des langes entiers qui ont été broyés et analysés. Or « ces hydrocarbures aromatiques polycycliques se retrouvent dans les élastiques et le plastic à l’extérieur du lange », des parties extérieures du lange qui ne sont pas en contact avec les fesses du bébé. Les substances qui s’y trouvent ne peuvent donc pas migrer à travers la peau du bébé. Ajoutez à cela que « le passage de ces substances se fait uniquement quand les fesses du bébé sont humides, soit la nuit car avec les langes d’aujourd’hui, les fesses du bébé restent globalement sèches ». Selon le toxicologue, c’est donc bien une question de méthodologie qui expliquerait cette différence d’interprétation.

Ils ont utilisé des seuils extrêmement bas

Par ailleurs, les deux organismes auraient aussi utilisé des seuils différents. « Ils ont utilisé des seuils de toxicité extrêmement bas, des seuils théoriques utilisés en cas d’absence de toute exposition à l’environnement. Habituellement, on utilise d’autres seuils, qui ont plus de sens au niveau épidémiologique. Si on utilisait les mêmes seuils pour analyser l’eau du robinet, il faudrait arrêter de boire l’eau du robinet. Il faut un seuil pratique qui corresponde au monde réel ».

Il ne faut surtout pas paniquer

Et Alfred Bernard d’insister : « Je ne suis pas alarmé, il ne faut surtout pas paniquer ». Le toxicologue a comparé les doses des substances chimiques en question avec celles qui sont présentes dans le lait maternel. « Non seulement on surestime les doses, mais en plus les doses de dioxine susceptibles d’être absorbées par les fesses des bébés sont 50 à 100 fois inférieures à celles présentes par exemple dans le lait maternel. Et les bienfaits du lait maternel pour l’enfant ne sont plus à démontrer ».

Du côté du SPF Santé publique qui avait réalisé une étude sur le sujet en août dernier, on se dit serein par rapport à l'étude de l'Anses. "On n'est pas inquiet par rapport à cette étude, explique Vinciane Charlier, porte-parole du SPF Santé publique. Leurs résultats sont très similaires aux nôtres mais ils ont créé leur propre échelle d'évaluation, différente des critères d'évaluation européens". Voilà qui fait d'ailleurs réfléchir le SPF Santé publique. "Nos experts trouvent intéressant d'éventuellement créer une législation spécifique aux bébés, mais cela doit être réfléchi au niveau européen".

On peut quand même mieux faire

Si le SPF Santé publique confirme qu'il n'y a pas de risque pour les bébés, il souhaiterait toutefois que le secteur élimine totalement les traces dans les langes.

Alfred Bernard rejoint aussi l'Anses quand elle recommande une amélioration du processus de fabrication. « Il faut que le matériau en contact avec les fesses du bébé contienne le moins de traces de substances chimiques nocives possibles. Donc il faut utiliser de la cellulose et du polypropylène de bonne qualité et effectuer des contrôles à ce niveau-là ».

Le toxicologue nous rappelle aussi de bien utiliser les langes jetables… « Le jour, il faut le changer régulièrement pour éviter qu’il y ait une absorption quand la peau est humide. Il reste donc la nuit, où il ne faut pas donner trop d’eau à boire à un enfant ».

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