Les jeunes musulmans sont plus homophobes, selon une étude

Manifestation contre l'homophobie
Manifestation contre l'homophobie - © AFP PHOTO/Nicolas GARCIA

L'homophobie en baisse en Belgique, sauf chez les jeunes hommes musulmans: c'est une étude de la KUL qui le dit. Un jeune musulman sur cinq "évite le contact avec les homos". L'élément religieux joue un rôle primordial dans l'homophobie, note l'auteur de l'étude le professeur Marc Hooghe. Un problème connu qu'il faut relativiser, réagit Edouard Delruelle, directeur adjoint du Centre pour l'Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme. Un point de vue partagé par Merhaba, une association maghrébine gay en Belgique.

Au moyen d'études menées depuis cinq ans, le sociologue de l'Université de Louvain a mesuré l'évolution de l'homophobie auprès de 2815 jeunes Belges âgés de 16, 18 et 21 ans. Il classe l'homophobie sur l'échelle de Wright, de zéro (pas du tout homophobe) à trois (très homophobe).

L'étude se base sur des points donnés à une série d'affirmations auxquelles les participants devaient répondre. A l'affirmation "J'évite le contact avec les homosexuels", 21,8% des musulmans ont répondu "oui" (contre 20% en 2008), sept fois plus que les laïques et quatre fois plus que les catholiques.

Le poids de la religion

La tendance générale est à la baisse de l’homophobie partout en Europe occidentale: pour la société en général, et aussi quand les sondés prennent de l'âge.

A l'affirmation "J'estime qu'on ne peut pas faire confiance à un homosexuel", 11,7% des musulmans ont répondu "oui" (8,7% en 2008), soit 4 fois plus que les laïques et cinq fois plus que les catholiques.

L'homophobie a toutefois diminué auprès des musulmans entre 2008 et 2011, mais seulement de 5,3%, contre une baisse de près de 11% chez les laïques et les catholiques.

Les personnes de confession musulmane, et principalement les jeunes garçons, se montrent clairement plus homophobes que les autres groupes de population, note le professeur Hooghe interviewé par la VRT ce jeudi matin. Ils forment une exception à la tendance générale: ils deviennent même légèrement plus intolérants à l’égard des homos.

Du côté des jeunes musulmanes, on constate qu'elles se montrent plus tolérantes que les jeunes hommes musulmans, mais cependant moins tolérantes que le reste de la population.

Ce qui fait dire à Marc Hooghe que l'élément religieux est primordial : plus on est religieux, plus on est intolérant, et cela vaut aussi pour les catholiques.

Interrogé sur un autre élément, le facteur "masculinité", la dynamique de groupe entre jeunes hommes qui pourrait augmenter les réactions d’intolérance, comme le montre une étude néerlandaise, le professeur Hooghe juge que c'est un facteur secondaire qui joue surtout durant la puberté.

Il indique aussi que les campagne contre l'homophobie et contre la violence homophobe ratent leur but : ce type de communication a tendance à polariser l'intolérance chez les jeunes hommes musulmans : cela leur donne le sentiment d’un agression extérieure. Pour être efficace, le message devrait venir de l'intérieur de leur communauté.

Un problème connu qu'il faut relativiser

Edouard Delruelle, directeur adjoint du Centre pour l'Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme, n'est pas étonné par les résultats de cette étude qu'il juge "sérieuse". Le problème est "connu", dit-il, mais "il faut relativiser, cette homophobie diminue depuis 2008".

Loin de lui l'idée de vouloir minimiser cette "situation inquiétante" qui mérite une certaine "attention", mais il y a "des éléments positifs", souligne-t-il. "Si 21,8% des musulmans évitent le contact avec les homosexuels, ce n'est pas le cas des 78,2% autres musulmans".

Par ailleurs, s'il partage la conclusion de l'étude selon laquelle plus on est religieux, plus on est intolérant, "le problème n'est pas seulement religieux", estime-t-il. "C'est aussi d'autres discours qui influencent les jeunes" et de donner en exemple Dieudonné

Attention "à ne pas stigmatiser les jeunes musulmans, à ne pas stigmatiser toute une communauté", prévient Edouard Delruelle.

"On doit se battre tous ensemble contre toutes sortes de discriminations"

Réaction similaire chez Merhaba, une association maghrébine gay en Belgique. Pour sa coordinatrice, Catherine Gouffau, "ces chiffres dans cette étude montrent qu'il y a une grande différence entre les jeunes qui se disent musulmans et le reste de la société". Néanmoins, "l'homophobie baisse de 5,3% entre 2008 et 2011", insiste-t-elle.

Il ne faut pas utiliser ces chiffres pour stigmatiser les musulmans ou les utiliser à des fins politiques, ajoute-t-elle.

En 5 ans, les choses ont déjà bien évolué, affirme-t-elle. "Il y a encore beaucoup de travail à faire, il y a encore du chemin et le chemin est long. Ce qui est important aujourd'hui est de laisser le temps au temps".

"Ce n'est pas une communauté ou l'autre qui va mettre fin à l'homophobie, chaque individu a une responsabilité et c'est ensemble qu'on va le faire", poursuit-elle. "On ne va pas résoudre l'homophobie en créant l'islamophobie". "On a une responsabilité collective à se battre tous ensemble contre toutes sortes de discriminations", conclut-elle.

 

RTBF avec VRT et Belga

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