"Les jeunes ne peuvent pas être plus mauvais que la société qui les engendre"

Pour le délégué général aux droits de l'enfant, Bernard De Vos, "rien ne laisse entrevoir aujourd'hui qu'il y ait une explosion de violence" chez les jeunes.
Pour le délégué général aux droits de l'enfant, Bernard De Vos, "rien ne laisse entrevoir aujourd'hui qu'il y ait une explosion de violence" chez les jeunes. - © RTBF

Pour le délégué général aux droits de l'enfant, Bernard De Vos, "rien ne laisse entrevoir aujourd'hui qu'il y ait une explosion de la violence" chez les jeunes. Par contre, la situation se dégrade dans les écoles, affirme-t-il. Pour la première fois, cette année, le nombre de plaintes concernant les écoles, dépasse les cas de maltraitance.

Invité de Matin Première dans la cadre de l'opération "Avoir 20 ans en 2012" menée par la RTBF ce jeudi, Bernard De Vos s'est réjoui d'être présent. "J'ai parfois le sentiment que la protection, la défense de l'enfant est difficile à faire hors actualité", a-t-il déclaré d'entrée de jeu.

Si la situation reste difficile "à de nombreux égards" (au niveau de la pauvreté, des cas de maltraitance, etc.), pour la première fois cette année, "ce sont les questions scolaires qui constituent le motif de saisine principal de mon institution et ce n'est pas anodin".

"L'état des relations au sein des écoles est déplorable à tous niveaux et les enfants en souffrent véritablement", déclare-t-il, tout en soulignant qu'il ne veut en aucun cas critiquer les acteurs du secteur "qui font leur maximum de ce qu'ils peuvent faire".

Des écoles qui ont du mal à s'adapter

Pour le délégué général aux droits de l'enfant, l'enseignement actuel n'est plus en phase avec la société. Il prend en exemple "l'évolution fulgurante des familles en 10 ou 15 ans". On compte aujourd'hui une majorité de familles monoparentales ou recomposées, dit-il, et à côté de cela "les contenus pédagogiques n'ont pas fort évolué".

Bernard De Vos estime que le politique a le devoir de "réformer en profondeur" l'enseignement, même s'il reconnaît que cela sera "extrêmement difficile".

"Aujourd'hui, c'est encore une école de la compétition alors que l'on devrait rentrer dans une logique de solidarité. C'est une école qui exclut, qui relègue très régulièrement, qui cote, qui étalonne les enfants entre eux. C'est une école qui n'arrive pas à offrir un tronc en commun, qui travaille encore sur le redoublement, sur la mise en échec. C'est une école qui n'arrive pas à avoir un socle d'enseignement polytechnique, qui ne valorise pas d'un côté les apprentissages intellectuels et de l'autre côté les apprentissages professionnels pour ceux qui ont été considérés, parfois trop vite, comme étant incapables d'avoir accès à des matières intellectuelles, à l'humanisme etc.".

Mais il y a "une opportunité incroyable", souligne-t-il, notamment dans les grandes villes où le boom démographique oblige les autorités à ouvrir de nouvelles écoles. Il espère que celles-ci vont "au moins ouvrir la voie pour montrer qu'il y a moyen de faire autrement dans l'intérêt supérieur des enfants".

Une mixité totale

Le délégué général aux droits de l'enfant prône une mixité totale. Pour lui, l'école "doit accepter toutes les différences, culturelles et de nationalités mais aussi ceux qui soufrent d'un handicap". "Pour que cette différence ne soit pas un handicap mais une force pour l'apprentissage des enfants".

Car "on a beau imaginer les meilleurs projets pédagogiques avec les meilleurs professeurs bénéficiant des meilleures formations. Si on les met en situation de devoir gérer toute la misère du monde dans un lieu clos, cela devient extrêmement compliqué".

Le chemin à parcourir est "énorme", dit-il, mais cela ne peut être que bénéfique.

Les jeunes ne sont pas plus délinquants qu'avant

"Rien ne laisse entrevoir aujourd'hui qu'il y ait une explosion de la violence" chez les jeunes, dit-il. "Dans l'histoire de l'humanité, chaque génération a toujours estimé que la génération qui suit est toujours plus délinquante". Quant aux statistiques, elles "démontrent l'activité des forces de police et rien d'autre".

Il y a 30 ans, il a connu l'époque des punks et des skinheads dont "la violence était extrême". Il a vu des jeunes revenir avec une hache dans la tête. "Aujourd'hui, la société est plus agressive plus violente (...) peut-être à cause de la crise (...) mais les jeunes ne peuvent pas être plus mauvais, plus violents plus agressifs que la société qui les engendre. Ils sont à leur image", conclut-il.

 

C. Biourge

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